mardi 29 décembre 2009

Véronique Olmi "Bord de mer"




Une mère qui a promis à ses deux petits garçons enfants de les emmener en vacances à la mer. Alors, elle va le faire parce qu’une maman ça ne peut pas décevoir. Elle nous raconte, elle nous le dit avec ses mots qu’elle aussi est une maman « bien ».
Dès les premières lignes, on sait que cette escapade à la mer n’en est pas une « on avait pris le car, le dernier car du soir, pour que personne nous voie ». Il n’y aura ni de cris de joie, ni baignade mais la pluie, une mer violente et une chambre d’hôtel sordide.

L’auteur, Véronique Olmi, nous livre l’histoire de cette femme sans prendre parti.
Cette femme qui, pour une fois, voudrait être une maman comme les autres et faire plaisir à ses enfants. Mais, ses angoisses reviennent la hanter et puis il y a cette peur de ne pas y arriver.

Le style épuré, les phrases courtes mettent en exergue son amour pour ses enfants, sa colère à être toujours jugée, cataloguée, son ras le bol qu’on lui dise ce qu’elle doit faire avec ses propres enfants.
Et nous lecteur, on se retrouve d’autant plus impuissant parce qu’on a un mauvais pressentiment.

Le mal-être que l’on ressent s’amplifie et quand enfin on a tourné la dernière page, on est sous le choc, complètement abasourdi.

Une lecture bouleversante après laquelle, on a beaucoup de mal à remette un pied dans la réalité…

lundi 28 décembre 2009

Le cérémonial de fin d'année

A l’époque des mails et des SMS, j’aime toujours adresser des cartes de vœux papier. Pour rien au monde, je ne dérogerai à ce cérémonial de fin d’année. Une après-midi calme et silencieuse, le temps idéal pour se plonger dans l’écriture. S’appliquer, former de beaux arrondis sans rature, sans traits secs ou disgracieux qui pourraient trahir mes douleurs. Réfléchir quelques instants, le stylo suspendu dans l’air et trouver les mots personnalisés pour chacun. Pas de longues tirades ou de phrases ronflantes, juste quelques mots sincères.

Dans quelques jours, la représentation de la pièce «bonne année » va se jouer. Quoi de plus normal de souhaiter ses vœux à ceux que l’on aime, aux personnes qui nous sont chères ou que l’on apprécie ?

Très rapidement, cette pratique vire à l’hypocrisie générale, les vœux se noient dans une parodie de bons sentiments. Distribution à la louche de souhaits et de désirs. Qui en veut ? Allez, on en profite, c’est gratuit ! Rien ne manque : les voix enjouées qui sonnent faux, les sourires d’apparats, la gentillesse soudaine. Mais, chacun joue son rôle de spectateur ou d’acteur parce qu’au fond, on a tous envie d’y croire…

dimanche 27 décembre 2009

Souvenirs d'enfances

Chacun possède ses propres souvenirs d’enfance, qu’ils soient gais, joyeux, édulcorés ou tristes…On peut se les remémorer avec délice et espérer revenir dans le passé pour les revivre intensément ou alors les cacher enfouis au plus profond de soi, vouloir les oublier à tout jamais, tellement ils font mal.


Marie
Elle est bien loin derrière moi mon enfance, plus de quarante ans me sépare d’elle, mais elle demeure présente. Elle surgit au détour d’une odeur que je croyais oubliée à tout jamais, se réveille à la vue d’une vieille photo écornée, revient par bribes à l’écoute d’une chanson démodée. Oh oui, je revois la grande maison de campagne où nous passions nos week-ends et une partie de nos vacances. Le jardin où ma mère passait des heures en chantonnant à couper quelques fleurs ici et là, la grande terrasse pavée jonchée de vieux pots en terre et surtout cette campagne si luxuriante qui m’offrait un immense terrain de jeu. J’attendais impatiemment le moment où le blé et le maïs sortaient de terre, la saison où je ramassais des châtaignes puis les noisettes. J’entreprenais des promenades, des marches à travers les champs avec ou sans autorisation, avide de tout connaître. Je délaissais les poupées, je fuyais les activités imposées par mes parents pour parfaire mon éducation. L’odeur des lupins, l’herbe haute qui me piquait les jambes, les vaches qui me fixaient de leurs gros yeux tout en ruminant et dont je me méfiais, les talus que je franchissais et où il fallait éviter les ronces, les orties pour ne pas abîmer mes vêtements. Je martelais bien fort le sol de mes pieds pour faire peur aux vipères, j’inventais des animaux curieux, dangereux qui se tapissaient dans l’obscurité des ombres mélangées aux fougères. Un bâton à la main pour écarter les branchages, je retenais ma respiration avançant prudemment. Une fois que toute suspicion était levée, je continuais à gambader. Quelquefois, mes deux jeunes sœurs m’accompagnaient. Elles me suivaient toujours de près en se donnant la main. Lili et Marie m’obéissaient, c’était moi la grande. Les petites voulaient toujours rentrer assez vite de peur de se faire gronder mais moi j’aurais pu y rester des heures. Mes parents désespéraient, me menaçaient de m’enfermer dans ma chambre et ma mère soupirait que j’avais de plus en plus l’air d’un garçon de ferme. Malgré les punitions, je continuais à explorer cette campagne si simple et si belle. C’était trop tard, Je m’étais éprise pour toujours de cette nature, de toute cette liberté qui s’offrait à moi.



Sandrine
Ne me parlez de mon enfance ! J’ai tout fait pour l’effacer de ma mémoire. Ah, certains avaient le droit à de l’amour, de l’affection, je n’avais rien de tout cela. Les clichés standards de la famille parfaite, laissez-moi rire. C’est bon la pub, pour faire rêver monsieur et madame tout le monde, leur vendre du bonheur sur papier glacé, rien d’autre. Un père alcoolique, fainéant de surcroît et une mère mélancolique dont les yeux ternes reflétaient toute la tristesse du monde en permanence. Je n’ai jamais connu les histoires que les parents racontent le soir pour vous endormir ou les chansons pour bercer. Dès la fin d’après-midi, mon père, cuvait son vin et ronflait dans le salon endormi devant la télé allumée alors que ma mère était à son travail. Quand il n’avait plus à rien à boire, il me faisait aller à l’épicerie du coin acheter une ou deux bouteilles de rouge bon marché. La tête basse, les yeux fixés sur le trottoir, je me dépêchais de honte. Quand ma mère rentrait, elle allait dans sa chambre, elle y passait tout son temps libre, ne sortant que pour les repas. Quand elle ouvrait la bouche, elle posait toujours les mêmes questions comme un vieux disque. Elle les disait par automatisme, écoutant à peine mes réponses. J’avais à peine 8 ans et je voulais partir, je m’endormais le soir en mettant au point des plans de fugue.
La liberté, je l’avais ! C’était la seule chose qu’ils m’ont offert ou plutôt laissé… La liberté de pouvoir rester traîner le soir après l’école, de partir avec mes copains faire les quatre cent coups, celle d’avoir fumé ma première cigarette à 9 ans ou d’avoir bu ma première bière un an plus tard. Mais, je ne l’ai jamais prise… par peur. Peur de l’inconnu, peur de voir le bonheur chez les autres, je suis restée m’enfermant un monde imaginaire.



Louis
Enfant unique, j’étais dorloté par une mère possessive et choyé par mon père qui voyait en moi « le seul héritier de la droguerie familiale fondée par mon grand-père ». Ma mère craignait pour ma santé, me couvrait d’un bonnet et d’une grosse écharpe au moindre petit vent, me gavait de fortifiants et de sirops de toute sortes. Je n’avais pas l’autorisation d’aller jouer souvent avec mes copains de peur que j’attrape froid ou un microbe quelconque… Mon père, lui, parlait de moi comme si j’étais un prince qui un jour accèderait au trône royal, celui de régner sur les vis et les pots de peinture ! Je m’ennuyais de ne pas pouvoir découvrir le monde. Confiné dans un espace où ma mère pouvait toujours me surveiller, je n’avais pas le droit d’aller deux rues plus loin en vélo. Les autres à l’école se moquaient de moi, me surnommaient « le p’tit bébé à sa maman ». Ne voulant pas faire de peine à mes parents, je ne leur disais rien mais je souffrais en silence. Les murs de ma chambre étaient tapissés de cartes découpées dans des magazines, je connaissais par cœur le nom de tout les pays et de toutes les mers. Je rêvais de voyager, de faire le tour du monde et d’aventures dans la forêt amazonienne. Puis, petit à petit, l’amour de mes parents a commencé à m’étouffer. Quand mon père décrivait les projets de développement de l’entreprise familiale, il ne pouvait s’empêcher d’ajouter que j’avais de la chance d’avoir un avenir tout tracé. Et ma mère, le regard bienveillant, souriait, approuvait d’un hochement de tête. J’étais devenu prisonnier des ambitions de mes parents, d’une vie orchestrée sans fausse note réglée comme du papier à musique. Puis, j’ai commencé à franchir les interdits, sortir jouer dehors même s’il gelait ou faire le tour de la ville en vélo sans me soucier de l’heure. Ma mère me reprochait de lui causer autant de frayeurs, mon père s’indignait que je ne vienne plus l’aider au magasin. Je voulais être libre de mon avenir, de mon métier. A mes 14 ans, j’ai fait un baluchon avec quelques affaires et je suis parti embarquer sur un thonier. Ca y est, j’étais libre !

vendredi 25 décembre 2009

Fatou Diome - La Préférence Nationale




« La Préférence Nationale » ce sont tout d’abord les rêves, les espoirs que l’étranger a en tête en arrivant en France. Fatou Diome nous raconte son pays natal haut en couleurs et en odeurs. On le voit, on l’imagine et on l’entend, ce Sénégal envoutant à deux vitesses. Et puis, il y a le racisme primaire dont Fatou Diome est victime. Etudiante et femme de ménage, elle encaisse les propos humiliants de ses patrons, leur soi -disant « supériorité » intellectuelle due à leur couleur de peau.

Femme de caractère, Fatou Diome est une battante qui se défend par les mots.
Une auteur comme j’aime, qui dit les choses comme elles le sont.
Sa plume est vive, chantante ou dure par la violence des situations. Un style remarquable, touchant…

Un livre qui est un des mes grands coups de cœur de cette année !

Blandine Le Callet "Une pièce montée"




Un roman satirique et piquant d’humour ! On y apprend que les familles bien-comme-il-le-faut-sous-les-rapports, qui sont la fierté et la marque de fabrique de notre bonne vieille France , ne sont pas irréprochables.

Berangère et Vincent, jeunes, beaux, riches, pedigree Bobo se marient. Blandine Le Callet nous fait vivre cette journée mémorable à travers les portraits de quelques uns des invités, sans oublier le prêtre. Des gens bien élevés, propres sous toutes les coutures et qui vont se montrer moins reluisants par leurs pensées ou par leurs actes…

Une lecture agréable qui fait passer un bon moment.

samedi 19 décembre 2009

La rumeur

Origine de la rumeur : prend naissance à partir d’un fait divers ou d’une hypothèse puis se nourrit de tout ce que les gens vont dire. Particularité : se gave de l’avis de chacun et raffole de tous les potins.

La rumeur enflait depuis quelques jours. Elle était sur toutes les bouches, s’infiltrait dans les moindres conversations surtout les plus anodines. Ce matin, elle crevait d’orgueil, elle pavoisait et toisait de haut ses détracteurs. La nuit lui avait donné raison, Brest s’est réveillée sous la neige ! Pas quelques flocons épars, semés ici où là, non de la neige : un vrai tapis blanc et cotonneux.

