mardi 30 novembre 2010

Keith Ridgway - Mauvaise pente

Éditeur : 10 x 18 - Date Parution : 19/03/2009 - 378 pages

Irlande, début des années 1990, Grace Quinn ne supporte plus son mari, un homme violent et alcoolique. Quelques années auparavant, son mari a  renversé et  tué une jeune fille au volant de sa voiture alors qu’il était ivre. Depuis il s’adonne encore plus à la boisson.  Grace n’en peut plus de cette vie. Un soir, elle prend les clefs de la voiture et le voit sur la route. Elle accélère sans remords et le tue. Elle ne dit rien à la police, maquille les preuves et décide de partir à Dublin chez son fils Martin. Partir pour recommencer une nouvelle vie, mais est ce possible ?
Je voulais lire un portait de femme  qui me marque et découvrir un nouvel auteur. Mes vœux  ont été exaucés avec ce livre ! Oui, j’ai été comblée ! Déjà, il y a l’histoire principale. Cette femme qui décide sur un coup de tête d’en finir. Grace n’a rien prémédité. Elle  est juste au bout du rouleau.  Elle tue son mari qui la bat et qui boit. Quand son fils Martin vient  pour l’enterrement, elle décide de  partir avec lui à Dublin. Pleine d’illusions, Grace croit que Martin sera content qu’elle quitte la campagne pour la ville. Au début, elle n’éprouve pas de remords mais petit à petit, la culpabilité la gagne.  Elle sait que si elle se confie à quiconque, elle sera arrêtée. Elle tente se rapprocher  de Martin et de lui parler. En vain.  Ce poids sur la conscience l’empêche d’être heureuse. Et l'ombre d’une arrestation est toujours possible si la police enquête. Grace rencontrera des personnes prêtes à l’écouter. On suit le parcours  de Grace et on ressent l’envie de Grace de parler, de se confier. Je me suis prise de sympathie pour elle malgré son acte. Même si elle semble fragile, c’est une femme déterminée qui ira au bout de son chemin. Sans raconter tout le livre, la réaction de son  fils sera surprenante et inattendue. En toile de fond, il y a l’Irlande et ses lois avec une autre histoire inspirée d’un fait réel. Celle d’une jeune fille de 14 ans qui été violée et qui est enceinte de son agresseur.  La loi Irlandaise l’interdit de se faire avorter. L’opinion publique prend part à ce débat et se mobilise.
Un portait de femme d’une richesse étonnante, très bien décrit et desservi par une belle écriture. Que du bonheur…
Les billets de livresque sentinelle et de nourritures spirtuelles et nourritures terrestres.

Et, ce livre me permet de participer au challenge de Kathel !

lundi 29 novembre 2010

Thierry Beinstingel - Retour aux mots sauvages

Éditeur : Fayard - Date de parution : 25/08/2010 - 295 pages

Lui, c'est le nouveau dans l'entreprise. On lui demande de choisir un prénom pour ce métier de téléopérateur. Il a choisi Eric. Répondre au téléphone, déblatérer à ces clients anonymes des questions types. Vendre les nouveaux produits pour atteindre les objectifs. L’ancien électricien est devenu Eric. Il parle  toute la journée pour ne dire que des formules, des phrases préconstruites. Des suicides surviennent dans l’entreprise. L’incompréhension, l’incrédulité cèdent place à des questions de fond. Un jour,  Eric rappelle un client pour lui donner un renseignement. Il téléphone à  un client de son propre gré sans autorisation.

L’écriture singulière de ce livre m’a harponnée. Une écriture qui  donne une force,  un  pouvoir aux mots. Pas de fioriture pour ce livre sur la déshumanisation du monde du travail. Des entreprises où la personne est considérée comme un objet de rendement et perd son identité.
Les mots, Eric en dit à longueur de journées au téléphone. Des mots choisis, pesés par des spécialistes du marketing. Toujours être poli envers le client sans rentrer dans la bulle du  personnel ou de l’intime. Garder ses distances avec le client mais sans le lui montrer. L’allécher par un discours et  lui vendre le nouveau produit. Dans l’entreprise où Eric  travaille, des employés se suicident. Sur d’autres sites ou dans d’autres services.  Il y a les  réactions de l’extérieur : ce n’est pas possible, on ne se suicide pas à cause de son travail. Eric rappelle un client au téléphone, lui rend service. Une façon de ne pas oublier qui il est, de garder son humanité, d’être lui et pas Eric.

Je me suis glissée dans cette histoire en retenant mon souffle. Le malaise et le mal-être sont palpables. Ils nous prennent à la gorge. Saisissants. 

Ce livre a failli être un coup de cœur, je dis  bien failli. J’ai une réserve, une seule concernant l’état de santé du client. Fallait-il qu’il soit paralysé ? Pas forcément, à mon sens, et le livre aurait quand même eu autant de puissance.

Une fois de plus, il m’a fallu du temps pour évacuer toutes les émotions. Une soif d’avoir un bonjour sincère et vrai…  Avec cette lecture, je suis revenue des années en arrière quand je travaillais dans une grande entreprise. La pression, le rendement étaient présents… Des personnes arrêtées pour dépression ou à deux doigts de craquer, également.

Pourtant, en juillet, à Marseille, dans la même torpeur estivale, avec la mer scintillante des calanques, le ciel d’airain comme un couvercle brûlant, tout cela n’avait pas suffi à faire taire le drame qui s’était déroulé et les mots implacables de celui qui avait affirmé : Je me suicide à cause de mon travail. A cause de. Origine, fondement, raison, motif. Retour brutal aux mots sauvages.
Les avis de Cathulu, Aifelle, Antigone et Gwen (merci de me l’avoir expédié !).
Un livre lu grâce à Dialogues Croisés.

samedi 27 novembre 2010

Dans les coulisses du prix RFO....

