jeudi 21 avril 2011

Leslie Bedos - Tombée sur la tête

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Mars 2011 - 139 pages

J’ai dévoré ce roman !  L’écriture de Leslie Bedos est virevoltante, pétillante.  En peu de pages, elle nous fait plonger dans le monde et dans la tête de Léna.  Et, il s’agit d’une descente vertigineuse. Accrochez-vous !
Entre ses ratés, ses TOC, son humeur  changeante, Léna revisite son enfance. Il y a une histoire étouffée. Etouffée, inavouée donc pas très reluisante.  Une mère qui vous laisse tomber du premier  étage. Forcément, même en étant  adulte, des séquelles peuvent apparaître. C’est peut-être d’ailleurs pour ça que Léna emboutit sans arrêt sa voiture, qu’elle est  hyper anxieuse, qu’elle a des problèmes de poids ou qu’elle cède aux achats compulsifs. Etre mère et épouse quand on ne fait pas les choses comme les autres, ce n’est pas une sinécure. La faute à qui d’abord ?  Léna  n’a rien demandé mais maintenant elle est obligée d’aller consulter. Mais de là à accepter le passé et à dénoncer sa mère, il y a un fossé. Sauf que le fossé s’amoindrit surtout quand on peut reproduire le même schéma.

Léna a ce don  pour parler des choses graves  sur un ton léger ou avec détachement. Pas le temps de reprendre son souffle, on est  valdingué sans que jamais ça ne sombre dans le pathos. J'ai été secouée et interpellée ! Un récit qui sonne comme un appel  à l'aide. Troublant de sincérité, drôle et touchant !  Mon seul bémol  : une fin un trop prévisible.

Quand il s’agit de faire n’importe quoi, je ne suis jamais loin. ( tiens, ça me rappelle quelqu'un...)
Les billets de Cathulu, Libouli

mercredi 20 avril 2011

Julia Glass - Louisa et Clem

Éditeur : Editions des 2 terres - Date de parution : Mars 2011 - 427 pages

Louisa et Clem, deux sœurs et deux caractères opposés. Alors que Louisa est rangée et d’un tempérament calme, Clem est une fonceuse, une idéaliste, le genre de filles qui n’a pas froid aux yeux. Entre Louisa et Clem, il y a beaucoup d'étincelles, de mésententes et de rivalités.  Deux sœurs et deux vies éloignées.

Une histoire de sœurs écrite par Julia Glass. Normalement, j’aurais dû crier de joie et de bonheur. Me trémousser à la façon d’une reine de disco. Et bien non ! Même pas… je ne sais pas ce qui c’est passé mais il s’agit d’une lecture vraiment très mitigée en ce qui me concerne. D’emblée, j’ai eu du mal à cerner les deux personnages enfin plus exactement à savoir à qui j’avais à faire même si Louisa et Clem sont différentes. Louisa est mariée alors que Clem vit de multiples aventures. Louisa est comme une bernique sur son rocher alors que Clem a la bougeotte. Avec passion, Clem s'engage pour la cause animale et  le mariage de Louisa coule... En parallèle, la quête d’une reconnaissance réciproque s'amplifie.Sur 25 ans, on le suit séparemment mais il y a toujours un moment où elle se croisent ou se rejoignent. On assiste impuissant à un ballet de  pics de méchanceté ou à des tentatives de compréhension mutuelle. Hélas, je me suis ennnuyée une bonne partie du livre car je n’ai pas réussi à m’attacher à ces deux sœurs.  J'avoue une préférence pour Clem et l’insouciance qu’elle semble dégager. 

Il ne s'agit pas d'un livre gai ou heureux! La fin est particulièrement triste et surtout très amère...
Malgré l’écriture de Julia Glass, mon intérêt ne s’est (r)éveillé que dans les dernières pages du roman.

Les billets (et avis différents) de Cathulu, Cynthia, Keisha ( merci !), Leiloona, Manu, Saxaoul, et  Sylire .

lundi 18 avril 2011

Brady Udall - Le polygame solitaire

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2011 - 735 pages de bonheur total!

Pendant plusieurs jours, j’ai arboré un sourire banane qui frisait la niaiserie. Car une fois commencé, il est très difficile de lâcher ce roman… Une fois ma lecture débutée, la simple idée de penser que j’allais retrouver Golden Richard, ses quatre femmes et ses 28 enfants me remplissait de joie !  Nul besoin  d’être un adepte ou un défenseur de  la polygamie  pour aimer ce livre car il est tout simplement génial!

