samedi 31 octobre 2009

LE DEMENAGEMENT DE ROSIE

Et dire que dimanche, je vais enfin le revoir. J’ai hâte, je me sens revivre rien qu’à l’idée d’y penser. C’est que mon fils ne passe plus souvent me voir maintenant. Avant, quand j’habitais encore dans mon ancienne maison, il passait de temps en temps avec Florence, ma belle fille et leur fille Corentine. Mais avec tout son travail, ce n’est facile pour lui de trouver du temps. Et, puis, c’est qu’il a une bonne situation, mon fils !

Il est comme on dit le bras droit de son beau-père à la fabrique, et un jour c’est lui qui sera le directeur. La première fois qu’ils sont venus ici, je voyais bien que mon Bernard serait bien resté encore un peu avec moi mais j’ai entendu Florence lui siffler aux oreilles avec ses grands airs « N’oublie pas que mon père t’attend à la fabrique… On reviendra une autre fois... Pfouu, et puis, regarde ! Oh, non ! Mes nouvelles chaussures vont être toutes tâchées avec cette terre… ». Ils n’avaient même pas emmené la p’tite avec eux…

Pourtant, quand j’étais encore dans ma maison, j’aurais bien aimé que sa mère me la confie de temps en temps.je lui aurais appris à différencier les chants des oiseux, la danse des saisons comme je l’avais fait à son père. Mais Florence veut pour elle la meilleure éducation qu’il existe et moi je ne pouvais rien lui apporter. J’avais été blessé quand elle avait dit « Mais, Bernard, voyons, il est hors de question que cette enfant aille traîner dans une ferme, jouer à même le sol parmi les fientes des poules. Pendant les vacances, elle ira chez mes parents qui mettront à sa disposition ce qu’il y a de mieux». Bernard avait baissé les yeux comme un petit garçon pris en faute. Ma bru est la fille d’un « directeur général » et sa mère est une femme distinguée de la bourgeoisie. Pour sûr, je n’ai pas leurs bonnes manières et je ne parle pas aussi bien qu’eux ! Je me sens toute gênée à côté d’eux… Heureusement, je ne les vois pas souvent. Pour être honnête, je les ai rencontré que pour de grandes occasions : les fiançailles puis le mariage de nos enfants et enfin au baptême de la p’tite. Ca remonte à longtemps car Corentine va sur ses neuf ans. Je pensais qu’ils seraient peut-être venus avec Florence vu que j’ai déménagé mais non.

Heureusement, Simone passe me voir plusieurs fois par semaine quand elle va au marché ou chercher son pain. Simone et moi, on se connaît depuis qu’on est hautes comme trois pommes, on a été élevé ensemble et je l’ai toujours considéré comme une sœur. Ma mère m’a eu tard, à un âge avancé où c’était mal vu d’avoir des enfants. Monsieur le curé répétait que j’étais le déshonneur de mes parents. La pauvre femme ! Elle avait prié toute sa vie pour avoir un enfant et le jour où le miracle se produisit, les mauvaises langues se sont déliées contre elle. Moi ce que je sais, c’est que je n’avais pas demandé à être ici dans ce bas monde. Ma mère avait beau me dire sans arrêt que j’étais un cadeau du bon dieu, je ne l’ai jamais crû. Au contraire, j’ai détesté son Dieu, oh que oui, je lui en voulu d’avoir emporté ma mère quand j’avais à peine huit ans, d’avoir abandonné mon père dans l’alcool et pour finir de m’avoir pris mon mari.

Avec Simone, on ne parle pas de religion sinon on se fâche. Alors, elle me cause un peu de tout de rien : du temps, des anciens voisins, des enfants des autres .Chaque fois, elle m’apporte des fleurs et elle fait même un peu de ménage. Ah, Simone, elle aime la propreté et l’ordre, je me souviens le jour où j’ai aménagé ici, elle rognonnait tout bas pour pas que les autres l’entendent :
-Oh… mais cet arbre là c’est qu’il va perdre ces feuilles, l’automne et ça fera pas propre, faudra balayer…. En plus, dans ce coin, le vent tournoie et dépose toutes les saletés… que de travail !