Jeudi 25 novembre, j’étais invitée à suivre la délibération du prix RFO. Retour dans les coulisses de cette journée pas comme les autres…
Rendez-vous à 12H45 dans un restaurant à l’Odéon. Les membres du jury  présents étaient Laure Adler, Issa Asgarally, Françoise Barret-Ducrocq, Paule Constant, Catherine Humblot , Dany Laferrière, Alain Mabanckou. La délibération ayant lieu à huis clos, nous avons déjeuné dans une salle juste à  côté. 14h30 : le jury a élu au premier tour Mohammed Aïssaoui mais  l’information devait rester confidentielle jusqu’ à 18h30. J’ai pu discuter avec les membres du jury et les féliciter pour leur choix. Car et oui,  l’affaire de l’esclave Furcy était le livre pour lequel j’avais eu un coup de cœur ! Ensuite, j’ai été visité les locaux de France Télévision. Je me suis surprise à rêver de présenter une émission où l’on parlerait des livres lus dans la blogosphère. Puis nous sommes revenus pour la remise du prix à Mohammed Aïssaoui. Champagne, petits fours,… et surtout le privilège de rencontrer Mohammed Aïssaoui et de parler avec lui de son livre. 
Et les photos que vous attendez tous…
Bibi toute à son aise qui discute avec Issa Asgarally et Catherine Humblot


L'annonce du lauréat


Bibi qui discute encore...avec Paule Constant, Dany Laferrière et Françoise Barret-Ducrocq. Vous remarquerez qu'on m'écoutait !
De gauche à droite : bibi  et le jury : Paule Constant, Laure Adler, Dany Lafferière, Françoise Barret-Ducrocq, Alain Mabanckou, Catherine Humblot, Issa Asgarally




Mohammed Aïssaoui ...oui, j'étais émue !

La remise du prix
Une journée merveilleuse et  magnifique !!!!  
Un énorme merci à Ludivine, Kathia et à Sally de France Télévisions !
                                                    

Et les gagnants sont...

Vous avez été très nombreux et nombreuses à participer au jeu concours pour gagner des livres avec éditions Points. Pour participer, il fallait donner les bonne réponses à  4 questions.


Cette peinture aux dimensions impressionnantes est  de Paul Bloas. On trouve d’autres peintures de cet artiste à Brest. Pour le plaisir des yeux, je ne peux que vous conseiller d’aller sur le site de Paul Bloas et d’admirer toutes ses œuvres.
2°) Quel est le nom de l’album du chanteur (brestois) Colin Chloé ?
Il y a quelques mois, Colin Cloé a sorti son premier album au titre d’Appeaux.
3°) Quel écrivain né à Brest en 1910 a écrit de nombreux livres consacrés à la mer ?
Il s’agissait bien entendu d'Henri Quéffelec.
4°) Et enfin, une question (comme d'habitude) sur Miossec qui lui aussi est Brestois. Comment s’appelle son dernier album ? 
Le dernier album de Miossec s’intitule Finistériens.
Passons aux tirages au sort…
Pour le livre Mais le fleuve tuera l’homme blanc de Patrick Besson :
Griotte, Nanou22, Jérôme, Jasmine, Sandrine(SD49)


Pour le livre American Express de James Salter :
Stéphanie, Pascale, Mango, Meryl et Joëlle ( biblio du dolmen)



Pour le livre La montée des eaux de Thomas B . Reverdy :
Véro ( l'encreuse), Amélie, Jonathan, Mélo et Estelle


Pour le livre Virgin Suicides  de Jeffrey Eugenides :
Dominique, Nicolas, Joëlle ( biblio du dolmen), Virginie et Annie Z. 




Que ceux qui d'habitude se plaignent de n'avoir jamais de chance aillent faire un loto pour ce soir...
Joëlle ( biblio du dolmen) a remporté les deux livres qu'elle voulait ! C'est pas beau la vie?
Vous recevrez d'cici quelques jours vos livres ( et non un panier garnier comprenant un saucisson sec,  du cassoulet  et du jambon...)

1°) De qui est cette peinture qui orne l'immeuble le grand  large au port de commerce à Brest ? Indice : il s’agit d’un artiste-peintre né à Quimper  et  connu mondialement.

vendredi 26 novembre 2010

Stefan Zweig - Le joueur d'échecs

Éditeur : Livre de poche - Date de parution : 04/2010 - 94 pages

Seconde Guerre Mondiale, le narrateur   se trouve sur un paquebot reliant  New-York à  Buenos-Aires.  En discutant avec un passager, il apprend qu’à son bord se trouve le célèbre champion mondial d’échecs Czentovic. Cet homme rustre, antipathique  va se faire prier pour jouer. Durant la partie, un inconnu souffle les coups  à effectuer. Ce qui se termine par une partie nulle. Czentovic accepte une revanche à la condition que  son adversaire soit cet inconnu. Comment cet homme qui affirme ne pas avoir joué depuis plus de 20 ans peut-il  jouer de cette façon ?  
Ah, merveilleux Zweig ! Une fois encore, je suis conquise ! Ici, il ya deux récits enchâssés comme le fait si bien cet auteur.  Le narrateur à bord du paquebot apprend que le champion du monde d’échecs est à bord. Czentovic a appris à jouer aux échecs par hasard. Cet homme peu intelligent s’est montré au fil des années particulièrement doué pour ce jeu.  Toute la première partie du récit se concentre sur ce champion du monde.  La tension s’élève subrepticement quand un homme parmi l’assistance souffle les coups à jouer.  Notre narrateur est épaté ! Il veut en savoir davantage sur cet inconnu Mr B. Sa curiosité est à son apogée quand Mr B déclare ne pas avoir joué aux échecs depuis  plus de 20 ans. Mais surtout, il refuse d’affronter Czentovic ! Et là, tadam… il y a tout le génie de Zweig ! On  découvre l’histoire de Monsieur B.  Un homme emprisonné par les Nazis. Non pas dans un camp mais seul dans une chambre d’hôtel. Sans notion de l’heure ou des jours et à subir des interrogatoires. Les armes étant la manipulation et la pression psychologique. En volant un manuel d’échecs à un gardien, il trouvera son salut. Celui de ne pas sombrer dans la folie. Il apprendra toutes les stratégies en visualisant mentalement un échiquier. Gangréné pas la folie du jeu, il se fera la promesse de ne jamais jouer. Sans tout dévoiler de ce livre,  la revanche aura lieu opposant la technicité de Czentovic  à l’incroyable mémoire de  Monsieur B.
Dénonçant les manipulations psychologiques, Zweig aborde le thème de la folie sous plusieurs angles. Celle des hommes et celle du jeu. Un livre magistral qui m’a laissée sans voix…
C’est Zweig et j’en redemande !