Avant de mette le nez dehors, on regarde par la fenêtre, on jauge à vue d’œil l’épaisseur dans le jardin. Mais rien ne vaut le terrain ! Alors, fébrilement et en robe de chambre, on va constater par soi-même. On écoute le bruit de la neige qui craquelle sous ses semelles, on avance prudemment comme sur un terrain miné. La démarche se veut souple, agile (tel le félin prêt à bondir sur sa proie). Mais, le moindre pas s’avère pataud, embarrassé. D’ailleurs, on ne soulève pas ses pieds, on les traîne par peur de tomber. Si on glisse un peu, on pousse des petits cris aigues.

Et puis, les souvenirs d’enfance remontent à la surface : les routes de campagne impraticables, les batailles de boule de neige…

La ville se métamorphose: les voitures roulent à deux à l’heure, grands et des petits affichent un air polisson, rieur.

Quand on y regarde de plus près, on constate que rien n’a vraiment changé. Passé et présent se superposent : Brest était paralysée ce matin par deux petits centimètres de neige…

vendredi 18 décembre 2009

Philippe Delerm - La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules






On retrouve tout l’art de Philippe Delerm. Il décrit avec cette minutie précise des moments simples pour en faire des purs moments de plaisirs. Le génie de capter des instants et d’en parler avec finesse et poésie. Un éventail de situations et de souvenirs qui deviennent un luxe privilégié sous sa plume.

Il nous invite à gouter, à savourer pleinement ces évanescents moments.

Suspendre le temps pour apprécier ces bribes de petits instants, croqués sans artifice.

mardi 15 décembre 2009

Françoise Lefèvre "le petit prince cannibale"




Une très belle lecture, très touchante. Un cri de vérité où s’expriment les peurs et les combats. La vérité se fait dure ou poétique, violente ou tendre à travers l’amour maternel, le courage et les moments d'abattement.

Une mère, un écrivain : une même femme qui lutte pour et par les mots. Les mots pour sortir son fils de l’autisme, les mots de l’auteur qui attendent d’être écrits et ceux de son fils.

La puissance des mots prend toute son ampleur : ils sont la porte d’entrée entre deux mondes différents, le lien si fragile qui les unit.

Un livre magnifique par la beauté des sentiments et des émotions exprimées.

lundi 14 décembre 2009

Jacques A. Bertrand - Les autres, c'est rien que des sales types













Jubilatoire, un régal de l’esprit, une détente des zygomatiques ! Ces portraits sont fignolés avec brio dans la finesse des expressions et des jeux de mots. Ceux qui savent jouer de l’auto-dérision se retrouveront au détour d’une phrase…

Nous pouvons affirmer qu’il existe plusieurs catégories d’Ecrivains. Ce mot vient du latin Scriba qui signifie scribe. Dès l’Antiquité et même avant, les Ecrivains étaient des scribouillards. Ils passaient leurs journées à dessiner des hiéroglyphes puis à écrire de pompeux discours pour les personnalités célèbres de l’époque. C’est à ce moment que la jet-set naquit.

Des scribouillards devinrent gratte-papier alors que le commun des mortels n’est qu’un gratte-Millonnaire, Banco et Morpion (d’où l’expression se gratter le c.. (censuré)).

Pour en revenir aux Ecrivains, une des catégories accède au prestige et à la gloire selon le nombre de best-sellers vendus. Et quoi de plus dur que de pondre et d’enchaîner les livres à succès ? Je vous le demande… Sauf quand on a trouvé le bon filon et les ingrédients qui plaisent à tous les coups (au choix : argent, sexe, sentiments, trahison, amour).

Une autre catégorie gagne ses lettres de noblesse grâce à son talent : celui de choisir les mots, de jongler avec pour en faire des chefs d’œuvre. Une chose est certaine : Jacques A. Bertrand en fait partie !

vendredi 11 décembre 2009

Philippe Claudel "la petite fille de Monsieur Linh"




Il y a des livres qu'on relit pour le plaisir. Plaisir de la beauté des mots et de celle de l'histoire. "La petite fille de Monsieur Linh" en fait partie.

Une fois de plus, je me suis prise de tendresse pour ce vieil homme expatrié. Monsieur Linh qui apprend ce nouveau monde, qui tente de s'y adapter pour sa petite fille.

Un livre bouleversant de sentiments qui m'a conduit doucement, sans aucune précipitation, à découvrir sa vie "d’avant" et à aimer cet enfant.

Il espère pouvoir offrir le meilleur à sa petite fille alors on voudrait, simplement, pouvoir l’aider ce Monsieur Linh...

mercredi 9 décembre 2009

Yannick Haenel "Jan Karski"













Jan Karski … je viens de finir la toute dernière page. Ce livre n’est pas qu’un livre, oh que non, il est bien plus. Une piqure de rappel douloureuse pour ne jamais oublier l’extermination de millions de juifs.

Jan Karski a été porteur d’un message pour que le monde se réveille et arrête ce massacre. Toutes les atrocités, toute la barbarie dont il a été témoin étaient dans ce message.

Un message qu’il n’a cessé de répéter et de délivrer à Londres, à la Maison Blanche… Un message seulement entendu par les Alliés.Pourquoi ?
Complicité passive ? Questions de politiques, d’argent? Une réalité trop effroyable, trop cruelle donc faussée ?

La soi-disant Conscience a préféré d’autres intérêts à la place de la vie de ces millions de personnes.

Une chose est certaine, on devient à son tour porteur d’une mission, d’un message pour que plus jamais ça ne se reproduise.

lundi 7 décembre 2009

Régis de Sa Moreira "Le libraire"



« Le libraire » est avant tout une jolie fable faite pour rêver.

-Dis-moi, qu’est-ce que tu voudras faire plus tard ?
-Libraire.
-Mais ce n’est pas un métier.
-Si parce qu’on vend plus que des livres.
-Ah bon ?
-Oui, parce qu’on on donne de l’espoir aux gens et on leur donne le goût de vivre.
-Tu ne pourras pas en vivre financièrement, il vaut mieux que tu songes à un métier qui a de l’avenir
-Je me contenterai des livres, je les lirai, ce sera ma nourriture. Et puis, quand le bon client arrivera, je le lui vendrai.

Un livre à offrir à ceux qui ne savent plus rêver ou qui ont tout simplement oublié ( ohlala, ça fait du monde).

Le petit dialogue n'est pas un extrait du livre mais une de mes fantaisies.

dimanche 6 décembre 2009

Je-tu-elle

Depuis longtemps, j’avais envie de me lancer dans des tranches de vie, des parcours de femmes. L'anonymat décliné au « je-tu-elle » qui peut prendre toutes les identités : moi, votre voisine, votre collègue de travail, votre épouse ou tout simplement vous.

Des visages chiffonnés de fatigue, des silhouettes frêles qui cachent des blessures, des sourires qui cachent des zones d’ombre.

Je m’appelle Hélène, Margot ou Clémence, je suis divorcée ou mariée, je suis de peau métissée ou blanche, mon père était alcoolique ou PDG.

Elles se battent pour ne pas reculer ou elles se contentent de vivre au jour le jour. Elles espèrent ou elles ont peur, elles cherchent le réconfort dans les bras d’un amant ou sont des éternelles fleurs bleues.

Autant de femmes qui viendront raconter leurs histoires. Des témoignages, des confessions avec des mots infirmes ou informes, des phrases décousues ou construites, des états d’âme et de l’humour.

jeudi 3 décembre 2009

Marie Sizun "la femme de l'Allemand"













Encore une lecture qui m’a balayée… Je ne sais pas si cette histoire de « la femme de l’allemand » est basée sur du vécu. Peut-être. Ou sûrement parce que pour pouvoir parler de la sorte de son enfance, il faut l’avoir non pas effleuré du bout des doigts mais ressenti. Vous pensez que je fais dans la sensiblerie ou dans la mièvrerie ?

Ma mère était folle. Oui, elle était maniaco-dépressive. Imaginez-vous un instant sortir cette phrase de votre bouche. Que ressentez-vous ? De la honte, de la gêne ? Et maintenant que pouvez-vous lire dans les yeux de vos interlocuteurs ? De la stupeur, de l’incrédulité, de la surprise ou alors vous devinez la question qui leur traverse l’esprit mais qu’ils n’oseront jamais dire tout haut « mais la folie c’est héréditaire, non ?».

Mon père ? Je suis une enfant née d’un amour impossible lors de la seconde guerre mondiale. Nul besoin d’en dire plus, laissez-leur le temps d’accuser le coup.

Et vous ? Comment l’auriez-vous vécu ? Question difficile, voire taboue. Chut, on ne parle pas de ces choses là, c’est trop dur… comme si juste les évoquer à demi-mots pouvait amener le malheur.

Dans ce livre, Marie Sizun le raconte à sa façon si juste, si parfaite. Elle raconte cette différence et comment on grandit avec malgré le reste : les questions, la culpabilité, les doigts accusateurs ou les regards méprisants.

Un livre bouleversant à lire absolument.

dimanche 29 novembre 2009

Erik Orsenna "La chanson de Charles Quint"



Avant de lire ce livre, je me représentais Erik Orsenna comme un justicier moderne de la langue française. Le Zorro du plus que parfait du subjonctif, la grammaire à la boutonnière et laissant signe de son passage, non par le célèbre Z, mais la farandole joyeuse de chou-genou-bijou-hibou-caillou-joujou-pou. Et s’il vous plaît, écrite du bout de son épée.

Dans « la chanson de Charles Quint », on découvre l’homme sans sa panoplie grammaticale. Erik Orsenna met à nu ses sentiments après la mort de sa femme. Un homme partagé entre la douleur, le savoir et la science et qui cherche inlassablement la réponse à la question « où est-elle maintenant? ». Pour pouvoir vivre à nouveau, il lui faut trouver non pas la vérité mais sa vérité.
Entre ses errances et sa quête, on lit, les larmes aux yeux, une de plus belles déclarations d’amour.

Merci Monsieur Orsenna pour ce si beau livre….

mardi 24 novembre 2009

EDEN CHIMIQUE

Le paradis artificiel de la non souffrance…. Jolie phrase de Françoise Sagan qui résume mon état ce soir.

Mon Eden chimique a en effet quelques effets secondaires : nausées, vertiges, troubles de la concentration et de parole… Ma pensée s’effiloche aussi vite qu’elle se construit. Impossible d’aligner trois mots et de les retenir, ils partent aussi vite qu’ils sont venus. Je suis obligée de les prononcer tous bas de peur qu’ils ne s’échappent. A peine sont ils dessinés sur mes lèvres qu’ils s’évaporent. Trop tard.
Me voilà à soliloquer toute seule comme une vieille folle !

Un nouveau traitement, puis un autre pour tenter de diminuer la douleur.

Est ce le prix à payer pour ne pas avoir mal ?

Alors, je m’adresse à vous Messieurs les Spécialistes,
Depuis plus de huit ans, je me promène avec une pancarte autour du cou et croyez-moi, je m’en passerais bien. Si j’avais été un chien, j’aurais eu le droit aux caresses de quelques mémés attentionnées, au regard rieur des enfants ou à des remarques d’ordre purement esthétiques « mais c’est qu’il beau ce chien ! Quel pelage » et autres compliments réservés aux canidés.

Mais, voyez-vous, je n’en suis pas un. Quel chien d’ailleurs pourrait écrire à moins d’être doté de la pensée et de la réflexion. Ce n’est pas le propos de ma lettre … je digresse, excusez-moi.

