vendredi 27 mars 2009

Delphine DE VIGAN "No et moi"

Lou treize ans en classe de seconde est une enfant dite précoce. Considérée par les autres comme la fille qui a deux ans d’avance, elle est systématiquement mise à l’écart. Le cerveau toujours en ébullition, Lou aime se rendre à la gare pour regarder les voyeur et , s’imprégner de leurs émotions de départ ou de retrouvailles. Chez elle, l’ambiance est morose. Sa mère ne s’est pas remise du décès de sa petite sœur âgée de quelques mois et depuis elle évolue comme un automate. Son père lui tente de faire comme si tout allait s’arranger en se masquant la réalité. A la gare d’Austerlitz, elle remarque une sans-abri, une jeune fille plus âgée qu’elle et ose l’aborder. Rejetée par sa mère, ballottée d’un foyer d’accueil à un autre, une scolarité abandonnée et No n’a personne à qui se raccrocher. A dix-huit ans, elle ne peut que compter sur elle-même.

No et moi c’est d’abord l'histoire d'une amitié entre de deux jeunes filles qui ont en commun d'être en marge de la société car elles ne rentrent pas dans la normalité. A l’heure du chacun pour soi, des amitiés virtuelles où on est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue , Lou se donne la mission d'aider No. Cette jeune fille possède cette foi de croire que l'on peut changer le monde et de se battre contre les inégalités qui ne sont pas tolérables. Malgré son manque de confiance en elle, Lou va tendre une main à No que le vie n’a pas épargnée et qui connaît trop le goût des désillusions. Lou va réussir à convaincre ses parents d’héberger son amie qui va pouvoir se poser. Cette parenthèse va changer bien des choses... 

Delphine de Vigan se glisse avec brio dans la peau de Lou pour nous décrire la réalité des sans-abri. On ne peut être que touché parce roman où l’innocence et la lucidité se côtoient dans le regard de Lou. Il s’agit d’une des forces de ce roman car en donnant la parole à une adolescente qui veut renverser l’ordre des choses, Lou nous transmet sa volonté et sa détermination. Pas de pathos mais des émotions palpables qui prennent à la gorge. Une lecture en panée totale dont je suis sortie ébranlée. Un roman qui interpelle et dont l’humanité est tout simplement belle et généreuse !

jeudi 26 mars 2009

DIGNITE A VENDRE

Pourquoi ce post ?

La femme d'un ami belge fibro, lui aussi, est atteinte d'un cancer. Depuis un an , elle percevait des indemnités de la sécurité sociale. Ces dernières vont être suspendues et comme son mari travaille toujours encore un peu malgré sa fibromyalgie, sa femme recevra ZERO Euro par mois de la part des Organismes et Mutuelles.
ZERO Euro pour se soigner, en étant atteinte d'un cancer !!!!


NOUS METTONS EN VENTE NOTRE DIGNITE AUX ENCHERES


NOUS LA VENDONS PARCE QUE CETTE SITUATION EST SCANDALEUSE, HONTEUSE .... TOUT SIMPLEMENT INADMISSIBLE !


La dignité… joli mot, joli concept qui déchire les entrailles comme un poignard pour beaucoup, qui les fait s’agenouiller, hurler, pleurer quand ils en ont encore la force.
Mais la dignité leur permet de rester debout, de se dire que demain peut-être sera un autre jour, de reculer toujours encore un peu plus les dernières limites qu’ils se sont fixées.

Qu’est ce que la dignité ? Est-ce cette volonté qui reste ancrée en nous quand on a tout perdu ou pratiquement ?

On peut se mettre de belles œillères autour des yeux, se dire que ça n’arrive qu’aux autres, se bercer d’illusions pour se rassurer, se croire à l’abri parce qu’aujourd’hui on a un toit et à manger. Combien l’ont pensé et pourtant ils sont bien là à essayer de survivre juste à côté de nous avec leur dignité …

Je m’appelle Odile ou Chantale, Paul, Axel ou Charles ou Cécile. J’ai 19 ans ou 24 ou 36 ou 56 ans, peu importe…J’habite dans une grande ville, ou dans un bled paumé. Marié, divorcé ou célibataire…. J’ai des enfants à élever, à nourrir, à éduquer ou je n’ai que moi. Je travaille ou non, je fais des petits boulots comme on dit à gauche et à droite… mais ce que je gagne ou ce que je perçois ne me permet pas de vivre décemment. Malade ou en bonne santé, valide ou non, j’ai de la famille, proche ou éloignée, ou alors j’ai coupé les ponts avec elle. Ma vie était tracée, linéaire et puis, il a fallu juste d’un accroc, d’un incident de parcours pour me faire tomber, pour que je trébuche ou que je vacille avec cette peur de tomber plus bas.