Bijou extrait de ma PAL! Mais je vais le remplacer immédiatement par un autre livre de cet auteur ( donc match nul)...


jeudi 25 novembre 2010

Et le lauréat du prix RFO est ...

En exclu totale, le lauréat du prix RFO élu au premier tour est Mohammed Aïssaoui pour l'affaire de l'esclave Furcy .
Ma chronique sur ce livre est ici.

L'amour propre

Lundi 08/11
Un étudiant près de la fac. Il a l’air soucieux, préoccupé. Où sont  passées  l‘insouciance et la légèreté de la jeunesse ? Il ne les connait pas ou juste de nom. Bien sur, il a des amis étudiants qui ont ce luxe. Depuis ses 18 ans et son bac en poche, il doit se débrouiller pour ses études. Les bourses et une chambre à la cite U, c’est largement suffisant  d’après ses parents. Ses deux mois d’été, il les passe à l’usine à trier des morceaux de poulet.  Cette année, il va devoir trouver un emploi en plus de ses cours à la Fac. A son âge, il  fait déjà des comptes d’apothicaire. Calculer sur ce qu’il mange, sur les tickets de bus. Pendant que ses amis font la fête le jeudi soir, il bosse dans un fast-food. Ce week-end quand il rentrera, ses parents lui monteront fièrement le nouveau salon en cuir. Mais, attention, pas le droit de s’assoir dessus. Non, non, ou alors en mettant un plaid. Il ne faudrait pas l’abîmer. Il a coûté cher.
Mercredi 10/11
A peine mi-novembre et les jouets commencent à envahir les rayons du supermarché. Un petit garçon se tient devant les poupées. Il se dandine, hésite puis choisit la boîte d’un poupon. Sa mère la lui retire : "mais mon chéri, les poupées ce n’est pas pour les garçons". Il la regarde de ses grands yeux. Ce petit bonhomme de quatre ans ne comprend pas la réaction de sa mère. Déterminé, il reprend la boîte. La mère s’agite, se passe la main dans les cheveux. Elle le prend dans ses bras et s’éloigne au plus vite du rayon. Lui, il tend toujours la main vers les poupées. Que va-t-elle faire ?   Lui répéter qu’on ne joue pas à la poupée et s’angoisser. Elle doutera et  posera des questions de  façon détournée à d’autres parents. Dans des magazines, elle lira qu’à cet âge, les tendances  se profilent. La peur, la panique s’immisceront. Elle guettera avec appréhension chaque geste de son enfant. Alors que lui,  il voulait seulement  une poupée pour s’amuser.
Lundi 15/11
9h30. C’est une heure creuse, peu de monde au centre ville. Deux femmes avancent côte à côte. Chapeaux  de pluie bien enfoncés, pouponnées, elles discutent.  A cause des travaux, les passants marchent sur des passerelles étroites. Je peux suivre leur conversation orientée sur leurs enfants et les loisirs. Elles font partie d’une classe sociale aisée. Peu de monde peut-être ce lundi matin dans les rues, mais certaines personnes sont déjà  installées. Généralement une petite boîte par terre et  un bout de carton sur lequel elles sont assises. La main tendue et cette phrase  répétée à longueur de journée "une petite pièce s’il vous plait". L’une des deux pose sa main sur le bras de sa voisine et lui dit d’un ton solennel "Vous savez, je ne suis pas raciste mais… " . Elle marque un temps d’arrêt pour avoir l’accord de continuer. Un souple mouvement des lèvres l’a invité à continuer ."Je ne donne qu’aux Français". Elle poursuit sa litanie : il y a trop d’étrangers en France. Stupidité, racisme ? De tout façon, ça l’indiffère.Ca ou autre chose. Entre gens du même milieu, on se fréquente. Bien entendu. La position sociale, l’argent dressent et maintiennent  bien des barrières.
Mardi 16/11
Au guichet de la poste, une employée visage fermé et autoritaire. Son collège est parti chercher un colis. Elle se lève et va regarder son écran. Avec un dédain non dissimulé, elle dit "hum,  il n’a même pas validé sa dernière opération ". Elle,  c’est  l’employée modèle. Aux réunions, elle doit s’assoir au premier rang et sourire au chef. C’est tellement important pour elle  de se faire bien voir. Déjà petite,  à l’école, elle se désignait spontanément pour aider la maîtresse. Sur ses bulletins scolaires, sa gentillesse était toujours mentionnée. Le soir, elle rentre chez elle avec ce sentiment d’une journée de travail bien faite. Les remarques désobligeantes ? Rien à faire. La conscience professionnelle avant tout. C’est son credo. Dans quelques années, elle fêtera son départ à la retraite. Elle invitera tous ses collègues. Pour l’occasion, elle achètera une jolie robe, du mousseux et des gâteaux apéritifs.  Personne ne viendra ou  presque se cachant derrière une excuse de dernière minute. Son chef sera présent, il regardera discrètement sa montre. Quand il la  remerciera pour toutes ses années de bons et loyaux services, elle aura une petite larme d’émotion. Elle sera triste de quitter cette grande famille qu’est le monde du travail. Son chef  se dépêchera de finir  son discours, pressé de renter chez lui. Il pensera qu’il était temps qu’elle parte. A faire  trop de zèle, elle aurait fini par prendre sa place.
Jeudi 18/11
Au supermarché. Deux femmes d’âges  différents avancent doucement. L’une a une canne, elle s’appuie sur le bras de celle qui l’accompagne. Le même ovale de visage, la même bouche, la ressemblance entre elles est flagrante. Mère et fille qui font quelques courses ensemble. L’une a pris de son temps pour aider l’autre. Elles sont au rayon où l’on trouve des mouchoirs en papier et des produits d’hygiène. La discussion s’engage : "non, j’en prendrai à la pharmacie. Je ne veux pas passer à la caisse avec". "Ecoute, tu n’as pas avoir honte". Le paquet de couches pour  l’incontinence urinaire est mis dans le cabas. Je les retrouve au moment de payer. Celle qui s’aide d’une canne, baisse la tête. Elle n’ose pas affronter le regard  la caissière. Son amour  propre est malmené. Il doit être ravalé ou  camouflé sous le mouchoir au fond de la poche.  Payé, mis dans le sac, elles se dirigent vers la porte de sortie. "Tu vois, ça a été". Pas de réponse. Démarche saccadée, petits pas calculés pour  cette jeune femme de trente ans. Sa mère, le regard protecteur et aimant, l’aide et porte le sac. Il n’y a rien à  dire de plus…