Ma pancarte est cachetée, estampillée d’un tampon « fibromyalgie atypique ». Ca vous laisse perplexe et moi donc, vous m’en direz tant. Ce titre ne m’apporte ni respect ni honneur. Je ne peux même pas me promener fièrement et m’en vanter.

Pire, je dois fournir des explications sur mon pedigree.
Humiliant et frustrant.

Je suis lasse de m’épier, eh oui, je dois scruter en permanence la crise. Anticiper toujours et au mieux si c’est possible, et se cacher quand le mon corps lâche, ivre de douleurs. Je n’aime pas me montrer en spectacle… je ne suis pas un chien de cirque.

lundi 23 novembre 2009

Shalom Auslander - "La lamentation du prépuce"






Décapant !

Un livre où le mot "masturbation" donne lieu à ses scènes tordantes , l'alimentation cachère côtoie sans complexe les Hot-Dod et où les gros mots sifflent.

Je m'excuse auprès des Dieux tout puissants ( ou moins) quel qu’ils soient mais grâce à eux, je me suis musclée les abdos et les zygomatiques.

A offrir pour Noël aux adeptes inconditionnels des génuflexions qui savent apprécier le second degré ...

Richard Zimler "La quête de Sana"




Je parle de ce livre car je l’ai reçu dans le cadre d’un partenariat. Non, ce n’est pas un coup de cœur. Armée de mon courage, et en poussant de long soupirs, j’ai quand même réussi à le finir. Car plus de 350 pages quand on s’ennuie, c’est long, très long, voire interminable…
Heureusement aux alentours de la 280ème page environ, l’auteur a réveillé mon intérêt mais c’était bien trop tard.

Si Richard Zimler m’avait épargné de fioritures ou de descriptions inutiles sur son petit déjeuner ou sur sa vie sentimentale, j’aurais peut-être accroché.

Désolée, mais je ne peux vous parler avec enthousiasme d’un livre que je n’ai pas apprécié…

Alors, je vous mets le résumé de la quatrième de couverture qui pourtant est bien alléchant :

"Février 2000. Richard Zimler, l'auteur du Dernier Kabbaliste de Lisbonne, est en Australie. Il y rencontre une femme qui lui dit combien Le Kabbaliste a compté dans sa vie. Le lendemain, sous les yeux de l'écrivain, elle saute par la fenêtre de sa chambre d'hôtel.

Richard Zimler, bouleversé par ce suicide, décide d'en savoir plus sur cette inconnue, de comprendre ce qui a pu la pousser à ce geste de désespoir.

Ce qu'il va découvrir, c'est d'abord une formidable histoire d'amitié entre Helena, d'origine juive, et Sana, d'origine palestinienne. Nées toutes les deux en 1946 à Haïfa, elles auront connu pendant près d'un demi-siècle, en dépit des déchirements entre leurs deux peuples, une vraie complicité.

Nombreux sont néanmoins les secrets et les zones d'ombre qui entourent leurs existences, et l'enquête de Richard Zimler prendra vite un tournant imprévu qui le mènera dans les coulisses du terrorisme international.

La Quête de Sana est tout à la fois un récit autobiographique surprenant, une vision bouleversante de l'histoire contemporaine et un thriller palpitant. "

jeudi 19 novembre 2009

UN AIR DE CHERUBIN

Souvenez-vous, au mois de septembre, j'avais participé à un concours de nouvelles sur le thème imposé de l'Escalier du Commandant.
Cet escalier du centre de Brest a été détruit lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

Pourquoi l’appelait-on ainsi? Qui était ce Commandant ?
Mon imagination, mes recherches m’ont amené à la fin du 19ème siècle à Brest.

Et, attention … ma nouvelle « Un air de chérubin » a été retenue et elle sera éditée prochainement (promis : pour ceux qui l’achèteront, je ferais une séance exclusive de dédicaces !).
En avant-première, la voici …



Depuis trois jours, un ballet incessant défile devant moi : des redingotes dont les galons brillent de mille feux, des aiguillettes couleur or perchées sur des épaulettes, des têtes serrées dans des coiffes de dentelle et des couvre-chefs tenus à la main. Certains m’observent puis battent en retraite subrepticement ou en me saluant fièrement. D’autres me glissent quelques mots d’une banalité affligeante à peine teintés de regrets. Je devine les inflexions des conversations chuchotées des notables. J’entends les voix des femmes, elles murmurent dans le creux d’une oreille des confidences qui appellent à des discrétions d’église. Seuls les froissements soyeux des jupons, le tintement des fourreaux de sabre contre le ceinturon égaient l’atmosphère aussi lourde qu’une chape de plomb. La plupart d’entre eux arborent un visage impassible, fermé d’où ne suinte aucune compassion, juste du dédain. Leurs regards qui, avant, me montraient du respect et de la courtoisie sont devenus froids et hautains. Heureusement hier, il y a eu un peu de distraction.

Un des négociants en vin de la rue Siam où je me fournissais, Mr Jacques, est arrivé, ventripotent, le souffle court et la chemise sortant de son pantalon. Son teint rubicond virait au mauve. Il avait sorti de sa poche un mouchoir pour essuyer les gouttes de sueur qui dégoulinaient de son crâne dégarni. Quand il s’approcha de moi, il se prit les pieds dans un tapis et il s’en fallu de peu pour qu’il ne tombe. Louis, mon fils aîné qui affiche un air benêt en permanence, le retint par la manche de son paletot avant qu’il ne s’asseye à mes côtés. Le pauvre homme était tellement gêné qu’il s’est relevé aussi vite que possible avant de s’empêtrer dans ses explications :

- Vous savez, mon Commandant, c’est jour de marché aujourd’hui, et avec un temps comme ça…ben, les gens…les gens des environs sont venus nombreux, tellement nombreux que la Grand’Rue était noire de monde ! Et puis, j’ai fait des affaires.

Il avait dû sortir une bouteille de son comptoir pour appâter le chaland et boire un ou deux verres. Son haleine dégageait cette odeur que je connais par cœur. Celle de la liqueur à la fraise que j’avais coutume d’aller siroter au café de l’hôtel du Grand Monarque chaque fin de semaine. Quand Mr Jacques s’aperçut que tout le monde l’écoutait, il se tut. Il me décrocha un clin d’œil et se détourna pour aller présenter ses civilités à mon épouse.

Ensuite, un de ces Lieutenants de Vaisseaux, prétentieux et aux dents longues, a fait son entrée. J’ai deviné un sourire, aux commissures de ses lèvres, à peine esquivé car il avait bien du mal à cacher sa satisfaction de me voir là. Il m’a gratifié d’un salut militaire digne de mon rang mais avec une insolence de jeune loup. Je sais qu’il a pour ambition de prendre ma place de Commandant et d’épouser ma fille Adèle. Ce sera un mariage de raison et d’argent car la nature ne l’a pas gâtée la pauvre fille … Elle a hérité de sa mère cette maigreur et cette sécheresse comme s’il n’existait aucune chair entre ses os et sa peau. Ses yeux ressemblent à deux petites billes perdues sur un visage étiré aux pommettes saillantes. Une union qui alliera deux familles aisées, tel mon mariage avec Louise.

J’avais à peine vingt ans et j’étais tombé follement amoureux de la fille d’un des vitriers de la ville qui arpentait du matin au soir les rues pavées. Quelquefois, elle l’accompagnait et dès que j’entendais son père déclamer son refrain lancinant, j’accourais à la fenêtre de ma chambre pour l’observer. De là, j’avais vue sur le Champ de Bataille où les enfants jouaient tandis que leurs bonnes se racontaient les derniers commérages entendus au marché de la Place Médisance. Je me précipitais en faisant mine de m’intéresser aux gamins qui traînaient et qui chapardaient ce qu’ils pouvaient. Nous n’avons jamais échangé un mot et je crois qu’elle ne s’est pas doutée, une seule fois, de tout cet amour qui me consumait. Pour elle, je ne devais être que l’un de ces fils à papa, orgueilleux et pédant. A l’aube de mes vingt et un ans, toutes les demoiselles de la bonne société m’avaient été présentées. Ne voulant pas me décider, mes parents me choisirent Louise pour épouse puisque son père était sur le point de gagner ses étoiles de Commandant.

Aujourd’hui, en cette fin de matinée, je constate que mon épouse est remarquable dans l’interprétation de son nouveau rôle. Elle ne dégage pas une once de commisération. Assise bien droite, elle ne se lève que pour saluer ou remercier par déférence ceux qui, à ses yeux le méritent : le vice-amiral et quelques épouses des familles les plus riches de Brest. Les autres n’ont le droit qu’à un petit signe sentencieux de la main, un hochement de tête condescendant.

Hier soir, lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, elle s’est approchée de moi. Elle est restée là quelques minutes passant ses doigts dans mes cheveux avec une tendresse que je ne lui ai jamais connue en vingt-cinq ans de mariage. Brusquement, elle s’est mise à rire comme prise d’une folie soudaine. Son corps tout entier psalmodiait et ses yeux crachaient de la haine. Elle faisait des allers-retours devant le balcon, et elle se mit à crier:

- Regardez-vous, mon Commandant ! Vous avez belle allure, n’est ce pas ? Pendant toutes ces années, je vous ai supporté, vous et votre arrogance. Mais surtout, j’ai gardé la tête haute lorsque les langues ont commencé à se délier ! Car, oh que oui, je savais ce que vous faisiez tous les soirs une fois votre dîner pris ! Tout Brest le savait et s’en faisait des gorges chaudes. Si vous pensiez que j’étais dupe de votre petit manège, vous vous trompiez, mon ami ! Ah, mon Dieu… qu’ai-je fait pour que vous nous trainiez ainsi dans la fange ? Et la simple idée de penser que maintenant, les fiançailles de notre fils Aristide sont compromises, me rend malade. Vous avez apporté la honte et l’humiliation sur notre famille!

Elle qui d’habitude était peu bavarde à mon égard, avait la langue bien pendue. Des larmes ont coulé sur ses joues alors qu’elle frappait sa poitrine de ses mains empoignées comme pour la prière.Puis, très vite, son apathie coutumière l’avait regagné. Son palabre acrimonieux se poursuivait :

-Voilà, où nous en sommes aujourd’hui à cause de vous ! Oui, par votre faute et seulement par la vôtre ! Après votre café, vous alliez fumer dehors votre cigarette pour ne point nous importuner. C’est bien ce que vous prétextiez, non ? Vous me pensiez donc sotte à ce point ? Une fois, je suis descendue à la Grand’Rue pendant que Marie surveillait les enfants. Je vous ai vu de la rue Siam descendre une par une les marches de cet escalier de fortune où les filles de joies tapinent. Oh oui ! Je vous ai observé… J’ai pu voir de quelle façon obscène vous les regardiez vous dévoiler leurs mollets. Vos yeux brillaient de vice et ces filles riaient tandis que vous vous régaliez de ce spectacle ! Je dois concéder que vous aviez choisi le meilleur emplacement. Tout en bas de ces marches, vous ne pouviez avoir meilleure image de ce que cachent les jupons de ces traînées !

Elle me fixait d’un regard torve et sévère, attendant une réponse de ma part. Que pouvais-je lui répondre ? Que toute la journée, je me languissais d’attendre ce moment de bonheur. Car, oui, c’était mon plaisir de voir ces filles dont les formes laissaient présager des corps fermes et généreux. J’avais la fatuité de connaître leurs courbes. Je frémissais quand un corsage laissait apparaitre un sein, un frisson me parcourait le dos quand elles remontaient leurs bas en me décochant des œillades aguicheuses. Elles m’offraient gratuitement ce que mon épouse n’avait jamais pu et su me donner : l’envie et le désir.