Même si elle parait bougonne, elle n’est pas méchante bien au contraire. C’était il y tellement longtemps … En ce temps là, Simone habitait encore chez ses parents, pourtant ce n’était pas les prétendants qui lui manquaient. Elle aurait pu se marier avec un gentil gars mais elle disait que les hommes du coin n’étaient que des bons à rien. Paris, elle m’en parlait tout le temps, elle faisait des économies pour pouvoir y partir un jour et s’y installer. Personne d’autre n’avait eu vent de son projet. Et puis, il y a eu ce lundi. J’avais vint-quatre ans et mon petit Bernard venait juste d’avoir un an. Comme tous les lundis, mon mari Jean était parti à la ville. La nuit tombée, il n’était pas encore rentré, puis, je l’ai guetté et attendu en vain. Les gendarmes ont fouillé chaque bosquet, inspecté chaque grange, on ne l’a jamais retrouvé. Pendant deux mois, je le suis rongée les sangs, j’ai prié, j’ai imploré le bon dieu de me le rendre. Oh que oui, la folie m’aurait gagné si Simone ne m’était pas venue en aide :
-T’en fais pas, va, ma Rosie, tu verras ! Je peux travailler comme un homme ... J’te laisserai pas tomber. On va s’en sortir, je te promets.

Et elle l’a fait, elle a sacrifié ses rêves de capitale pour moi et pour Bernard. Elle a passé sa vie à la ferme avec moi partageant les bons et les mauvais moments.

Ah mais, la voilà qui arrive justement, le crissement du gravier sous ses souliers, c’est elle.
-Ah Rosie, il fait un de ces froids de canard ce matin… Oh… Mais ce n’est pas possible ! J’ai nettoyé avant-hier et regarde moi ça, c’est tout sale encore. Moi je te dis, ton fils il aurait pu mettre un peu plus la main au portefeuille pour te trouver un meilleur endroit. Non mais…

Je la laisse rouspéter à son habitude.
-Ton propre fils si ce n’est pas malheureux… et dis-moi depuis combien de temps il n’est pas venu te voir hein ? C’est parce qu’il se laisse marcher dessus par sa femme et sa famille ! C’est une honte voilà ce que j’en dis !

Si on lui tient tête, elle s’énerve et ce n’est pas bon pour son cœur, alors je préfère la laisser dire.

-Je suis certaine que tu dois lui trouver encore des excuses, hein, pas vrai, ma Rosie ? Il n’est pas venu une seule fois ! Onze mois déjà que l’on t’a enterré et pas une visite de sa part!

Elle s’agite, remet en place quelques fleurs puis avec un éclat de malice dans les yeux, elle rajoute :

-Mais, dis-moi, maintenant, tu dois quand même remercier le bon dieu, non ? Parce que si la Toussaint n’existait pas et bien, ton fils il ne viendrait jamais te voir alors qu’il n’habite qu’à cinq kilomètres du cimetière …

Ah je savais bien qu’il ne fallait pas qu’on parle de religion avec Simone….

dimanche 25 octobre 2009

Françoise SAGAN "Des bleus à l'âme"


Françoise Sagan : un nom sulfureux provocateur de bien de remous, d'indignations et de controverses. Toujours, Françoise Sagan et sa réputation de flambeuse, d’oiseau de nuit rongé par l’alcool. Sa vie n’a pas été celle d’une sainte et alors ? Elle a mené sa vie comme au volant d’une voiture de sport, à toute allure, en se fichant bien de l’avis des autres. Une vraie épicurienne attachante et libre.