mercredi 24 novembre 2010

Jean-Marie Gourio - Les nouvelles brèves de comptoir

Éditeur : Points- Date de parution : 12/11/2010 - 406 pages

Que ce soit le café du coin, l’estaminet ou le bar, on discute au comptoir. Pourquoi va-t’on prendre son café au zinc? C’est pour parler ! Accoudés au comptoir, on discute du temps, de la politique ou de l’actualité. On défait le monde et le refait. Devant un café  ou un verre, les langues se délient. Et vous, vous en pensez quoi ? Chacun donne son point de vue, phrases spontanées ou réfléchies.
Des citations pleines de sens,  de contre-sens ou de non sens,  des phrases qui viennent droit du cœur,  des pensées intimes ou des mots drôles. On sourit, on rigole ! Car oui, le  zinc  est un lieu social d’échanges ! Et, j'aime ses paroles, ses conversations de monsieur ou de madame-tout-le-monde attrapées en plein vol.
Autant de perles qui font travailler les zygomatiques ou qui prêtent à la réflexion. Un très bon moment de détente !
Pour tirer les élèves vers le haut, le mieux, c’est les cheveux !
Quand on est incinéré, on peut plus se retourner dans sa tombe.
Quand on bosse de nuit, c’est le jour qui tombe et la nuit qui se lève.
Le ciel y a des nuages et c’est tout, c’est du désert…
Le Ricard, c’est plein d’oméga 3.
Je regarde la Messe à la télé, et pour la communion, je prends un Tuc.
Les médailles d’or, ça vaut plus rien, on en donne même aux camemberts.
Et une dernière :
Les cafés, ça devrait être classé  réserves naturelles ! ( et je dis oui!)

Je remercie les éditions Points pour ce livre.

mardi 23 novembre 2010

Kettly Mars - Saisons sauvages

Éditeur : Mercure de france - Date de parution : 04/02/2010 - 295 pages

Haïti, les années 1960 : c’est l’heure du règne de Duvalier et de ses tontons macoutes. Un dictateur qui élimine ceux et celles qui se mettent en travers de son chemin. Daniel Leroy, rédacteur en chef du principal journal d’opposition et communiste est arrêté. Sa femme Nirvah cherche des informations sur son mari. Elle obtient  un rendez-vous avec le secrétaire d’Etat à la Sécurité publique : Raoul Vincent. Celui-ci tombe sous son charme. Fort de sa position, il obtient d’elle qu’elle devienne sa maitresse. Nirvah ne veut que protéger son mari et ses enfants… mais à quel prix ?
Ce livre s’ouvre sur le rendez-vous entre Nirvah et de Raoul Vincent. Un bref entretien pour que celui-ci intervienne auprès de Duvalier en faveur de son mari. Le personnage de Raoul Vincent est tout ce qu’il y a de plus abject. Un homme odieux qui jouit de son pouvoir pour posséder ce qui lui fait envie. Nirvah est une belle femme à la peau presque blanche. Le secrétaire d’Etat subjugué met en place un chantage. Qu’elle devienne sa maîtresse et il verra ce qu’il peut faire pour son mari. Nirvah accepte.  Son but est de protéger ses  deux enfants Marie et Nicolas, jeunes adolescents et obtenir la clémence pour son mari. Mais avec cet homme, elle prend un plaisir inattendu dans leurs relations sexuelles. Il y a le regard des autres, les sous-entendus, elle doit aussi se battre contre cela. Nirvah n’oublie pas son mari, loin de là. Ce sacrifice de son corps est pour lui. En découvrant le journal intime de son  mari, elle va de surprise en surprise. Raoul Vincent veut plus, il s’immisce dans la vie de famille de Nirvah. Il veut être proche de ses enfants et les "avoir " physiquement. On prend une gifle magistrale…
Tenue en haleine,  j’ai  même osé espérer une issue favorable. J’ai suivi Nirvah la gorge serrée d’émotions. J’ai compris cette femme et ses choix. Une femme qui se sert de son corps comme moyen d’échange. Raoul Vincent et le pouvoir qu’il incarne sont sordides et répugnants.
Kettly Mars ose briser bien des silences avec ce roman sur la condition des femmes dans un régime totalitaire.
Un livre dur, bouleversant mais magnifique ! Une lecture dont on ne sort pas indemne… vous êtes prévenus.
J'ai rejoint le club de maîtresses de macoutes, de celles qui jouissent de privilèges évidents mais qui connaissent aussi la précarité de leur position dans cette Haïti où le pouvoir joue sans cesse à une macabre chaise musicale. Après être  passée par de douloureuses phases de détresse, jai arrêté d'avoir honte, de fuir le regard des autres, de me torturer, de me condamner.

