mardi 23 juin 2009

MACARONS ET MACAREUX

Comme un cerf-volant dont on aurait volontairement lâché le fil d’attache, je me suis laissée porter par le vent tiède, balloter au gré des heures, des journées. Il me suffit de fermer les yeux pour me retrouver plongée dans une bulle increvable gonflée de moments forts et beaux qui tournoient, qui virevoltent entrecoupés de sourire et bonheur. Un week-end inoubliable durant lequel j’ai vécu intensément chaque minute pour mieux m’en souvenir, pour que les images ne s’effacent pas ou que les couleurs s’estompent et finissent par ternir. Les nombreux clichés se bousculent : une pièce montée en macarons, mes retrouvailles avec des anciennes copines de fac, l’émotion de la mariée, du champagne et la fête. Doucement, je reprends contact avec la réalité du quotidien avant que la nostalgie me gagne après cette coupure volontaire, ce silence sur mon blog.

Aujourd’hui, j’ai profité des heures où le soleil lèche, caresse la peau sans l’agresser pour sortir un peu. Ces heures où les camions de livraison déchargent leurs colis, où l’on croise très peu de monde dans les rues et où la ville semble encore somnoler. J’aurais voulu descendre jusqu’ au port de commerce. C’est un monde à part, un endroit où les grues se détachent dans le ciel à côté des entrepôts taggés. La route est traversée par les anciennes voies de chemin de fer juste à quelques dizaines de mètres des quais pratiquement déserts. Un cargo ou deux sont là, quelquefois un paquebot qui déverse ses touristes étrangers en escale pour la journée. Quelques pêcheurs taquinent le bar ou le maquereau entre les tas de gravier. Ce sont toujours les mêmes, des habitués qui ont leur place et qui ne parlent pas ou très peu. Les yeux rivés sur la surface de l’eau, ils attendent une touche, une prise. Le port peut parfois sembler mort, triste les longues journées d’hiver avec son métal rouillé, rongé par le sel mais dès le soir il s’anime. Les pubs et les cafés se remplissent d’une clientèle disparate, hétéroclite tandis que derrière les grandes baies vitrées des restaurants, on dîne de fruits de mer ou de poisson.

Mais le temps a passé trop vite une fois de plus, alors j’irais un autre jour, une autre fois. De toute façon, le port de commerce n’est pas près de disparaître à Brest. Et puis je pourrais prendre le bateau pour Ouessant et y rester la journée : me promener, lire allongée dans un champ à côté des moutons noirs, regarder les macareux au large avant de reprendre la navette du retour.

lundi 1 juin 2009

Eric FOTTORINO "Caresse de rouge"

J’ai été à la plage. Assise sur ma serviette de bain, je contemplais la pièce de théâtre immuable qui se jour chaque année avec des acteurs différents. Des familles entières arrivaient et prenaient place méthodiquement selon de rituels bien précis. Monsieur qui se chargeait de du parasol et de porter les sacs les plus lourds ou les plus encombrants, Madame qui appliquait à tout le monde de la crème solaire, les enfants impatients d’aller mettre les pieds à l’eau avec leur casquette ou leur chapeau flambant neuf. Les petits faisaient des châteaux de sable, les personnes plus âgées et silencieuses étaient plongées dans leurs grilles de mots croisés ou leur lecture. Des grappes de jeunes riaient penchés à leur téléphone, les garçons observaient les filles et inversement. Les mamans qui appelaient leurs enfants « Théo n’embête pas ta sœur », « Clémentine ne t’éloigne pas », les gens qui bronzaient, ceux qui se promenaient ou ceux qui marchaient au bord de l’eau à l’endroit où elle lèche les mollets et essaie, par de petits clapotis, d’atteindre les genoux. Les ballons, les maillots bain, les serviettes, le soleil tout ce qu’il faut était bien là.

J’avais amené un livre comme d’habitude d’un auteur qui m’était jusque là inconnu. Jeudi dernier, je disais à la libraire « je veux des lectures qui me donnent une claque, qui m’étourdissent et me donnent le vertige », j’étais bien loin d’imaginer que ce n’était pas une simple gifle que j’allais recevoir en pleine figure. Il était là entre mes mains mais très vite c’est moi qui me suis retrouvée piégée par l’histoire et par la pudeur qui s’en dégageait.

Je n’entendais plus rien des enfants qui riaient, je ne voyais plus le va et vient de gens qui s’installaient ou ceux qui ramassaient leurs affaires. Plus rien n’avait d’importance sauf ce livre, il aurait pu se mettre à pleuvoir, je n’aurais pas bougé. Je lisais et j’étais seule avec Félix qui me racontait sa vie. Au fils des pages, il se dévoilait me confiant ses craintes de devenir papa puis les jours heureux et le drame. En toute simplicité, il se montrait avec ses blessures, ses failles et tout ce temps à combler depuis qu’il avait perdu son fils. L’amour qu’il lui portait se révélait de en plus de plus démesuré, obsessionnel et égoïste.

Quand j’ai fini le livre, j’ai regardé autour de moi pour reprendre contact avec la réalité. J’avais besoin d’entendre les éclats de rires portés par le vent, de voir les gens parler ou somnoler. Une boule dans la gorge, je remplissais rapidement mes poumons d’air pour me sentir bien vivante, il le fallait.
La plage se noircissait de monde et pour une fois j’étais contente d’entendre le bruit celui du sable sous les chaussures, celui des farandoles de prénoms d’enfants et les discussions.

Car à la dernière page, il m’a confié la vérité sur la mort de son fils et j’ai alors reçu un coup de poing d’une violence sans précédent à l’estomac. Une violence furibonde aux relents nauséeux qui m’a assommée…


Oups, et oui, emportée par mon enthousiasme j'ai omis de donner le titre et l'auteur ! Ce roman s'intitule " Caresse de rouge" écrit par Eric Fottorino. La sensibilité d'une femme dans l'écriture d'un homme. Bouleversant de vérité, et de détresse ... La détresse sous tous ses angles : celle qui émeut, celle qui déconcerte ou encore la plus dangereuse celle qui fait perdre pied. Je ne vous en dis pas plus car le dénouement est inattendu, effroyable.
Soyez bien accroché car c'est une lecture dont on ne sort pas indemne...
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