Dans « des bleus à l’âme », elle nous montre combien elle aimait sa vie et l’écriture. Françoise Sagan, et son ton impertinent, gai qui peut être léger ou tranchant.

Elle reprend deux de ses principaux personnages, les met en scène dans ce Paris clinquant et fêtard. Puis quelques lignes plus tard, elle les abandonne pour parler d’elle, la vraie Françoise Sagan à multiples facettes : mante-religieuse blessée par ses amours, femme de son temps n’ayant pas peur de dénoncer les travers de la France, la femme qui se servait volontiers de sa frange comme une armure ou comme un paravent pour rire. Cerise sur le gâteau, elle est partie à sa façon : une dernière pirouette, un petit diable joueur au fond des prunelles, et en faisant un joli pied de nez.

Dans ce livre, elle s’amuse encore, polissonne bien élevée d’une éternelle jeunesse, jouant avec les mots …. Que du plaisir ! Une lecture que je conseille fortement aux esprits dont les bonnes mœurs sont bridées, carcan et œillères obligent…

jeudi 22 octobre 2009

UNE ESPECE EN VOIE DE DISPARITION ?

Je décrète que ma journée a été une journée arc-en-ciel. Et oui, je prends la liberté de dire que le bonheur ne rime pas forcément avec la couleur rose. Pourquoi associe-t-on, d’ailleurs, systématiquement le rose au plaisir, à la joie ? Je ne vois pas la vie en rose mais en arc-en-ciel parce que les nuances, les demi-teintes sont plus évocatrices et plus parlantes que l’uniformité.

Une multitude de petits bonheurs qui se sont enfilés comme des perles à un collier et je suis comblée de joie.

Un ciel bleu lavé de ses nuages par la pluie, quelques mots d’un auteur couchés sur une carte, ma discussion du matin avec la boulangère, et une lecture superbe dont je vous parlerais. Et puis une rencontre hasardeuse qui me fait dire qu’il existe encore des personnes humaines au sens le plus noble du terme.

Une personne qui au supermarché vous aide à choisir une couleur de rouge à lèvres avec un sourire franc. Et de fil en aiguille, des anecdotes qui amènent à rire, à parler de tout et de rien, et à discuter.

Juste quelques minutes plus tôt, sur un ton gai et léger, je demande poliment à une vendeuse :
-Bonjour, excusez-moi de vous déranger Madame, pouvez vous m’indiquer à quel rayon je peux trouver du fructose ?

Mitraillettes dans les yeux, elle me répond d’un ton sec :
-ben… au rayon sucre !

Et, elle replonge la tête dans ses cartons en soufflant comme un taureau.

Je vais au rayon et, malchance, il n’y en a pas.
Timidement, je reviens vers elle. Je pensais naïvement que durant ces quelques secondes, elle aurait pu avoir une illumination ou une révélation quelconque. Mais non, et j’ai bien crû me liquéfier sur place et entendre retentir les salves des armes à feu quand sa bouche a craché comme du venin:
-Pfou, mais qu’est ce que j’en sais moi !

Le visage engoncé dans mon écharpe et toute penaude, j’en étais arrivé à la conclusion suivante : les personnes qui accordent de leur temps, de leur gentillesse sans rien attendre en retour sont une espèce en voie de disparition…. C'était la seule couleur de l'arc-en-ciel un peu grisée.

mercredi 21 octobre 2009

Joyce Carol OATES "Fille noire, fille blanche"



Amérique, Etat de Pennsylvanie, 1974 : Genna, la fille blanche, va partager sa chambre d’étudiante sur un campus avec Minette, la fille noire. Bien plus que leur couleur de peau, c’est leur éducation, leur histoire qui les sépare. Genna est la fille d’un avocat anti-Nixon, anti-guerre du Vietnam, le mot liberté en porte-drapeau et d’une mère au cerveau embrumé par toutes les drogues des années 60 qu’elle a pu avaler. Un père qui est toujours absent, toujours parti pour une défendre une bonne cause quelconque et une mère hippie, Genna ne peut que devenir que l’amie de Minette comme si c’était l’ordre des choses.