lundi 22 novembre 2010

Sylvain Tesson - Une vie à coucher dehors

Éditeur : Folio- Date de parution : 14/10/2010 - 206 pages

15 nouvelles dépaysantes ! Sibérie, glens écossais, Mer d’Egée, Géorgie, Pays de Galles  ou la pointe Finistère (un peu moins dépaysant, je vous l’accorde), voilà les lieux où se jouent ces scènes de vie. On passe de la mer aux montagnes, on se promène également dans l’Histoire.
Avant de lire ce recueil, j’ai juste envie de vous dire : prenez votre sac de couchage et en route !  
Des nouvelles au goût de voyage, étonnantes  non par la chute mais par le contenu. Des textes où la nature est présente. Si bien décrite qu’on s’y croirait ! On entend le vent souffler, on imagine la mer démontée, les naufrages, les grandes plaines…. Et pour compléter (ou gâcher) le tableau, l’Homme. L’Homme souvent vaniteux, fat ou qui se croit  supérieur. Il arrive qu’il fasse repentance comme dans Les porcs ou alors que la Nature donne la leçon.  La première nouvelle L’asphalte donne le ton de ce recueil.  J’ai enchaîné ces textes avec plaisir et avidité ! Car l’écriture est belle, elle possède  un  style qui fait penser aux récits d’aventure. Et puis, il y a ces phrases relevées ou qui en disent tant : « l‘enfer, ce n’est pas les autres, c’est quand ils vivent trop près ». Une mention spéciale pour La statuette et  Le bug qui plairont, j’en suis certaine,  à tous les hommes qui ont tendance à sous estimer les femmes…
Du bonheur à consommer sans modération ! S’en priver serait un péché…
Un grand merci à Livraddict et à Folio pour ce partenariat !
L’odeur du goudron brûlant macéré dans les seaux de bois le galvanisait. Le fumet du progrès avait un goût de chair brûlée.
En Russie, la société mettait quarante ans à passer l’éponge sur vos crimes. C’était long, mais ensuite, c’était plus rentable que l’absolution des péchés sous les bulbes orthodoxes.

Colombe Schneck - Val de Grâce

Éditeur : J'ai lu- Date de parution : 25/08/2010 - 124 pages

Le Val de Grâce, c’est d’abord le nom d’un quartier associé au riche appartement Parisien où la narratrice a passé son enfance. Une enfance heureuse sans règle ou limite. Le bonheur coulait à flot  car rien n’était trop beau ou trop cher.  Mais, il  y a eu la maladie puis le décès de sa mère et la vente de Val de Grâce.
Ce livre est une avalanche de souvenirs liés à cet appartement. La narratrice  y raconte  son enfance dorée coupée du monde réel. Une vie comme dans un rêve , petite fille privilégiée... mais j’ai fait une overdose de doré. Ses parents protecteurs ont choisi de cacher derrière un rideau de paillettes, l’exil et l’atrocité des guerres qu‘ils ont connu. Offrir le mieux, l’inimaginable à leurs enfants et y enfouir  leurs propre douleurs. Les souvenirs y sont évoqués par les sensations : le toucher, le goût, les odeurs liés le plus souvent aux meubles et aux bibelots.  Là, où ce livre est sans strass c’est quand elle aborde le cancer de sa mère. Je suis restée hermétique car j'ai été dérangée par toute cette démesure. Et, la sensation que les sentiments profonds étaient occultés par tout ce faste synonyme de beaux souvenirs achetés par l’argent...
Malgré l’écriture ciselée, je n’ai pas été sensible à ce récit…
Merci à Griotte pour ce livre voyageur.

dimanche 21 novembre 2010

Relever l'échine

Aujourd’hui chez Gwen, nous avons une phrase de début et une de fin. Et une photo représentant des berlingots…Pas facile!
Voici mon texte :

Je reste là, tout seul, avec le bruit des vagues…Assis sur ce bout de grève comme autrefois. Depuis combien de temps, je n’y suis pas venu ? Une bonne vingtaine d’années. Rien n’a vraiment changé. Des vieux bateaux y meurent toujours, coques à l’air et éventrées. Le bar au bout de la jetée s’appelle différemment. C’est tout. En venant, j’ai fait un détour à sa maison. Là aussi, tout était à l’identique. Le salon et ses vieux canapés en velours marron, la cuisine et ses meubles formicas. J’ai hésité à aller voir ma chambre. La main sur la poignée, j’ai expiré un bon coup et je suis entré. Mon bureau, mes maquettes et le mur tapissé de posters. Tout y était. Il avait donc conservé toutes mes affaires. J’ai pris une maquette d’avion et dans l’entrée son manteau.