Son timbre de voix était devenu sec et son regard se perdait dans un paysage imaginaire :
-J’ai fermé les yeux car vous êtes un homme. Et, Dieu seul sait combien les hommes sont faibles.

En sa qualité de bigote assidue, j‘étais certain qu’elle allait invoquer ses litanies et les heures passées à prier à l’église St Louis :
-Chaque jour, j’ai imploré notre Seigneur afin qu’il vous remette dans le droit chemin. J’ai fait brûler des cierges pour le salut de votre âme. Mais même pour vos enfants, vous ne vous êtes pas donné la peine de vous libérer de vos accointances dans ce cloaque qu’est la rue Guyon ! Je vais vous apprendre une nouvelle : Marie m’a rapporté que désormais les gens nomment cet endroit l’escalier du Commandant ! Quel déshonneur !

Ah, tout de suite les grands mots ! J’aurais dû lui ordonner d’arrêter sur le champ ses geignardises. Avait-elle oublié que si nous habitions ce bel et vaste hôtel St Pierre, c’était bien en ma qualité de Commandant. Tout Brest nous respectait, nous allions au théâtre et aux endroits où il fallait être vu. A chaque cérémonie, la vanité d’être à mes cotés boursouflait un peu plus la veine de son front. Le dimanche après-midi, par beau temps, nous descendions écouter les concerts militaires donnés au Champ de Bataille. Nous recevions des invités de marque et nous étions conviés bras ouverts chez quiconque appartenant à la bonne société. Elle a pu profiter de mon statut de Commandant et de tous les égards bienveillants.
Qu’elle arrête ses sermons à présent !

-Mais non, il fallait que chaque jour …
-Taisez-vous, mère, il n’est plus l’heure des reproches.
C’était Caroline qui tenait ainsi tête à sa mère. Caroline, ma cadette, ma fille adorée, ma joie de vivre. Je ne pouvais pas l’apercevoir mais je l’imaginais se tenant dans l’embrasure de la porte.

Louise vitupérait :
-Caroline, comment osez-vous me parler de la sorte après ce que votre père nous a infligé ?
Ma fille s’avançait vers moi. Je pouvais enfin voir son doux visage rongé par les cernes mais ses yeux, habituellement pétillants de malice, étaient ternes et rougis d’avoir trop pleuré. La pauvre enfant, mon cœur se serrait à la vue de sa mine décomposée.

Elle s’était allongée à mes côtés. Je retrouvais ma princesse : son odeur de miel, sa peau veloutée comme une pêche. Elle tenait ma main qu’elle a ensuite posée contre sa joue.
-Pauvre papa, vous allez me manquer. Sachez que je n’ai pas honte de vous. Comment le pourrais-je ? Vous qui m’avez appris à contempler l’horizon, à aimer la mer et à apprécier le goût des embruns. Je me souviendrai pour le restant de ma vie de nos promenades Cours Dajot. Vous me répétiez que de tous les pays où vous vous étiez rendus, aucune ville n’égalait Brest. Nous restions là des heures durant jusqu’à ce que la nuit vienne nous déloger. Et, je suis certaine que vous avez eu la mort que vous avez souhaité.
-Taisez-vous Caroline, immédiatement ! Arrêtez cela !

Sa mère s’époumonait mais elle continuait :
-Il avait tellement plu que vous avez glissé du haut des marches. Lorsque votre tête s’est mise à saigner sur le pavé, ces filles ont accouru et vous vous êtes éteint dans leurs bras. Elles m’ont dit que vous souriez et que vous affichiez même un air coquin de chérubin … Vous pouvez reposer en paix mon cher papa.

Mon épouse venait de quitter furieusement la pièce et peu de temps après, Caroline s’était endormie, harassée de fatigue, contre ma main froide.


Les cloches viennent de sonner trois coups. Les croque-morts sont là. Il ne me reste plus qu’à regarder, pour une dernière fois, le plafond de ma chambre avant qu’ils ne ferment mon cercueil.
Je pars l’esprit tranquille et folâtre : Caroline, mon enfant chéri, ne m’a pas répudié et l’escalier de Brest que j’aimais tant porte désormais mon nom….

mercredi 18 novembre 2009

Marguerite DURAS "L'Amant"




Parler de Marguerite Duras, c’est comme vouloir rajouter sa petite touche personnelle à un portait de l’une des grandes figures de la littérature française. Généralement, on l’associe à son œuvre entière, l’auteur se substituant alors à l’ensemble de ses écrits.

Deux possibilités s’offraient à moi : piocher gaiement parmi l’un des nombreux avis existants : modifier un mot ici ou là, une formulation (c'est-à-dire l’art de faire du neuf avec de l’ancien), ou plus simplement de vous dire comment j’ai vécu le livre de façon si intense.

Je l’ai ressenti avec ce ballet, cette danse sans fin de non dits sensuels, ces mots peu nombreux mais si justes, et puis le rythme des phrases. Ce rythme lancinant, entraînant, qui provoque des vertiges ou qui fait tourner la tête. Inconsciemment, on cale sa respiration pour suivre, pour goûter au mieux cette cadence. Cadence des mots, cadence des émois …

Et, tout le génie de Marguerite Duras réside là. Elle arrive par cette jeune fille de quinze ans, à nous faire découvrir, revisiter la volupté, les troubles, le plaisir de la chair et sans jamais tomber dans la vulgarité ou dans le sale.

Magnifique !

lundi 16 novembre 2009

ROSE

Comme tout le monde, Rose n’aime pas aller chez le dentiste. Quel drôle de métier que de passer ses journées à farfouiller dans des bouches ouvertes. Elle se demande d’où peut venir ce sacerdoce à débusquer la carie sous l’épiglotte tremblante.

Elle s’y rend à l’heure précise pour s’épargner le temps interminable de l’attente. Si le bourreau a du retard, le supplice commence pendant ces quelques minutes où tout se fige au bruit de la roulette. Elle retient sa respiration, elle guette un cri de douleur épouvantable qui ne vient pas.

Il vient toujours chercher sa prochaine victime avec un sourire bienveillant. Rose traîne toujours un peu des pieds et arrivée devant l’appareil de torture, manifeste un petit mouvement subreptice de recul. Le dentiste invite sa martyre à y prendre place.

Allongée sur le fauteuil, elle est à ses ordres sans aucune défense possible.
-Ouvrez la bouche, dit la voix sous le masque.

Rose obéit, elle n’a pas le choix. L’aspirateur de salive dans le coin de la bouche, elle observe son tortionnaire, quel instrument va t-il choisir ? Elle déglutit difficilement car elle se sait à sa merci.
-Hum, hum… oui.

Il inspecte chaque recoin de sa bouche béante, tapotant les dents. Un petit clignement de paupières involontaire, et il devine immédiatement que la dent est sensible.

Elle se cramponne au siège et ferme les yeux en attendant que l’aiguille vienne se planter dans la gencive.
-Bon…ce n’est rien. Vous n’aurez qu’à utiliser un dentifrice pour renforcer l’émail. Si jamais vous avez mal dans quelques jours, revenez.

Pour cette fois, elle est sauvée.

Avant de partir, Rose offre un regard débonnaire à la personne assise dans la salle d’attente.
-Merci Docteur, dit-elle poliment.

Puis, d’un ton condescendant en direction du pauvre patient qui s’agite nerveusement sur sa chaise, elle ajoute d’un ton hautain:
-Et dire que certains ont peur du dentiste !

vendredi 13 novembre 2009

Marie Desplechin - Un pas de plus



Marie Desplechin, un nom qui il y a quelques mois m’était totalement inconnu. Si on m’avait posé la question « La connaissez-vous ? » sans me donner plus de renseignements, j’aurais fait mine de réfléchir, moue dubitative de l’intellectuelle qui cherche dans son grand et immense savoir, puis j’aurais émis un :
-Euh… non, je ne vois pas. Désolée.

Dans cette situation indélicate, on peut essayer de grappiller des indices. Et pour la circonstance, afficher un air innocent, benoît: est-ce que c’est une femme politique ? Non. Bon… si elle fait partie des personnes qui font la une ou même la dernière page des magazines people, ce n’est pas la peine d’aller plus loin…. Car je suis archi nulle, incompétente dans ce domaine.

« Un pas de plus », comme dans une danse où les temps sont gais mais énergiques. Je me suis laissée emporter par ses nouvelles où lire cette verve vive, rythmée est un réel plaisir. Du pur bonheur ! Une auteure qui ose parler de sujets sensibles ou d’autres plus légers avec humour et brio.

jeudi 12 novembre 2009

BLOG DIVAN OU DIVIN BLOG?

Je n’ai pas pour habitude de citer des blogs ou d’en faire de la pub. Je pourrais aussi vous dresser une liste non exhaustive de blogs auxquels je rends visite. Mais, je papillonne, je picore, je butine au gré de mes humeurs. Je ne vais systématiquement, tous les jours, les consulter comme pour le mien. Tenir un blog n’est pas synonyme d’en être son esclave, je préfère y venir quand j’ai envie de partager quelques chose et non pas parce c’est une obligation.

J’aime aussi me replonger dans la généalogie ou m’abandonner à un projet d’écriture. Laisser les idées chahuter gaiement ou écouter d’une oreille attentive une future conversation, observer une situation fictive.

Heureusement, grâce à la technologie, les blogs ont cette faculté de se passer quelques jours de substance nourricière.

Les blogs que j’affectionne ou que j’aime ? Ils sont variés à vrai dire. Certains traitent uniquement de lectures, d’autres sont axés sur des sujets de société, d’autres encore me divertissent, me font rire. Et puis, il y a ceux plus intimistes où la personne parle d’elle.

Le plus souvent, ce sont des femmes. Eh oui mon cher Freud, désormais, les confidences se font en ligne, des non dits cachés par pudeur ou à cause des tabous se dévoilent sur les blogs. La sacro sainte psychothérapie du divan serait-elle menacée et en voie de disparition? Mais non, Freud, rassurez-vous, vos fidèles ont de beaux jours devant eux.

Des femmes qui se montrent soit sans strass et sans paillettes ou fardées, pomponnées, fortes ou fragiles, heureuses de vivre ou qui donnent le change pour les apparences. Ah, les apparences ! Ce mot si surfait me permet d’une pirouette d’enchaîner sur la suite…. Car qu’importe l’habit, elles parlent de leur vie, de leurs préoccupations, de leurs bonheurs ou aussi de ce qui fait mal. A leur façon, elles racontent souvent humblement comme si abattre des montagnes était naturel pour elles, sans attendre une gloire quelconque en retour. Elles écrivent pour témoigner, pour nous sensibiliser à un problème, ou simplement pour se poser quelques minutes.

De moi à vous, ce « vous » décliné à « tu, elle », je vous connais un peu par vos blogs.

mardi 10 novembre 2009

Emmanuel CARRERE -"La classe de neige"


Vous vous souviendrez sûrement que la lecture de « D’autres vies que la mienne » avait eu pour effet d’engendrer différentes réaction de ma part. Avec « la classe de neige », je vais vous épargner mes questions métaphysiques.
Je l’ai terminé depuis hier et je suis toujours sous son emprise : sonnée, époustouflée, estomaquée…

Dès que j’ai fait la connaissance de ce p’tit garçon, Nicolas, je n ‘ai plus eu envie de le quitter. Mais, pourquoi une classe de neige peut provoquer de telles peurs, de telles inquiétudes chez un gamin? Comme un mauvais pressentiment, on a la certitude que quelque chose de terrible va se passer : laquelle, et pourquoi ?