En effet, elles auraient pu devenir les meilleures amies au monde comme Genna le souhaitait. Mais Minette au caractère bien trempé, fille d’un pasteur, ne veut pas de cette amitié qu’elle considère comme de la compassion. Un tempérament fort, une foi profonde et une famille unie : Minette possède ce que Genna n’a pas.

A cause de sa couleur de peau, Minette, la tête haute, va subir des vexations, des humiliations viles et ignobles au grand’ jour ou orchestrées sournoisement. Et, Genna comme obnubilée par ce refus de son amitié, va assister impuissante aux évènements qui se trament en coulisses.

Un roman un peu longuet sur cette Amérique peu glorieuse, celle de la chute de Nixon, du contrôle du libéralisme et du racisme.

samedi 17 octobre 2009

DOUBLE JE

Si j’écris que je me pose des questions comme par exemple, à savoir si j’ai réussi ou échoué dans ma vie : enfants, tissu ou réseau social, l’étiquette dépressive ou névrosée ne tardera pas à apparaître. Parce que si j’écrivais tout ce que j’ai à dire, tout ce qui se cache derrière Clara, forcément l’écorchée à vif que je suis, bien que je n’aime pas ce terme, parlerait à ma place. Une rescapée ou une accidentée de la vie ? Ou alors un phalène, ces papillons de nuit qui virevoltent autour de la lumière la nuit et qui finissent par se faire mal. Le double-je qui sommeille en moi va aller consigner tout cela autre part mais pas sur ce blog. Des feuillets informatiques, des pages de mots qui iront s’échouer ou espérer au fond d’un tiroir ou sur un autre blog complètement anonyme.

Bon, je remets mon masque de Clara qui me sied à merveille pour jouer mon rôle attendu par les convenances et pour ne pas choquer ou heurter la bonne morale. En tant que mère de famille, je dois montrer que tout va bien, que jamais, ô grand jamais, les mots peuvent faire mal et qu’ils peuvent plus que blesser.

Selon les bons usages, je ne vais pas crier sur tous les toits ou plutôt raconter certains pans de ma vie. Imaginez-vous, le désordre que cela provoquerait surtout ici à Brest. Le Brest qui me fait vomir par ses soi-disant bonnes pensées, le Brest moralisateur qui pointe du doigt et qui juge.

Ce Brest de gens respectables qui se promènent comme il se doit le samedi après-midi au centre ville en famille. On les reconnaît facilement : l’épouse arbore 365 jours par an un serre-tête sur sa coupe au carré. Le serre-tête se permet, au gré ses saisons, quelques fantaisies mais jamais extravagantes : des poids ou à la rigueur des rayures. Elles portent aussi bien le pantalon de toile beige ou bleu marine, coupe mi-mollets, que la jupe toujours d’une longueur convenable. Le tout agrémenté de chaussures à talons plats ou de chaussures bateau. Vous leur rajoutez un imper ou une veste d’un coloris neutre, et enfin l’indispensable accessoire le sac Longchamp à la main. Ah, et pour compléter ce beau portait de famille : les enfants. Au minimum, la fratrie en comporte trois et là, excusez-moi, mais ils sont beaux. C’est vrai, les petites filles à la coupe au carré (comme maman) ou avec une queue de cheval sont les représentations miniatures des images d’Epinal. Et, les petits garçons ont toujours un bermuda même en hiver. Le sang digne qui coule en eux et leur nom à rallonge (Pierre-Hugo De la Valentière Du Plessis) les protège forcément du vent froid. Scout toujours !

Certains vont clamer que je fais de la discrimination. Non, j’observe et j’écoute. Je les entends dire, et non se vanter, « que le cadet de la famille a intégré le Lycée Naval », « que Marie-Charlotte fera de la musique l’année prochaine au Conservatoire » car cela va de soi.