En mettant ma main dans la poche, j’ai trouvé un berlingot. Poisseux, collé à son emballage plastique. Ce bonbon représente ma vie ici. Mon père et ses accès de violences. Tout a dérapé après la mort de ma mère. Ca a commencé par une gifle à l’âge de 8 ans pour une mauvaise note. Le lendemain, il m’avait demandé de lui pardonner. Comme quoi ça ne recommencerait plus. Il avait sorti de ses poches des bonbons. Une première gifle. Puis une autre pour des broutilles. Je ne disais rien, j’avais trop peur. Il rentrait dans des colères monstres et il finissait par me taper dessus. Ensuite, c’étaient les pleurs mêlés aux excuses et les bonbons. En grandissant, j’ai refusé de courber l’échine. Sa main a tremblé, il a serré son poing et s’est retenu. J’avais 16 ans, je suis parti. Terminé pour moi d’être son souffre-douleur.

Je sors le berlingot et je le jette dans la mer. Maintenant, il est mort. Tout est fini. Ma femme arrive avec Quentin, mon petit garçon. La maquette c’est pour lui. Dans les remous de l’écume, le berlingot flotte. Avec lui, je tire une croix sur mon passé. Quentin joue avec la maquette. Il est heureux. Ma femme s’assoit près de moi et m’embrasse. Le bonheur a le goût des embruns et du sel. Jamais, je ne pourrais tout oublier. Mais avancer et lever la tête, je peux le faire. Les vagues reviennent toujours et je sais que tout est parfait.

samedi 20 novembre 2010

Apothéose


Le sucré est lié à l’enfance. Menus plaisirs d'aller avec quelques pièces jaunes à l’épicerie. Plantée devant le présentoir, yeux écarquillés,  et réfléchir longuement à ce que j’allais acheter. Instants solennels où le sérieux l’emportait sur l’excitation. Revenir avec mon butin précieux, un petit sachet contenant quelques bonbons. J’optais toujours pour le même rituel.   Commencer  par ceux qui en bouche délivraient des saveurs piquantes ou acidulées. Puis terminer par la sucette. Fermer les yeux, papilles émoustillées et  caresser de la langue la sucette. Prendre son temps pour faire durer le plaisir. Apothéose où la bouche entière éclatait sous le goût de la fraise. Savourer puis lécher avidement le petit bâtonnet  blanc.
Enfant, j’imaginais la vie comme une réglisse. Dérouler ce long ruban et le grignoter. Avec les années, je me suis rendue compte que la vie, c’était être  comme un cycliste sur ce serpentin noir. On avance, on tombe ou  on dérape. Mais  finalement, on remonte toujours en selle.
Il s'agit de ma participation pour Petits secrets sucrés. Si vous le voulez, vous pouvez voter pour mon texte ici

Christine Détrez- De deux choses l'une

Éditeur : Chevre Feuille Etoilée - Date de Parution : 15/08/2010 - 165 pages

Elles sont deux : Jeanne et Jeanne. Inséparables, complémentaires, amies pour toujours depuis le collège. Une amitié forte où elles partagent tout. Du moins, c’est ce que  l’on croit…
La quatrième de couverture indique  : « Comme dans les histoires d'enfants où dans les clairières peu- vent survenir les loups, et parce que les libellules, en anglais, s'appellent dragons, c'est l'histoire d'une petite fille qui se fait manger par un ogre. C'est également l'histoire d'une amitié en miroir, entre deux Jeanne, où dans les jeux de reflets, l'une d'elle finit par se retrouver. C'est enfin l'histoire d'une rivière et de la lumière entre les feuilles, qui peut dissiper les ombres quand on apprend à la regarder. »
Un livre troublant et dérangeant. Le moins que l’on puisse dire est que le lecteur est piégé comme dans une toile d’araignée. Jeanne raconte leur histoire. Mais quelle Jeanne ? Jeanne qui est heureuse ou Jeanne qui souffre en silence. Chut, il ne faut pas réveiller le démon qui dort. Pas vu, pas pris ? Non, ici  la souris est  vue et prise.  Deux adolescentes puis deux femmes unies. A la vie, à la mort ?  Presque. Les mots virevoltent sur de  grandes envolées poétiques. Comptines d’enfance doucereuses qui viennent naturellement dans le récit. Jeanne parle de son mari, de son enfant. Mais quelle Jeanne ? La tête tourne. Normal me direz-vous. La danse est menée tambour battant, le cœur s’affole. Fantasmes, désirs sont conviés dans la réalité. Mais surtout, il y a l’envie, la jalousie et les blessures béantes. On croit se perdre dans cet enchevêtrement alors  que le puzzle se dessine. Des fragments d’indices, des éclaircies. On croit détenir une vérité et le secret nous éclate en pleine figure à la fin.  Odieux et terrible. Pire qu’une claque.
L’écriture accroche, ribambelle de mots qui jouent et dansent. Mais, j’ai été mal à l’aise après cette lecture et ce sentiment a perduré. Avec  l’impression d’avoir été prise dans un piège …
Merci à Pascale pour ce livre voyageur  détonant et étonnant. D’autres avis chez l’ami BOB.

vendredi 19 novembre 2010

Cécile Oumhani - Un jardin à la Marsa

Éditeur : Paris Méditerranée - Date de parution : 2003 - 195 pages sublimes...