Je suis retournée… sidérée par l’histoire et par son rythme, épatée par le style, par cette facilité de l’auteur à nous raconter tout ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant.

Une seule certitude : une fois de plus, il va me falloir plusieurs jours pour récupérer.

samedi 7 novembre 2009

SINGING IN THE RAIN

Hier, tout le monde était déjà parti depuis belle lurette quand j’ai réussi à décoller mes paupières. J’ai eu le droit à une nuit de plus de huit heures plongée dans un sommeil artificiel. Une grâce pour moi ! Quand on a pour habitude d’entamer ses journées à l’heure où les fêtards et ceux qui vivent la nuit vont se coucher, un lever tardif se doit d’être considéré comme un fait exceptionnel.

Au début, je me suis sentie désorientée comme perdue dans ce silence. Il faut à chaque fois le ré apprivoiser, cet animal, et surtout ne pas en avoir peur, sinon il peut vous envelopper dans la mélancolie. Heureusement, je me suis secouée et arrachée à cette idée. Ce n‘est pas parce qu’une chape de plomb noirâtre couvrait le ciel que j’allais passer le restant de ma journée à feuilleter mon album souvenirs en soupirant ou à m’inventer des avenirs de bouts de ficelle.

Que nenni. J’ai enfilé mon imper, pris mon parapluie tout nouveau, mon Ipod (sans faire de pub) et me voilà partie. On doit me prendre pour une cinglée ou une illuminée quelconque. Car sous la pluie battante, je suis la seule à attendre aux passages piétons que le petit bonhomme veuille bien devenir vert. Les autres, se dépêchent, font de grandes enjambées dédaignant et se moquant du petit bonhomme rouge. Certains relèvent leur col et lèvent les yeux au ciel pour maudire ce temps. D’autres encore portent à même la tête leur parapluie pour qu’aucune goutte ne s’aventure à les toucher. J’observais tous ces gens en chantonnant. J’ai revisité à ma sauce, la chanson inoubliable « Singing in the rain » de Gene Kelly. Et rien qu’à ce nom, le Broadway enchanteur me venait à l’esprit, Frank Sinatra, Rita Hayworth… et toutes ces comédies musicales devenues un tantinet désuètes.

Que vois-je ? Des personnes âgées, qui elles aussi, bravent et défient le petit bonhomme rouge. Mais c’est quoi ça ? Est-ce que l’âge nous déleste de certaines règles. Et l’exemple, qu’est ce qu’il devient dans tout ça ? Aux oubliettes, à la trappe ?

Absorbée par mes pensées et le quidam, je n’ai pas fait attention au coup de vent matois qui venait chatouiller mes jambes. Sa caresse s’est transformée en un souffle et voilà que mon tout joli parapluie s’est retourné. Il aurait pu reprendre dignement sa fonction, mais non, il s’est transformé en épouvantail tout minable.

Moi qui étais tout gaie, toute contente, j’ai dû me résoudre à continuer mon chemin sans sa bonne protection.

Trempée, les cheveux dégoulinants de pluie, je ne voyais rien (c’est l’inconvénient des lunettes). Je suis rentrée dans un magasin et les vendeuses guindées qui s’ennuyaient ont assisté à mon spectacle. Je me suis ébrouée à la façon des chiens (ce qui a eu pour effet de déclencher des regards torves, des grimaces de la part des vendeuses). Mais, vous le savez, il en faut bien plus pour que je me froisse ou que je me défroisse.

Allez, je continue : I sing…..Singing in the rain , nannnn, nannnn, I sing…Singing in the rain, et la vie est belle.

jeudi 5 novembre 2009

ANNA GAVALDA "L'échappée belle"



L’échappée belle : un cycliste qui se détache du groupe et qui sème les autres coureurs ? Ou alors un cycliste tout simplement heureux, heureux de vivre et d'avaler le bitume sur sa selle.

Sauf que notre homme n’est pas forcément un accro de la petite reine et qu'il n'est pas tout seul. Ils sont quatre en tout, quatre à se faire une échappée belle : Garance, Simon, Lola et Vincent. Une fratrie unie comme les doigts de la main et qui le temps d’un week-end va se retrouver comme avant.

Avec eux, j’ai rigolé, j’ai souri à leurs jeux de mots (façon jespspeekenglishverywell) et à leurs souvenirs d’enfance, d’adolescence qui ont fait ressurgir les miens. Mes cheveux qui sentaient le gel, les tubes interplanétaires de cette époque, les discussions «ouais, quand on sera …» partagées avec la meilleure copine ,l’insouciance, et puis cette envie de grandir mêlée à de l’appréhension.

Un livre est à offrir à votre patron s’il vous voit mettre du stabilo sur vos ongles, à la dame coincée du cinquième qui semble avoir été vieille et sérieuse toute sa vie ou à votre belle-soeur BCBG car au fond vous l'aimez bien.

Un vrai condensé de gaieté pour ne pas oublier la joie de vivre même si l’on est devenu « des grands » avec des responsabilités.

Maintenant, le cœur un peu pincé de nostalgie, j’ai envie de téléphoner à mes sœurs pour trouver et parler encore de ces instants qui datent d’hier. Et puis, je vais montrer la chorégraphie trop, trop top de Bananarama à mes filles.

mercredi 4 novembre 2009

Eric FOTTORINO "L'homme qui m'aimait tout bas"







Je pense qu’écrire sur son père décédé ne doit pas être une chose aisée : faire la part des choses, relater en essayant d’être fidèle à ses souvenirs, être au plus juste dans ses propos. Eric Fottotino ne tombe pas dans le mélodramatique dès qu’il parle de ce mot dur, le suicide, ou tout de qui l’entoure.

Bien sûr dans ce livre, on retrouve le style limpide et fluide d’Eric Fottorino. Les sentiments et les émotions ont une belle part, et je l’ai lu facilement mais ce j’ai retenu c’est le portrait luisant d’un père parfait mis sur un piédestal.

Livre ou exutoire pour l’auteur? Comme pour tenter de se déculpabiliser de n’avoir pas su prêter attention à un signe qui laissait présager les ennuis de son père. Mais quand bien même, il l’aurait remarqué et qu’il l’aurait aidé, est-ce que ça aurait pu changer quelque chose ?
Je n’ai pas la réponse…

dimanche 1 novembre 2009

Lecture "Nouvelles à chute"



Un petit livre qui ne paie pas de mine et qui de surcroit se présente sous la forme d’une des lectures imposées par la prof de français :
-Ce trimestre nous allons étudier tel courant littéraire ou tel auteur, je vous demanderai donc de lire …

La pauvre prof n’avait pas le temps de terminer sa phrase qu’un soupir général, proche du bâillement à se décrocher la mémoire, prenait le relais, montrant ô combien, l’enthousiasme pour les lectures obligatoires. Elle poursuivait son cours pour transmettre son enthousiasme à nous ses élèves qui ressemblions à un croisement douteux d’invertébrés et de concentrés d’hormones acnéiques. Eh oui, pour la bande de futurs bacs scientifiques que nous étions, les cours de français puis de philo n’avaient pas grand intérêt…

A l’annonciation de la phrase fatidique « vous devez lire untel ou tel livre», nous nous avachissions un peu plus en décrétant que ça ne pouvait qu’être nul vu que c’était la prof qui l’avait choisi. Ah, la bêtise de l’adolescence…

« Nouvelles à chutes » aurait pu s’intituler « pépites et trésors » car ces nouvelles sont formidables et superbement écrites. J’ai retrouvé ce que j’aime depuis toujours dans les nouvelles : cet art subtil qui réside à amener le lecteur rapidement dans un lieu, de le plonger dans une tranche de vie puis à l’étonner, à le surprendre par le fin mot de l’histoire. Et pour le lecteur, les différentes possibilités de les aborder, de les lire : se demander, le cœur battant d’impatience, comment sera la chute ou d’attendre sagement pour apprécier d’avantage le final.

Une nouvelle est un bateau sur lequel j’embarque et où je me se laisse guider les yeux fermés par l’auteur. Aux dernières lignes, je souris, je m’amuse de n’avoir pas soupçonné la chute, ou alors je suis complètement estomaquée, sonnée comme le boxeur qui reçoit un dernier crochet et s’écroule sur le ring.

Entassés sous Camus et Sartre, coincés entre Molière et Ionesco, j’ai retrouvé « Bel Ami » et « Une Vie »de Maupassant. Les pages ont bien jaunies depuis la classe troisième ou de seconde mais quel plaisir de les relire avec un œil nouveau.

samedi 31 octobre 2009

LE DEMENAGEMENT DE ROSIE

Et dire que dimanche, je vais enfin le revoir. J’ai hâte, je me sens revivre rien qu’à l’idée d’y penser. C’est que mon fils ne passe plus souvent me voir maintenant. Avant, quand j’habitais encore dans mon ancienne maison, il passait de temps en temps avec Florence, ma belle fille et leur fille Corentine. Mais avec tout son travail, ce n’est facile pour lui de trouver du temps. Et, puis, c’est qu’il a une bonne situation, mon fils !

Il est comme on dit le bras droit de son beau-père à la fabrique, et un jour c’est lui qui sera le directeur. La première fois qu’ils sont venus ici, je voyais bien que mon Bernard serait bien resté encore un peu avec moi mais j’ai entendu Florence lui siffler aux oreilles avec ses grands airs « N’oublie pas que mon père t’attend à la fabrique… On reviendra une autre fois... Pfouu, et puis, regarde ! Oh, non ! Mes nouvelles chaussures vont être toutes tâchées avec cette terre… ». Ils n’avaient même pas emmené la p’tite avec eux…

Pourtant, quand j’étais encore dans ma maison, j’aurais bien aimé que sa mère me la confie de temps en temps.je lui aurais appris à différencier les chants des oiseux, la danse des saisons comme je l’avais fait à son père. Mais Florence veut pour elle la meilleure éducation qu’il existe et moi je ne pouvais rien lui apporter. J’avais été blessé quand elle avait dit « Mais, Bernard, voyons, il est hors de question que cette enfant aille traîner dans une ferme, jouer à même le sol parmi les fientes des poules. Pendant les vacances, elle ira chez mes parents qui mettront à sa disposition ce qu’il y a de mieux». Bernard avait baissé les yeux comme un petit garçon pris en faute. Ma bru est la fille d’un « directeur général » et sa mère est une femme distinguée de la bourgeoisie. Pour sûr, je n’ai pas leurs bonnes manières et je ne parle pas aussi bien qu’eux ! Je me sens toute gênée à côté d’eux… Heureusement, je ne les vois pas souvent. Pour être honnête, je les ai rencontré que pour de grandes occasions : les fiançailles puis le mariage de nos enfants et enfin au baptême de la p’tite. Ca remonte à longtemps car Corentine va sur ses neuf ans. Je pensais qu’ils seraient peut-être venus avec Florence vu que j’ai déménagé mais non.

Heureusement, Simone passe me voir plusieurs fois par semaine quand elle va au marché ou chercher son pain. Simone et moi, on se connaît depuis qu’on est hautes comme trois pommes, on a été élevé ensemble et je l’ai toujours considéré comme une sœur. Ma mère m’a eu tard, à un âge avancé où c’était mal vu d’avoir des enfants. Monsieur le curé répétait que j’étais le déshonneur de mes parents. La pauvre femme ! Elle avait prié toute sa vie pour avoir un enfant et le jour où le miracle se produisit, les mauvaises langues se sont déliées contre elle. Moi ce que je sais, c’est que je n’avais pas demandé à être ici dans ce bas monde. Ma mère avait beau me dire sans arrêt que j’étais un cadeau du bon dieu, je ne l’ai jamais crû. Au contraire, j’ai détesté son Dieu, oh que oui, je lui en voulu d’avoir emporté ma mère quand j’avais à peine huit ans, d’avoir abandonné mon père dans l’alcool et pour finir de m’avoir pris mon mari.