D’une main tremblante, rassembler mes papiers : le montant de mon loyer, l’attestation de la CAF où est inscrit que j’ai 3 enfants et le papier des ASSEDIC … De la paperasse, des feuilles où seuls les montants qui y sont inscrits ont de l’importance. Je les ai tellement lues et relues que les chiffres dansent devant mes yeux. Les serrer fortement contre ma poitrine en priant intérieurement pour ne pas dépasser le quotient qui à lui seul détermine si on va nous aider ou non. Calculer à longueur de temps les moindres dépenses, les additions qui font tourner la tête et que je note dans un petit calepin. L’heure du passage du facteur, c’est la pire de la journée … se diriger vers la boîte aux lettres avec la frousse de trouver encore une facture. Toujours compter, pour s’apercevoir qu’il n’y ne reste rien, pas de quoi payer le loyer une fois de plus….Se demander pour combien de temps on a encore un toit, deux mois ou un peu plus. Et après ?

Je passe mes journées à attendre dans des files pour avoir un lit juste pour une nuit, ou pour un repas chaud. J’erre de foyers où quelquefois on me laisse quelques jours et puis ensuite, je repars. Repartir toujours et encore … c’est mon quotidien.

Fuir l’endroit où l’on j’ai trouvé refuge pour la nuit en ramassant mes deux ou trois sacs qui contiennent toute ma vie. Dans le froid, le ventre affamé, trouver un banc au chaud, y voler quelques minutes avant que la police ne débarque ou que le commerçant d’à côté vienne me faire déguerpir. S’en aller encore, la tête basse, pour éviter le regard des passants et puis aller m’assoir sur un bout de carton et tendre la main en ravalant mon orgueil et ma fierté. Ne pas prêter attention aux insultes, à la méchanceté que certains vous crachent en pleine figure. Au début, j’en pleurais mais maintenant je m’y suis habitué, je n’ai pas eu le choix… C’était ça ou crevé.



vendredi 6 mars 2009

CE SOIR, JE SERAI LA PLUS BELLE....

Oh lala, quelle journée, pire quelle semaine ! Si je totalise et que je fais mes comptes, j’ai passé plus de temps dans mon lit que dans un autre endroit. Eh bien, en tout cas, crise ou pas crise, les marchands de matelas peuvent compter sur moi en tant que fidèle cliente. Tiens, je devrais demander à être testeuse de literie ! Ah, une bonne idée. Voilà un travail qui est dans mes possibilités mais attention pas n’importe quels matelas ! Les top- supers, les hauts de gamme qui (soi-disant) vous garantissent un sommeil de qualité, qui vous promettent des nuits de belle au bois dormant… Dormir et être payer pour … un métier pas trop fatiguant et lucratif, par contre je ne suis pas sûre que ça existe, zut !Mais quand on dort et qu’on est réveillé à 4h30 du matin par les deux pollux qui aboient tant que tant au salon, c’est le cauchemar ! Alors, je demande gentiment aux couples de mon quartier de faire leurs scènes de ménage chez eux, comme tout le monde quand on est bien élevé. Et non pas de venir s’engueuler sous mes fenêtres en pleine nuit, il ne faut pas quand même pas exagérer!

Et ils se disputaient, criaient, s’insultaient, se balançaient à la figure des reproches.La femme pleurait, hoquetait entre de longs sanglots et l’homme continuait à l’assener de questions. Mais, pour qu’ils arrivent à me faire sortir de mon espace intersidéral, c'est-à-dire l’état dans lequel me plongent mes chers neuroleptiques et mes somnifères, le niveau de décibels délivré par leurs cordes vocales était très élevé.

Réveillée, énervée, je pestais … et mes gambettes qui refusaient de bouger et de me porter. Triple zut! J’ai finalement réussi à me rendormir toujours en maugréant…

Et ce matin, j’ai été me faire chouchouter chez le coiffeur. Au début, c’est toujours agréable, c’est vrai, on vous complimente soit sur la nature de vos cheveux qu’ils soient épais, fins, raides ou bouclés ou sur leur sublime couleur naturelle…De la flatterie purement commerciale mais je prends quand même. Une heure après, je déchantais, la tête recouverte d’une choucroute de papier pour obtenir « un joli éclat avec des nuances » dixit le coiffeur, je n’en pouvais plus. J’ai dû prendre mon mal en patience et attendre … je n’allais quand même pas m’enfuir avec mon turban de film alimentaire sur la tête. Au final, je suis restée 2h00 à supporter la musique, les néons, les allers-retours entre le bac à shampoing et ma place.

Rentrée à la maison, je me suis précipitée au lit exténuée, sur les rotules, kaput pour le restant de la journée. Mon fabuleux brushing aura seulement survécu le temps que je prenne le bus … Parce que j’ai beau regarder, observer attentivement comment on me coiffe, bizarrement, je n’arrive jamais à reproduire la même chose à la maison.

A rajouter dans la liste de ce que je n’aime pas mais alors vraiment pas : allez chez le coiffeur…

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