Assia ne conserve de sa mère décédée qu’une photo. Les souvenirs de sa mère  sont enfouis dans la mémoire de sa petite enfance en Tunisie. Après le décès de sa mère, son père avait décidé de quitter le pays pour venir s’installer en France. Le pays de sa femme, avec le but qu’Assia soit une française comme les autres. Mais Assia est une enfant de deux cultures. En grandissant, elle ressent de plus en  plus le besoin de connaître ses origines. Un sujet tabou, pas de discussion possible pour son père qui n’en dit aucun mot. Jeune fille,  elle va tomber amoureuse d’Amine, étudiant d’origine algérienne qui va l’initier la langue Arabe. Il faudra un grave accident pour que Fouad se décide à ouvrir les portes de son pays et des souvenirs à sa fille.
Encore une très, très belle lecture ! J’ai eu la gorge serrée  d’émotions de la première à dernière ligne.  Car Cécile Oumhani possède une écriture lumineuse aux accents poétiques. Une écriture qui puise sa force dans des tournures de phrases majestueuses  et délicates.
L’histoire est belle, prenante… Fouad, le père, est avocat et mène une vie calme un peu  à l’écart des autres. Un homme secret, effacé qui ne veut pas faire de vague. Il porte en lui la différence de ses origines comme un fardeau.  Pourtant,  selon l’expression, « il a réussi » sa vie professionnelle. Et il y Assia. Assia, petite fille renfermée, et les questions qu’elle garde pour elle. Avec la crainte de faire de la peine à son père en lui les posant. Alors, elle se tait.  En grandissant, cette soif de connaître son identité et  cette culture devient nécessaire pour mieux se construire.  Pétri de bonnes intentions, son père ne pense qu’à son bien et veut la protéger. En  voulant veiller sur sa fille,  c’est  également un  moyen pour lui de tenir à distances les souvenirs d’une enfance difficile en Tunisie. Ici, pas de comparaison entre deux cultures.  L’écriture se teinte de couleurs chaudes, de parfums quand ce pays  est évoqué. Pour Fouad, le choc sera quand sa fille rencontrera Amine. Cécile Oumhani montre que chacun a besoin de savoir d’où il vient  sans en avoir honte…
J’ai refermé ce livre avec des larmes aux yeux tellement j’ai été touchée par cette écriture et cette histoire. Une lecture  d’une intensité et d’une beauté rare…un vrai coup de cœur !
Un énorme merci à Sylire pour ce prêt, Gwen a été également conquise (et le mot est faible)!
Elle contemple  la mer à la porte-fenêtre, aperçoit les touristes dévêtus, allongés au soleil. La mer…Celle qui épelle la certitude qu’elle  a rejoint sa terre natale, celle où sa mère les laissa, celle où ses yeux d’enfant se gorgèrent de lumière, de ces feuillages qu’elle ne reconnait pas mais qui accompagnèrent peut-être ses promenades. S’est -elle baignée dans cette mer ? Liliane a t-elle tenu la main, de sa fillette qui goûtait les joies de l’eau pour la première fois ? Et si Fouad venait lui raconter ce temps, affranchi du Nord et  des contraintes qu’il a crues nécessaires pour son bonheur à elle…

jeudi 18 novembre 2010

Qui veut gagner plein de livres ?

 Avec les éditions Points, c’est Noël avant l’heure !
Je vous propose un petit  jeu en rapport avec Brest (eh oui…)  pour gagner  les livres suivants :

  " Virgin Suicides " de Jeffrey Eugenides
  " La montée des eaux " de Thomas B . Reverdy
  " American express " de James Salter

Il y  a 5 exemplaires de chaque livre à gagner !! Et vous avez le droit de  postuler pour deux livres !
Pour pouvoir participer au tirage au sort,il faut donner les bonnes réponses aux questions suivantes :
1°) De qui est cette peinture qui orne l'immeuble le grand  large au port de commerce à Brest ? Indice : il s’agit d’un artiste-peintre né à Quimper  et  connu mondialement.

2°) Quel est le nom de l’album du chanteur (brestois) Colin Chloé ?
3°) Quel écrivain né à Brest en 1910 a écrit de nombreux livres consacrés à la mer ?
4°) Et enfin, une question (comme d'habitude) sur Miossec qui lui aussi est Brestois. Comment s’appelle son dernier album ? 
Merci de m’envoyer vos réponses  par mail ( blog.clarac@yahoo.fr) en précisant pour quels livres vous participez et votre adresse postale.
J’effectuerai  les tirage au sort le samedi 27 novembre . Vos réponses sont  à envoyer  avant le vendredi 26 minuit (c’est comme pour les impôts… le cachet de la poste faisant foi).

 
le cercle Points



mercredi 17 novembre 2010

Marie Sizun - Jeux croisés

Éditeur : livre de poche- Date de parution : 25/08/2010 - 246 pages

Après plusieurs années de mariage et  une vie en apparence heureuse, le mari de Marthe la quitte pour une autre femme. Ils n’ont jamais eu d’enfant car ils n’en ressentaient pas l’envie. Quand Marthe apprend que cette femme attend un enfant, son monde s’écroule. Et puis, il y a Alice.  Une jeune femme célibataire et  mère d’un petit Ludo de 9 mois. Pour elle, sa jeunesse, les sorties, les soirées sont finies. Un soir, elle va  faire des courses. Elle rencontre un copain, s’éloigne de son caddy. Ludo pleure de plus en plus, Marthe le voit et elle commet un acte de folie. Elle prend l’enfant et s’enfuit.
Comment peut-on commettre cet acte fou d’enlever un enfant ? C'est à cette question que Marie Sizun répond. Marthe se retrouve anéantie et au bord du gouffre. Son mari la quitte pour une femme qui attend un enfant de lui. D’un tempérament stable, professeur dans la vie, elle cache sa détresse. Elle décide de partir quelques jours en Bretagne. Quand elle voit le petit Ludo seul dans le caddy, elle agit sans réfléchir aux conséquences  de son acte. Elle saura s’occuper d’un bébé. Elle en est certaine. Elle le prend, l’emmène avec elle. A partir de ce moment, elle vit dans sa bulle détachée de la réalité. Alice, elle, est entrée dans la vie adulte trop vite. A 18 ans, Ludo n’était pas au programme. Les remords  de la jeunesse la hantent. Ce soir là, quand elle remarque que le caddy et Ludo ont disparu, elle y voit comme une chance. Sans Ludo, elle imagine retrouver sa liberté. Sauf qu’on va la juger. Pire, la soupçonner et l’accuser d’avoir organisé la disparition de son fils.  Prise dans l’engrenage du mensonge, elle perd pied. Mais confrontée à l'absence de Ludo, elle va se rendre compte de l’amour qu’elle éprouve lui. Marthe est en Bretagne avec Ludo mais rien ne se passe comme elle le pensait...
On suit en parallèle Alice et Marthe, on remonte le fil de leurs vies et de leurs enfances. Un livre où la composante psychologique est un élément majeur. Le style de Marie Sizun est toujours le même : des phrases courtes, une écriture ciselée...tout ce que j'apprécie!
Ce roman se lit à la manière d’un thriller car très vite,  une tension s’installe.  J'ai davantage été touchée par Alice que par Marthe. Bien que les à priori et les préjugés soient contre elle, Alice va se révèler sa véritable personnalité . A travers ce personnage, Marie Sizun nous met face à nos propres jugements quelquefois hâtifs.
Deux portraits de femmes qui ne se rencontrent jamais et dont la seule jonction sera le petit Ludo. Encore un roman de Marie Sizun que j'ai aimé !
Le billet de Sylire.