Je m’en fiche de leurs tenues, je m’en amuse à vrai dire mais les esprits étriqués m’agacent et me révoltent. Surtout quand ces bonnes âmes vont prier à l’église, genoux à terre, et cultivent en fond de religion, le mépris social.

Alors, chut, silence, je me tais …. Et je laisse place au ton dynamique et enjoué celui qui plait et qui sait battre la mesure.

jeudi 15 octobre 2009

ETATS D'AME

"Montrons l’exemple aux enfants". Au début, je pensais mettre en scène un ou deux personnages, une étincelle d’imagination aurait fait le reste avec une morale ourlée sur le sujet. Sauf que j’étais hors sujet. Montrons l’exemple, ce qui m’amène à me regarder dans la glace et à m’auto-juger. Suis-je un bon exemple et en quoi ? Sur quels critères, peut-on se proclamer meneur de bonne action ou pourquoi s’octroyer le droit de fanfaronner que notre vie est un exemple ?

Ma vie est loin d’avoir été un exemple sur tous les points et je ne suis pas parfaite. J’aurais pu, oh que oui, décrire des situations où je me suis retrouvée victime. Ca ne manque pas mais c’était trop facile de choisir cette voie. Ou alors faire mon propre mea culpa en demi-teinte comme une confession sur laquelle on lève juste un petit peu le voile sans la révéler.

Je visionne mes journées : pas d’acte de bravoure spécifique ou de preuve d’un héroïsme flagrant. Je pense que certaines de mes voisines retraitées et veuves sont contentes de me voir quand je vais promener mes chiens. C’est l’occasion de pouvoir discuter de tout et de rien même ci ce n’est que deux minutes. Le temps, je le prends pour les écouter. Peut-être que je serais la seule personne qu’elles verront de la journée et inversement. Chacun trompe sa solitude comme il le peut, c’est le jeu.

Rendre service je le propose si je suis en mesure de le faire. Et sourire. Alors que toute prestation est payante et où le sourire est commercial (sous-entendu vendeur), je continue à croire que rendre service ne mange pas de pain, pas plus qu’un sourire. Bien au contraire, qu’est ce que ça coûte ? Rien, et l’on reçoit tellement en échange : un sourire ou un merci. Peu importe qu’il soit timide, un peu gauche ou tout juste posé sur les lèvres comme une esquisse, c’est le plus belle des récompenses.

Sauf que certains jours, le pansement pour colmater les brèches ne sert à rien. A peine, si ça les masque. On a beau y mettre du sien et chasser ses bleus à l’âme, ils sont là. Généralement, ils sont enfouis, terrés car personne n’aime montrer au grand jour ses failles. Et de temps à autre, les états d’âme sortent, surgissent dont ne sait où et sans qu’on s’y attende.

Aujourd’hui est une journée à état d’âme.

mercredi 14 octobre 2009

Philippe DELERM "Quelque chose en lui de Bartleby"


Ce matin, à peine sortie de ma chambre (et donc de mon lit), Marie s’approche vers moi, un sourire malicieux aux lèvres et me dit :
-Maman, j’ai une faveur à te demander.


Tiens, une faveur et non un service. Que voilà un joli mot qui donne envie de répondre par l’affirmative. Non, non… Je connais mes filles : cet air innocent pour quémander, l’expression doucereuse pour m’attendrir. Elles savent user de flagorneries et de subterfuges pour des demandes de dernière minute. Tant que je n’ai pas bu mon café, je ne veux rien entendre alors je ne vais pas me laisser prendre au piège.


-Une faveur ?... Bon, Tu attends que je prenne mon café.
-Mais, je n’ai pas le temps, je pars à l’école… Tu veux ma repasser ma tunique s’il te plaît? Allez, maman…


Nul besoin d’ouvrir la bouche, mes yeux ont parlé pour moi. Pour me rasséréner, je fais un demi-tour : direction ma chambre. Et, je prends « Quelque chose en lui de Bartleby » pour le plaisir de lire une ou deux pages, pour retrouver la beauté des mots. Bartleby ? Une nouvelle méthode de relaxation, de zen attitude ? Non, non.