Avec Simone, on ne parle pas de religion sinon on se fâche. Alors, elle me cause un peu de tout de rien : du temps, des anciens voisins, des enfants des autres .Chaque fois, elle m’apporte des fleurs et elle fait même un peu de ménage. Ah, Simone, elle aime la propreté et l’ordre, je me souviens le jour où j’ai aménagé ici, elle rognonnait tout bas pour pas que les autres l’entendent :
-Oh… mais cet arbre là c’est qu’il va perdre ces feuilles, l’automne et ça fera pas propre, faudra balayer…. En plus, dans ce coin, le vent tournoie et dépose toutes les saletés… que de travail !

Même si elle parait bougonne, elle n’est pas méchante bien au contraire. C’était il y tellement longtemps … En ce temps là, Simone habitait encore chez ses parents, pourtant ce n’était pas les prétendants qui lui manquaient. Elle aurait pu se marier avec un gentil gars mais elle disait que les hommes du coin n’étaient que des bons à rien. Paris, elle m’en parlait tout le temps, elle faisait des économies pour pouvoir y partir un jour et s’y installer. Personne d’autre n’avait eu vent de son projet. Et puis, il y a eu ce lundi. J’avais vint-quatre ans et mon petit Bernard venait juste d’avoir un an. Comme tous les lundis, mon mari Jean était parti à la ville. La nuit tombée, il n’était pas encore rentré, puis, je l’ai guetté et attendu en vain. Les gendarmes ont fouillé chaque bosquet, inspecté chaque grange, on ne l’a jamais retrouvé. Pendant deux mois, je le suis rongée les sangs, j’ai prié, j’ai imploré le bon dieu de me le rendre. Oh que oui, la folie m’aurait gagné si Simone ne m’était pas venue en aide :
-T’en fais pas, va, ma Rosie, tu verras ! Je peux travailler comme un homme ... J’te laisserai pas tomber. On va s’en sortir, je te promets.

Et elle l’a fait, elle a sacrifié ses rêves de capitale pour moi et pour Bernard. Elle a passé sa vie à la ferme avec moi partageant les bons et les mauvais moments.

Ah mais, la voilà qui arrive justement, le crissement du gravier sous ses souliers, c’est elle.
-Ah Rosie, il fait un de ces froids de canard ce matin… Oh… Mais ce n’est pas possible ! J’ai nettoyé avant-hier et regarde moi ça, c’est tout sale encore. Moi je te dis, ton fils il aurait pu mettre un peu plus la main au portefeuille pour te trouver un meilleur endroit. Non mais…

Je la laisse rouspéter à son habitude.
-Ton propre fils si ce n’est pas malheureux… et dis-moi depuis combien de temps il n’est pas venu te voir hein ? C’est parce qu’il se laisse marcher dessus par sa femme et sa famille ! C’est une honte voilà ce que j’en dis !

Si on lui tient tête, elle s’énerve et ce n’est pas bon pour son cœur, alors je préfère la laisser dire.

-Je suis certaine que tu dois lui trouver encore des excuses, hein, pas vrai, ma Rosie ? Il n’est pas venu une seule fois ! Onze mois déjà que l’on t’a enterré et pas une visite de sa part!

Elle s’agite, remet en place quelques fleurs puis avec un éclat de malice dans les yeux, elle rajoute :

-Mais, dis-moi, maintenant, tu dois quand même remercier le bon dieu, non ? Parce que si la Toussaint n’existait pas et bien, ton fils il ne viendrait jamais te voir alors qu’il n’habite qu’à cinq kilomètres du cimetière …

Ah je savais bien qu’il ne fallait pas qu’on parle de religion avec Simone….

dimanche 25 octobre 2009

Françoise SAGAN "Des bleus à l'âme"


Françoise Sagan : un nom sulfureux provocateur de bien de remous, d'indignations et de controverses. Toujours, Françoise Sagan et sa réputation de flambeuse, d’oiseau de nuit rongé par l’alcool. Sa vie n’a pas été celle d’une sainte et alors ? Elle a mené sa vie comme au volant d’une voiture de sport, à toute allure, en se fichant bien de l’avis des autres. Une vraie épicurienne attachante et libre.

Dans « des bleus à l’âme », elle nous montre combien elle aimait sa vie et l’écriture. Françoise Sagan, et son ton impertinent, gai qui peut être léger ou tranchant.

Elle reprend deux de ses principaux personnages, les met en scène dans ce Paris clinquant et fêtard. Puis quelques lignes plus tard, elle les abandonne pour parler d’elle, la vraie Françoise Sagan à multiples facettes : mante-religieuse blessée par ses amours, femme de son temps n’ayant pas peur de dénoncer les travers de la France, la femme qui se servait volontiers de sa frange comme une armure ou comme un paravent pour rire. Cerise sur le gâteau, elle est partie à sa façon : une dernière pirouette, un petit diable joueur au fond des prunelles, et en faisant un joli pied de nez.

Dans ce livre, elle s’amuse encore, polissonne bien élevée d’une éternelle jeunesse, jouant avec les mots …. Que du plaisir ! Une lecture que je conseille fortement aux esprits dont les bonnes mœurs sont bridées, carcan et œillères obligent…

jeudi 22 octobre 2009

UNE ESPECE EN VOIE DE DISPARITION ?

Je décrète que ma journée a été une journée arc-en-ciel. Et oui, je prends la liberté de dire que le bonheur ne rime pas forcément avec la couleur rose. Pourquoi associe-t-on, d’ailleurs, systématiquement le rose au plaisir, à la joie ? Je ne vois pas la vie en rose mais en arc-en-ciel parce que les nuances, les demi-teintes sont plus évocatrices et plus parlantes que l’uniformité.

Une multitude de petits bonheurs qui se sont enfilés comme des perles à un collier et je suis comblée de joie.

Un ciel bleu lavé de ses nuages par la pluie, quelques mots d’un auteur couchés sur une carte, ma discussion du matin avec la boulangère, et une lecture superbe dont je vous parlerais. Et puis une rencontre hasardeuse qui me fait dire qu’il existe encore des personnes humaines au sens le plus noble du terme.

Une personne qui au supermarché vous aide à choisir une couleur de rouge à lèvres avec un sourire franc. Et de fil en aiguille, des anecdotes qui amènent à rire, à parler de tout et de rien, et à discuter.

Juste quelques minutes plus tôt, sur un ton gai et léger, je demande poliment à une vendeuse :
-Bonjour, excusez-moi de vous déranger Madame, pouvez vous m’indiquer à quel rayon je peux trouver du fructose ?

Mitraillettes dans les yeux, elle me répond d’un ton sec :
-ben… au rayon sucre !

Et, elle replonge la tête dans ses cartons en soufflant comme un taureau.

Je vais au rayon et, malchance, il n’y en a pas.
Timidement, je reviens vers elle. Je pensais naïvement que durant ces quelques secondes, elle aurait pu avoir une illumination ou une révélation quelconque. Mais non, et j’ai bien crû me liquéfier sur place et entendre retentir les salves des armes à feu quand sa bouche a craché comme du venin:
-Pfou, mais qu’est ce que j’en sais moi !

Le visage engoncé dans mon écharpe et toute penaude, j’en étais arrivé à la conclusion suivante : les personnes qui accordent de leur temps, de leur gentillesse sans rien attendre en retour sont une espèce en voie de disparition…. C'était la seule couleur de l'arc-en-ciel un peu grisée.

mercredi 21 octobre 2009

Joyce Carol OATES "Fille noire, fille blanche"



Amérique, Etat de Pennsylvanie, 1974 : Genna, la fille blanche, va partager sa chambre d’étudiante sur un campus avec Minette, la fille noire. Bien plus que leur couleur de peau, c’est leur éducation, leur histoire qui les sépare. Genna est la fille d’un avocat anti-Nixon, anti-guerre du Vietnam, le mot liberté en porte-drapeau et d’une mère au cerveau embrumé par toutes les drogues des années 60 qu’elle a pu avaler. Un père qui est toujours absent, toujours parti pour une défendre une bonne cause quelconque et une mère hippie, Genna ne peut que devenir que l’amie de Minette comme si c’était l’ordre des choses.

En effet, elles auraient pu devenir les meilleures amies au monde comme Genna le souhaitait. Mais Minette au caractère bien trempé, fille d’un pasteur, ne veut pas de cette amitié qu’elle considère comme de la compassion. Un tempérament fort, une foi profonde et une famille unie : Minette possède ce que Genna n’a pas.

A cause de sa couleur de peau, Minette, la tête haute, va subir des vexations, des humiliations viles et ignobles au grand’ jour ou orchestrées sournoisement. Et, Genna comme obnubilée par ce refus de son amitié, va assister impuissante aux évènements qui se trament en coulisses.

Un roman un peu longuet sur cette Amérique peu glorieuse, celle de la chute de Nixon, du contrôle du libéralisme et du racisme.

samedi 17 octobre 2009

DOUBLE JE

Si j’écris que je me pose des questions comme par exemple, à savoir si j’ai réussi ou échoué dans ma vie : enfants, tissu ou réseau social, l’étiquette dépressive ou névrosée ne tardera pas à apparaître. Parce que si j’écrivais tout ce que j’ai à dire, tout ce qui se cache derrière Clara, forcément l’écorchée à vif que je suis, bien que je n’aime pas ce terme, parlerait à ma place. Une rescapée ou une accidentée de la vie ? Ou alors un phalène, ces papillons de nuit qui virevoltent autour de la lumière la nuit et qui finissent par se faire mal. Le double-je qui sommeille en moi va aller consigner tout cela autre part mais pas sur ce blog. Des feuillets informatiques, des pages de mots qui iront s’échouer ou espérer au fond d’un tiroir ou sur un autre blog complètement anonyme.

Bon, je remets mon masque de Clara qui me sied à merveille pour jouer mon rôle attendu par les convenances et pour ne pas choquer ou heurter la bonne morale. En tant que mère de famille, je dois montrer que tout va bien, que jamais, ô grand jamais, les mots peuvent faire mal et qu’ils peuvent plus que blesser.

Selon les bons usages, je ne vais pas crier sur tous les toits ou plutôt raconter certains pans de ma vie. Imaginez-vous, le désordre que cela provoquerait surtout ici à Brest. Le Brest qui me fait vomir par ses soi-disant bonnes pensées, le Brest moralisateur qui pointe du doigt et qui juge.

Ce Brest de gens respectables qui se promènent comme il se doit le samedi après-midi au centre ville en famille. On les reconnaît facilement : l’épouse arbore 365 jours par an un serre-tête sur sa coupe au carré. Le serre-tête se permet, au gré ses saisons, quelques fantaisies mais jamais extravagantes : des poids ou à la rigueur des rayures. Elles portent aussi bien le pantalon de toile beige ou bleu marine, coupe mi-mollets, que la jupe toujours d’une longueur convenable. Le tout agrémenté de chaussures à talons plats ou de chaussures bateau. Vous leur rajoutez un imper ou une veste d’un coloris neutre, et enfin l’indispensable accessoire le sac Longchamp à la main. Ah, et pour compléter ce beau portait de famille : les enfants. Au minimum, la fratrie en comporte trois et là, excusez-moi, mais ils sont beaux. C’est vrai, les petites filles à la coupe au carré (comme maman) ou avec une queue de cheval sont les représentations miniatures des images d’Epinal. Et, les petits garçons ont toujours un bermuda même en hiver. Le sang digne qui coule en eux et leur nom à rallonge (Pierre-Hugo De la Valentière Du Plessis) les protège forcément du vent froid. Scout toujours !