mardi 16 novembre 2010

Ma grande histoire d'amour avec La Poste...suite et fin

Du nouveau dans ma grande histoire d’amour avec La Poste.
Ce matin, j’y suis allée avec mes paquets de livres voyageurs.
Derrière le guichet,  l’employée la mine sévère  me regarde. Puis, de ses lèvres pincées me dit :
"Nous avons eu de  nouvelles directives."
Ah bon, tiens donc ?
"Désormais, nous ne prendrons en tarif lettre que les enveloppes qui ne dépassent pas 2 cm d’épaisseur. "
Gros cri d'effroi intérieur !
"Mais, pourtant je reçois des enveloppes des plus de 2 cm d’épaisseur en tarif normal."
"Peut-être que certains de mes collègues  sont moins regardants, mais, sachez que le centre de tri peut leur renvoyer leur courrier. "
Petit lumière qui clignote dans mon cerveau... je comprends pourquoi un livre m’est  revenu la semaine dernière.
Elle a décidé de tester la corde sensible. Changement d’attitude et de ton, la voix  devient mielleuse :
"Et pensez au  pauvre facteur à vélo, s’il a deux ou trois grosses enveloppes, vous imaginez le travail pour lui ?"
Désolée Madame, mon petit cœur d’artichaut ne réagit pas à cette image. Mon facteur a la tête de quelqu’un qui est prêt à se jeter  d’un pont. Le voir me déprime.
Finalement, j’ai  rempli les formulaires de colissimo sans chercher à discuter.
Donc Capri c’est fini (ça, je le savais déjà) mais désormais je ne pourrai plus envoyer au compte goutte des  livres en voyage, ni en accepter. 
Merci La Poste!

lundi 15 novembre 2010

Mohammed Aïssaoui - L'affaire de l'esclave Furcy

Éditeur : Gallimard - Date de parution : 18/03/2010 - 190 pages

Ce livre raconte le combat
  de Furcy, esclave à l’ile Bourbon (future île de la Réunion) et les recherches menées par Mohammed Aïssaoui.
1817 : Furcy découvre que sa mère décédée avait été affranchie. Elle-même n’en savait rien, ses maîtres n’ayant pas jugé nécessaire de l’en informer.  Furcy entame alors une procédure pour que sa liberté soit reconnue. Mais, certains colons Blanc sont trop  bien puissants. Grâce à leurs différentes positions sociales et leur argent, ils vont faire pencher la balance de la Justice de leurs côtés. Furcy va connaître la prison, des travaux ignobles  pour avoir voulu  que le droit appliqué. Le procès durera 27 ans et se terminera en 1842, soit 6 ans avant l’abolition de l’esclavage en  France.

Une vraie claque !  En commençant cette  lecture, j’étais loin de m’imaginer comment ce livre allait me bouleverser.
Comment rester indifférent à cette abomination qu’est l’esclavagisme ? Impossible. Les mots sonnent douloureusement :

Dans la terminologie usitée à l’époque, Constance était qualifiée de « quateronne », c'est-à-dire qu’elle était un esclave issue de l’union d’un banc et d’une sang-mêlé. Mulâtre, marron, quarteron…tous ces termes avaient été créés pour désigner des animaux.

A vendre jeune négresse créole(..).

Il faut se remettre dans le contexte et admettre que oui, la France autorisait l’esclavage. Et, l’île Bourbon en comptait 16 000. Autant de personnes considérées comme de la marchandise.
En se basant sur les archives du procès et sur un travail de documentation colossal, Mohammed Aïssaoui retrace la vie de Furcy et son combat. Celui d’un homme qui apparait toujours calme, posé et qui ne réclame que le droit. Furcy trouvera des appuis auprès d’hommes de Loi qui veulent que la justice soit rendue. Mais hélas, la crainte que les autres esclaves suivent son exemple, l’intérêt  économique gagneront une première fois.  Furcy aurait  pu baisser les bras mais non. Il a foi en ce que les hommes lui rendent sa liberté.
L’auteur ne  se campe pas en juge ou en donneur de leçons. Il pose ouvertement des questions : comment aurait-il réagi ? Aurait-il eu le courage et la détermination de Furcy ?
Il nous livre sa soif d’en apprendre toujours plus sur Furcy, les difficultés rencontrées au cours de ses années de recherche.
Mohammed Aïssaoui est le premier à s'être intéressé à l'histoire de cet esclave oublié de tous...

Mêlant roman, récit du procès et ses propres réflexions, ce livre rend hommage digne à Furcy.  Deux hommes et une seule quête: celle de la justice ...Remarquable !

Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. C’est ce que m’ a appris Furcy.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...