Bien mieux que toutes les techniques de détente, ce livre est un hymne à la beauté de l’instant présent, à l’alchimie de tous ces moments du quotidien. Avec Arnold, je me suis promenée dans Paris en plein été croquant des scènes de sa vie de tous les jours. D’ineffables suavités qui m’ont apporté cette félicité, ce bien-être sans égal.


Arnold nous plonge avec grâce et délicatesse dans ce plaisir de cueillir, de contempler les petits moments aussi futiles soient-il et d’imaginer.


Arnold qui un jour va créer son blog pour partager tous ses instants. Par n’importe quel blog. Le blog, par définition, que je rêvais de faire. Mais, je ne suis pas Philippe Delerm, hélas,…


Parce qu’écrire avec ce style, cette façon d’apporter de la poésie, de décrire des scènes du quotidien, et bien, le petit scarabée que je suis, aimerait savoir faire comme le grand maître.

mardi 13 octobre 2009

LUXE ET CONTRE COURANT

Ma définition du luxe : avoir le temps. Je l’ai et je le prends. Les autres peuvent courir après le temps, perdre leur temps ou ne pas en avoir. Le temps… cette substance malléable à souhait selon certains et qui rapporte gros, car le temps c’est de l’argent. Mon argent est fictif, mes richesses sont ces moments, ces instants où rien ne presse et où l’on prend le temps de vivre. Boire son café en rêvassant par exemple ou bien encore regarder, observer mes concitoyens.

Aujourd’hui, je n’étais pas la seule à vouloir prolonger la sensation d’été. Avec, le temps qui semble soudain devenir élastique, étirable à souhait. En fin d’après-midi, dans le bus, garçons et filles affichaient l’attitude désinvolte de l’été. Les bras dénudés, les étudiantes dévoilaient bien plus sous les caracos.

Je me suis offerte le luxe de marcher un tout petit peu parmi ceux qui sortaient des bureaux. Ils avaient le pas vif et alerte. La hâte de rentrer chez soi après une journée de labeur ou d’aller rejoindre des amis à la terrasse d’un café.

Je n’ai pas envie d’oublier le quotidien, ces minutes irremplaçables. Car à force de trop de se dépêcher, tout devient mécanique, gestuel et une question d’habitude. Et, toutes ces bribes de petits moments deviennent dérisoires, obsolètes.

A contre courant ? Un peu…à ma façon.

dimanche 11 octobre 2009

JE N'AIME PAS LE DIMANCHE

Un dimanche ordinaire qui ressemble aux autres dimanches passés. Encore que celui-ci devait être un peu différent car j’en retire une félicité douce, un bien-être indescriptible.

J’aurais pu bougonner vu le temps. Engoncée dans la torpeur de ce jour particulier, me complaindre de ce silence omniprésent comme pour en sortir. Je n’ai jamais aimé les dimanches. Depuis toujours.

Elève puis étudiante, les week-ends prenaient fin vers dix-sept heures la plupart du temps. Il n’y avait guère qu’aux mois de mai et juin que je prolongeais cette sensation d’être exemptée de toute contrainte scolaire. Quand les ombres commençaient à se dessiner volages et incertaines, le dimanche se terminait. Je préparais mon cartable et mes affaires en pensant à la semaine qui s’annonçait.