Certains vont clamer que je fais de la discrimination. Non, j’observe et j’écoute. Je les entends dire, et non se vanter, « que le cadet de la famille a intégré le Lycée Naval », « que Marie-Charlotte fera de la musique l’année prochaine au Conservatoire » car cela va de soi.

Je m’en fiche de leurs tenues, je m’en amuse à vrai dire mais les esprits étriqués m’agacent et me révoltent. Surtout quand ces bonnes âmes vont prier à l’église, genoux à terre, et cultivent en fond de religion, le mépris social.

Alors, chut, silence, je me tais …. Et je laisse place au ton dynamique et enjoué celui qui plait et qui sait battre la mesure.

jeudi 15 octobre 2009

ETATS D'AME

"Montrons l’exemple aux enfants". Au début, je pensais mettre en scène un ou deux personnages, une étincelle d’imagination aurait fait le reste avec une morale ourlée sur le sujet. Sauf que j’étais hors sujet. Montrons l’exemple, ce qui m’amène à me regarder dans la glace et à m’auto-juger. Suis-je un bon exemple et en quoi ? Sur quels critères, peut-on se proclamer meneur de bonne action ou pourquoi s’octroyer le droit de fanfaronner que notre vie est un exemple ?

Ma vie est loin d’avoir été un exemple sur tous les points et je ne suis pas parfaite. J’aurais pu, oh que oui, décrire des situations où je me suis retrouvée victime. Ca ne manque pas mais c’était trop facile de choisir cette voie. Ou alors faire mon propre mea culpa en demi-teinte comme une confession sur laquelle on lève juste un petit peu le voile sans la révéler.

Je visionne mes journées : pas d’acte de bravoure spécifique ou de preuve d’un héroïsme flagrant. Je pense que certaines de mes voisines retraitées et veuves sont contentes de me voir quand je vais promener mes chiens. C’est l’occasion de pouvoir discuter de tout et de rien même ci ce n’est que deux minutes. Le temps, je le prends pour les écouter. Peut-être que je serais la seule personne qu’elles verront de la journée et inversement. Chacun trompe sa solitude comme il le peut, c’est le jeu.

Rendre service je le propose si je suis en mesure de le faire. Et sourire. Alors que toute prestation est payante et où le sourire est commercial (sous-entendu vendeur), je continue à croire que rendre service ne mange pas de pain, pas plus qu’un sourire. Bien au contraire, qu’est ce que ça coûte ? Rien, et l’on reçoit tellement en échange : un sourire ou un merci. Peu importe qu’il soit timide, un peu gauche ou tout juste posé sur les lèvres comme une esquisse, c’est le plus belle des récompenses.

Sauf que certains jours, le pansement pour colmater les brèches ne sert à rien. A peine, si ça les masque. On a beau y mettre du sien et chasser ses bleus à l’âme, ils sont là. Généralement, ils sont enfouis, terrés car personne n’aime montrer au grand jour ses failles. Et de temps à autre, les états d’âme sortent, surgissent dont ne sait où et sans qu’on s’y attende.

Aujourd’hui est une journée à état d’âme.

mercredi 14 octobre 2009

Philippe DELERM "Quelque chose en lui de Bartleby"


Ce matin, à peine sortie de ma chambre (et donc de mon lit), Marie s’approche vers moi, un sourire malicieux aux lèvres et me dit :
-Maman, j’ai une faveur à te demander.


Tiens, une faveur et non un service. Que voilà un joli mot qui donne envie de répondre par l’affirmative. Non, non… Je connais mes filles : cet air innocent pour quémander, l’expression doucereuse pour m’attendrir. Elles savent user de flagorneries et de subterfuges pour des demandes de dernière minute. Tant que je n’ai pas bu mon café, je ne veux rien entendre alors je ne vais pas me laisser prendre au piège.


-Une faveur ?... Bon, Tu attends que je prenne mon café.
-Mais, je n’ai pas le temps, je pars à l’école… Tu veux ma repasser ma tunique s’il te plaît? Allez, maman…


Nul besoin d’ouvrir la bouche, mes yeux ont parlé pour moi. Pour me rasséréner, je fais un demi-tour : direction ma chambre. Et, je prends « Quelque chose en lui de Bartleby » pour le plaisir de lire une ou deux pages, pour retrouver la beauté des mots. Bartleby ? Une nouvelle méthode de relaxation, de zen attitude ? Non, non.


Bien mieux que toutes les techniques de détente, ce livre est un hymne à la beauté de l’instant présent, à l’alchimie de tous ces moments du quotidien. Avec Arnold, je me suis promenée dans Paris en plein été croquant des scènes de sa vie de tous les jours. D’ineffables suavités qui m’ont apporté cette félicité, ce bien-être sans égal.


Arnold nous plonge avec grâce et délicatesse dans ce plaisir de cueillir, de contempler les petits moments aussi futiles soient-il et d’imaginer.


Arnold qui un jour va créer son blog pour partager tous ses instants. Par n’importe quel blog. Le blog, par définition, que je rêvais de faire. Mais, je ne suis pas Philippe Delerm, hélas,…


Parce qu’écrire avec ce style, cette façon d’apporter de la poésie, de décrire des scènes du quotidien, et bien, le petit scarabée que je suis, aimerait savoir faire comme le grand maître.

mardi 13 octobre 2009

LUXE ET CONTRE COURANT

Ma définition du luxe : avoir le temps. Je l’ai et je le prends. Les autres peuvent courir après le temps, perdre leur temps ou ne pas en avoir. Le temps… cette substance malléable à souhait selon certains et qui rapporte gros, car le temps c’est de l’argent. Mon argent est fictif, mes richesses sont ces moments, ces instants où rien ne presse et où l’on prend le temps de vivre. Boire son café en rêvassant par exemple ou bien encore regarder, observer mes concitoyens.

Aujourd’hui, je n’étais pas la seule à vouloir prolonger la sensation d’été. Avec, le temps qui semble soudain devenir élastique, étirable à souhait. En fin d’après-midi, dans le bus, garçons et filles affichaient l’attitude désinvolte de l’été. Les bras dénudés, les étudiantes dévoilaient bien plus sous les caracos.

Je me suis offerte le luxe de marcher un tout petit peu parmi ceux qui sortaient des bureaux. Ils avaient le pas vif et alerte. La hâte de rentrer chez soi après une journée de labeur ou d’aller rejoindre des amis à la terrasse d’un café.

Je n’ai pas envie d’oublier le quotidien, ces minutes irremplaçables. Car à force de trop de se dépêcher, tout devient mécanique, gestuel et une question d’habitude. Et, toutes ces bribes de petits moments deviennent dérisoires, obsolètes.

A contre courant ? Un peu…à ma façon.

dimanche 11 octobre 2009

JE N'AIME PAS LE DIMANCHE

Un dimanche ordinaire qui ressemble aux autres dimanches passés. Encore que celui-ci devait être un peu différent car j’en retire une félicité douce, un bien-être indescriptible.

J’aurais pu bougonner vu le temps. Engoncée dans la torpeur de ce jour particulier, me complaindre de ce silence omniprésent comme pour en sortir. Je n’ai jamais aimé les dimanches. Depuis toujours.

Elève puis étudiante, les week-ends prenaient fin vers dix-sept heures la plupart du temps. Il n’y avait guère qu’aux mois de mai et juin que je prolongeais cette sensation d’être exemptée de toute contrainte scolaire. Quand les ombres commençaient à se dessiner volages et incertaines, le dimanche se terminait. Je préparais mon cartable et mes affaires en pensant à la semaine qui s’annonçait.

Les dimanches sont pour moi synonymes de fin et de début. Drôle d’antinomie qui me caractérise…
Même si désormais le réveil ne sonne plus le lundi matin, le dimanche est une drôle de journée : trop calme ou trop feutrée.

vendredi 9 octobre 2009

Martin PAGE "Comment je suis devenu stupide"

page






Décapant, frais, un vrai régal ! « Comment je suis devenu stupide » se lit comme du petit lait et l’humour incisif, décalé de Martin Page est génial ! Un style loin des belles métaphores poétiques ou brodé de fioritures mais qui déborde de punch. A coups de canifs ironiques et tranchants, il décrit notre société de consommation à la façon d’un extra-terrestre qui débarquerait sur terre et observerait notre comportement.

lundi 5 octobre 2009

Emmanuel CARRERE "D'autres vies que la mienne"




Il s’est écoulé plusieurs mois depuis que j’ai lu « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère. En tournant la dernière page, j’étais restée sur une unique impression : amère et désagréable.

Non sur le fond mais à cause de quelques anecdotes où l’auteur, à mon goût, se mettait en avance dans des contextes inappropriés. Ce fut ma première réaction à chaud.
Or, j’avais trouvé très intéressante sa façon de raconter ces deux drames : il racontait, il narrait comme l’œil une caméra qui filmait ces drames. Car il s’agit de bien de drames : la mort d’un enfant lors du Tsunami et dans un second temps, celle de sa belle-sœur arrachée à son mari et à ses filles par un cancer.

Mais, obnubilée par cette première sensation, n’étais pas passée à côté de tout le reste ? Je crois que si.

Et maintenant, en y repensant, je module mon avis.

Car au début, il décrit avec beaucoup de détachement, d'une façon presque impersonnelle puis au fil des pages, il nous livre ses ressentis, et là, ce n‘est plus l’écrivain mais c’est l’homme qui parle.

Faut-il livrer ses ressentis dès la fin d’un livre ou alors attendre un peu ? Est-ce que certaines lectures demandent un temps de latence, d’un atermoiement où l’on ingère ou alors la perception diffère selon notre propre humeur et notre sensibilité du moment ?

dimanche 4 octobre 2009

Olivier ADAM "Des vents contraires"


Je m’étais faite une promesse: ne pas lire tout ce qu’un auteur pouvait écrire sous peine d’être déçue. Mais, je n’ai pas pu résister…j’ai craqué pour « des vents contraires » d’Olivier Adam.
Véro (pas Véronique de chez Dialogues, mais une autre avec qui on échange sur nos lectures entre autres) m’avait dit qu’il était formidable. Le chant des sirènes on était trop alléchant alors je me suis permise une toute petite entorse à mon serment.

Et je ne le regrette pas pour rien au monde.

Décrire des gens à qui la vie fait un pied de nez, des personnes qui n’ont pas une vie droite, linéaire avec en filigrane « tout est beau, tout est rose », ou d’autres encore dont le bonheur les a oubliés sur le bas côté de la route. Toutes ces situations existent bel et bien. Se lever le matin, coûte que coûte, espérer mieux ou ne plus rien attendre du lendemain, se perdre ou se chercher pour trouver sa place, essayer de vivre avec son passé, son histoire, s’inventer un futur ou vivre au jour le jour….

Oliver Adam sait l’écrire sans jamais tomber dans le mélo ou le pathos. Avec lui, on prend en pleine figure des paquets d’émotion. Des vraies et sincères, des violentes ou des belles, et l’on on tangue au rythme des pages.

« Des vents contraires » m’a secoué. Le combat de ce père de famille qui lutte pour rester debout avec ces deux enfants. Il s’accroche à eux, il essaie de s’en sortir en ayant peur de perdre pied, de ne pas y arriver. Sa femme est partie sans laisser un mot ou une explication. Repartir à zéro, tirer un trait sur tout, revenir dans la ville où il a passé son enfance pour que les enfants aillent mieux. Pourquoi elle nous a fait ça ? Tous les trois cherchent une réponse, s’obstinent, espèrent ou butent sans trouver la réponse. Dans les dernières pages, il nous livre le pourquoi et le comment. Un seul mot : bouleversant.

mercredi 30 septembre 2009

Laura ESQUIVEL "CHOCOLAT AMER"

Un livre succulent sur tous les points de vue. Dès les premières pages, on est plongé dans ce Mexique d’une autre époque avec ses coutumes et ses plats. L’histoire est celle d’une jeune fille qui ne peut pas se marier. Selon la tradition familiale, Tita, la cadette, doit rester s’occuper de sa mère autoritaire, Mama Helena, pour le restant de ses jours.

Mama Helena est la représentation type que l’on peut s’imaginer de ces femmes mexicaines au tempérament de feu et qui dirigeaient tout d’une poigne de fer : ferme et famille. Hors, Tita tombe amoureuse.

Une trame de fond déjà exploitée mais la magie de la littérature latino-américaine opère avec ses descriptions oniriques, son emphase et l’on ne sait plus si on est dans la réalité ou le conte, l’imaginaire.

Bercé par les odeurs et les couleurs, on lit avec régal les recettes que Tita nous confie. Sans qu’elle le veuille, tout ce qui résulte de cet amour : la joie, la peine, l’envie charnelle va s’intégrer dans ses plats. Il en résulte un roman drôle, magique et une envie de cuisiner !

lundi 28 septembre 2009

Sylvain ESTIBAL "Le dernier vol de Lancaster"

Agréablement surprise ! Je m’attendais à un livre un peu ennuyeux, longuet et ce fut l’inverse.

Très vite, on est captivé par le journal de Lancaster, les informations de l’époque (1933) et la part imaginaire du roman. Même si l’on sait qu’il ne survivra pas à son dernier vol, on veut espérer et croire à un miracle. Durant huit longues journées, on souffre à côté de lui, on ressent la soif et on pressent la mort qui arrive. Le désert y est superbement décrit et ce monde de sable apparait comme un monde à part, où rien n’est identique.
Ce livre m’a laissé une impression de sérénité et de paix intérieure : on ne peut que se sentir humble devant le désert…

vendredi 25 septembre 2009

Atiq RAHIMI "SYNGUE SABOUR" ou Pierre de patience

Un livre dont l’action se déroule dans une seule pièce comme dans un huit-clos. Une pièce dénudée qui s’accorde avec le style très épuré de l’auteur. Une écriture sans fioriture qui m’a subjuguée par sa poésie et par les sujets abordés.

On découvre une femme qui soigne son mari muré dans un silence. Ses journées, elle les passe à prier, soigner, prier encore au rythme de la respiration lancinante de cet homme Dans son rôle d’épouse, elle commence à lui parler de choses et d’autres banales. Plus les journées s’égrènent et plus, elle va lui confier tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire.

A l’opposé de l’image de la femme soumise, elle devient rebelle dans ses propos. Elle crie son indignation face à la condition des femmes en Afghanistan ou ailleurs. Elle interpelle Dieu et Allah sur la religion qui pousse les hommes à se combattre entre eux, à se tuer. Les interdits sont levés, elle parle de l’amour, de sexe, de son mariage forcé, de la religion et des lois dictées par les familles.

Au fil des pages, j’ai entendu et écouté ses prières, sa respiration et je me suis laissée transporter. Un livre bouleversant et envoûtant ….

mardi 15 septembre 2009

JUSTE POUR LE PLAISIR

JULIA LEIGH "AILLEURS"

Un livre poignant par le style épuré, par l'histoire...
L'auteur nous immisce dans les secrets mais surtout dans les douleurs profondes de cette famille. Sans utiliser de palabre pour les descriptions ou une ribambelle surabondante de dialogues, Julia Leigh va au plus profond des afflictions.
Dès le début, on se retrouve piégé et on a plus qu'une seule envie : le terminer.Une lecture qui bouleverse et dont on ne sort pas indemne...

lundi 14 septembre 2009

Travailler jusqu'à en mourir

Lu récemment : « Une employée qui se défenestre en pleine réunion de travail ». Quelques mois plus tôt, un autre titre «un employé qui se suicide à son domicile » et quelques lignes pour expliquer à sa femme et ses gosses qu’ils n’y sont pour rien.

Des gens arrivés au bout du rouleau. A force d’être pressés, encore, plus et toujours. Jusqu’au jour où ils n’ont plus rien à donner, pas même une dernière et minuscule goutte.
A chaque changement de direction, à chaque nouvelle stratégie, on ne leur a pas demandé leur avis. Et si on l’avait fait, qu’auraient-ils pu répondre ? Je n 'en peux plus, je suis arrivé fatigué… trop fatigué.

Ils n’ont pas le droit de se plaindre car combien de fois ils entendent « par les temps qui courent, c’est déjà bien d’avoir un travail ». Et puis, il y a le prêt de la maison à rembourser, la voiture qu’il faudra bientôt changer… Alors, ils ne peuvent pas le dire. Et le dire à qui ?

Ils doivent s’adapter, acquiescer, aller toujours plus loin, repousser les limites. On leur impose plus de résultats, plus de flexibilité et plus de chiffres. Donner plus et pour tout. Nouveaux manageurs, nouvelles méthodes … un peu plus de stress et de pression.

Quand ils passent à l’acte, certains évoquent une fragilité psychologique, un état moral comme si l’Homme était prédestiné à subir, à encaisser de telles tensions. Car « on ne peut mettre fin à ses jours à cause du travail ». Les sociologues parlent de burn-out ou d’épuisement professionnel, de l’entreprise qui ne considère plus la personne comme un individu à part entière.

Des gens comprennent cette situation : des collègues ou d’autres personnes qui bossent dans une autre boîte. Et peut-être qu’eux aussi, ils se demandent combien de temps ils vont pouvoir tenir, une journée, un mois, peut-être un peu moins.

C'étaient juste des personnes qui travaillaient et qui le lendemain sont devenues un nombre dans des statistiques effroyables.

NB : Un message pour le Directeur qui, cette après-midi, se trouvait avec sa nouvelle recrue à la devanture de son agence immobilière. Oui, vous, celui qu’on doit appeler le boss et craindre les sautes d’humeur. Vous étiez vêtu d’un costume, d’une chemise blanche à fines rayures et d’une belle cravate. D’un ton homérique, vous disiez à votre employée :
-Je vais vous expliquer quelques règles de management, parce quand on s’occupe d’une équipe, il faut savoir mettre la pression si on veut des résultats.

C’est moi qui vous ai adressé un regard noir tellement j’ai été choquée par vos propos. Vous m’avez vu mais vous m’avez ignoré, c’est vrai, vous aviez beaucoup plus important à faire : apprendre l’art et la manière de mettre le personnel sous pression…

lundi 7 septembre 2009

Vincent Delecroix - La chaussure sur le toit

Enfin, un livre de "bonnes" nouvelles, je dis "bonnes "car il n’y en a pas une seule qui se révèle moins goûteuse ou surprenante.
Une fois terminé un livre de nouvelles, il m’arrive quelquefois de garder un arrière goût amer de déception : celle de n’avoir été conquise que par une ou deux, grosso modo.

N’étant pas une passionnée des chiffres, je ne m’amuse pas à calculer des ratios incompréhensibles, du genre le nombre de nouvelles qui se distinguent par rapport au prix du livre. Petite note en passant : je laisse ces calculs à certains professionnels qui savent faire pencher la balance de leur côté avec des pourcentages sortis dont on ne sait où.

Je m’éloigne, je m'égare…
Pour en revenir à notre livre, ce sont dix nouvelles qui m’ont fait vibrer ou rire.

La chaussure sur le toit empêche une petite fille de trouver le sommeil, obsède une vieille dame ou un artiste en quête d'un renouveau d'inspiration. Voilà quelques un des personnages, qui de leur fenêtre, voient, contemplent et s'interrogent sur cette chaussure.

Pourquoi et comment est-elle arrivée là, coincée dans une gouttière sur un toit parisien ?

Les réponses sont dans ces nouvelles écrites avec un style qui fait mouche. Et comme diraient les critiques littéraires « un excellent remède contre la morosité ». En plus, Vincent Delecroix y glisse quelques lignes d’autodérision … un vrai régal !

vendredi 28 août 2009

Marie-Sabine Roger - Les encombrants

J’avais demandé à Véronique de chez Dialogues * des nouvelles grinçantes, ironiques, elle m’a souri en me disant « j’ai ce qu’il vous faut ». Elle est revenue avec « Les encombrants » de Marie-Sabine Roger. « Les encombrants », on pense tout d’abord à des meubles volumineux et bien non, pas du tout, les encombrants désignent les personnes âgées : celles qui se retrouvent en maison de retraite ou bien celles qui tentent encore de convaincre leur famille qu’elles peuvent encore rester chez elles, qu’elles y arrivent, qu’elles se débrouillent.
Certains seront choqués, indignés, révoltés : quand même si ce n’est pas honteux de parler de la sorte des anciens !

Mais, sous ce titre, on découvre des nouvelles où l’amour, l’espoir ont place. D’autres sont teintées d’un cynisme et d’une ironie qui reflètent , hélas, la réalité. Autre point important : des chutes ficelées à merveille et au final, on garde en mémoire ces encombrants très attendrissants…

*non, je n’ai pas d’action chez Dialogues ou un membre de ma famille qui y travaille

mardi 25 août 2009

Philippe CLAUDEL " Le rapport de Brodeck" - "La Petite fille de Monsieur Linh"

Se lancer à lire Philippe Claudel c’est d’abord envisager de passer des heures, des journées entières où l’on se retrouve piégé par l’histoire et l’intrigue. On ne peut pas leur y échapper, elles nous obsèdent, nous hantent. Elles mettent à jour des émotions puis les intensifient, les projettent violemment comme l’écume de la mer déchaînée sur les rochers.

« Le rapport de Brodeck » est admirable et le thème de la guerre, cher à cet écrivain, est omniprésent. La guerre avec ses effrois, ses abominations, et la peur qu’elle engendre. Cette peur qui pousse l’homme, qui l’accule à commettre les actions les plus viles et les plus empreintes de lâcheté. En filigrane, on se pose des questions et l’on pense à ceux qui ont vécu cette période.
Tout le monde est concerné par la guerre : un grand-père ou un arrière grand-oncle lui aussi déporté et qui en est revenu un jour alors que toute la famille avait perdu espoir. Des hommes et des femmes brisés à tout jamais. Certains d’entre eux n’ont pas voulu en parler tellement l’horreur était à son apogée mais ils n’ont jamais pu oublier ce qu’ils avaient vu et subi. Comment oublier ces souffrances physiques, morales et cette humiliation qui fait vomir, qui fait penser que l’on est plus rien, ni personne ? Impossible…

Je voudrais parler aussi d’un autre livre de Philippe Claudel « La Petite fille de Monsieur Linh » qui m’a littéralement secouée. Je me suis prise de tendresse pour ce vieil homme expatrié qui lutte, qui veut vivre pour sa petite fille. Un livre bouleversant de sentiments qui m’a conduite doucement, sans aucune précipitation à découvrir sa vie d’avant et à aimer cet enfant. Il espère pouvoir offrir le meilleur à sa petite fille alors on voudrait, simplement, pouvoir l’aider ce Monsieur Linh...
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