Les dimanches sont pour moi synonymes de fin et de début. Drôle d’antinomie qui me caractérise…
Même si désormais le réveil ne sonne plus le lundi matin, le dimanche est une drôle de journée : trop calme ou trop feutrée.

vendredi 9 octobre 2009

Martin PAGE "Comment je suis devenu stupide"

page






Décapant, frais, un vrai régal ! « Comment je suis devenu stupide » se lit comme du petit lait et l’humour incisif, décalé de Martin Page est génial ! Un style loin des belles métaphores poétiques ou brodé de fioritures mais qui déborde de punch. A coups de canifs ironiques et tranchants, il décrit notre société de consommation à la façon d’un extra-terrestre qui débarquerait sur terre et observerait notre comportement.

lundi 5 octobre 2009

Emmanuel CARRERE "D'autres vies que la mienne"




Il s’est écoulé plusieurs mois depuis que j’ai lu « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère. En tournant la dernière page, j’étais restée sur une unique impression : amère et désagréable.

Non sur le fond mais à cause de quelques anecdotes où l’auteur, à mon goût, se mettait en avance dans des contextes inappropriés. Ce fut ma première réaction à chaud.
Or, j’avais trouvé très intéressante sa façon de raconter ces deux drames : il racontait, il narrait comme l’œil une caméra qui filmait ces drames. Car il s’agit de bien de drames : la mort d’un enfant lors du Tsunami et dans un second temps, celle de sa belle-sœur arrachée à son mari et à ses filles par un cancer.

Mais, obnubilée par cette première sensation, n’étais pas passée à côté de tout le reste ? Je crois que si.

Et maintenant, en y repensant, je module mon avis.

Car au début, il décrit avec beaucoup de détachement, d'une façon presque impersonnelle puis au fil des pages, il nous livre ses ressentis, et là, ce n‘est plus l’écrivain mais c’est l’homme qui parle.

Faut-il livrer ses ressentis dès la fin d’un livre ou alors attendre un peu ? Est-ce que certaines lectures demandent un temps de latence, d’un atermoiement où l’on ingère ou alors la perception diffère selon notre propre humeur et notre sensibilité du moment ?

dimanche 4 octobre 2009

Olivier ADAM "Des vents contraires"


Je m’étais faite une promesse: ne pas lire tout ce qu’un auteur pouvait écrire sous peine d’être déçue. Mais, je n’ai pas pu résister…j’ai craqué pour « des vents contraires » d’Olivier Adam.
Véro (pas Véronique de chez Dialogues, mais une autre avec qui on échange sur nos lectures entre autres) m’avait dit qu’il était formidable. Le chant des sirènes on était trop alléchant alors je me suis permise une toute petite entorse à mon serment.

Et je ne le regrette pas pour rien au monde.

Décrire des gens à qui la vie fait un pied de nez, des personnes qui n’ont pas une vie droite, linéaire avec en filigrane « tout est beau, tout est rose », ou d’autres encore dont le bonheur les a oubliés sur le bas côté de la route. Toutes ces situations existent bel et bien. Se lever le matin, coûte que coûte, espérer mieux ou ne plus rien attendre du lendemain, se perdre ou se chercher pour trouver sa place, essayer de vivre avec son passé, son histoire, s’inventer un futur ou vivre au jour le jour….

Oliver Adam sait l’écrire sans jamais tomber dans le mélo ou le pathos. Avec lui, on prend en pleine figure des paquets d’émotion. Des vraies et sincères, des violentes ou des belles, et l’on on tangue au rythme des pages.

« Des vents contraires » m’a secoué. Le combat de ce père de famille qui lutte pour rester debout avec ces deux enfants. Il s’accroche à eux, il essaie de s’en sortir en ayant peur de perdre pied, de ne pas y arriver. Sa femme est partie sans laisser un mot ou une explication. Repartir à zéro, tirer un trait sur tout, revenir dans la ville où il a passé son enfance pour que les enfants aillent mieux. Pourquoi elle nous a fait ça ? Tous les trois cherchent une réponse, s’obstinent, espèrent ou butent sans trouver la réponse. Dans les dernières pages, il nous livre le pourquoi et le comment. Un seul mot : bouleversant.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...