Golden n’est pas souvent auprès de sa famille.  Son entreprise de maçonnerie connaissant quelques  difficultés, il a accepté un chantier de construction un peu à part (une nouvelle maison close!) dans le désert du Nevada. Golden s'absente plusieurs jours durant la semaine et ne rentre que rarement chez lui . Bien entendu, ses quatre épouses ne sont pas au courant de la nature du chantier. Berverly, sa première épouse est très à cheval  sur les principes mormons. Elle a mis en place un programme d’échange pour les enfants entre la Grande et La Vieille Maison. Ainsi, Rusty se retrouve chez sa tante Beverly.  Agé de 11 ans et surnommé le terroriste de la famille, il s’agit d’un garçon  qui a des espoirs et des rêves comme n’importe quel enfant. Hélas, être fils  de polygame n’est pas toujours facile.  Golden n’est pas si heureux qu'il veut bien le faire croire. La mort de deux de ses enfants l’a profondément marqué. Sous ses apparences de géant maladroit, Golden est un homme sensible, doux et touchant. Alors que sa belle et grande famille prend l’eau et se désagrège, il  tombe amoureux d’une femme rencontrée près de son chantier. Dans son foyer,  les rivalités  entres les quatre épouses sont de plus en plus fortes. Bervely veut  imposer ses règles tandis que les sœurs et épouses Nola et Rose de Saron sont plus laxistes.  Trish, sa dernière épouse,  se morfond car elle ne peut donner d’enfant à Golden. Au fil des pages, le passé et les attentes de Golden, de ses épouses et de Rusty apparaissent tandis que les failles de la famille se creusent davantage.

Brady Udall revisite les thèmes de la famille, de l’amour, de la mort et il s’agit d’une réussite totale !!! J’ai souri, j’ai rigolé ( je  pense notamment à une scène ou Golden et Trish sont  au lit  qui est jubilatoire !) et  j’ai  été émue. Cerise sur le gâteau : on ne s’ennuie pas une seule seconde et les 700 pages se lisent toutes seules. L'écriture de Brady Udall est un vrai plaisir :  relevée, drôle... un vrai délice!
Que demander de plus ? Rien ! Du pur bonheur pour ce bon et vrai roman !

dimanche 17 avril 2011

Le crayon de Dieu

Le poète Aimé Césaire a écrit : Le crayon de Dieu lui-même n'est pas sans gomme.
A partir de cette phrase, les
impromptus littéraires nous invitent à écrire...

Durant plusieurs jours, Dieu avait créé, dessiné la terre, la végétation, les mers  et les animaux. Il s’était attelé à ce  travail avec joie.  Il allait s’offrir un monde harmonieux. Bien entendu, il fixa des règles. Certains animaux en mangeaient d’autres mais l’équilibre régnait. Heureux et satisfait, il contemplait  son œuvre. Les jours passaient et Dieu s’ennuyait. Les distractions lui manquaient. D’humeur bougonne, il apporta quelques modifications ici ou là.  Car heureusement, le crayon de Dieu  lui même n’est pas sans gomme. Pris d’une impulsion nouvelle, il revit sa copie. Il gomma certains animaux  trop imposants et  dessina  l’Homme d’un trait rapide et enthousiaste.  Il peaufina son travail voulant atteindre la perfection artistique. Il travailla encore et encore, gonflé de l’envie de faire toujours mieux. Puis, Dieu remit à l’Homme un livre, une sorte de mode d’emploi. Après tant de travail, il était fatigué et il s’accorda une longue sieste. L’ouïe anesthésiée par l’âge, Dieu n’entendait pas les cris qui s’élevaient de la terre.   Pendant qu’il dormait du sommeil du juste, l’Homme s’était acclimaté très bien et très vite dans son nouvel environnement. Lorsque Dieu se réveilla, il ne put que constater l’effroyable.  Toutes ses belles créations étaient abîmées, détruites. Des espèces animales avaient disparu. Rayées de la surface de la terre.  Les Hommes se querellaient entre eux. Pour avoir toujours plus, posséder, dominer. La pire humiliation pour Dieu  était qu’une poignée d’Hommes s’étaient approprié le droit de décider en son nom.  Il vit des enfants et des adolescents scander  son nom en brandissant des armes.  Le sang coulait, les Hommes s’harponnaient  entre eux  au nom de la Foi. Ces Hommes  avaient détourné les mots  du livre. Consterné, il se demandait que faire. Redessiner, créer à nouveau ? L’Homme serait bien capable de commettre les mêmes erreurs.   La gomme de son crayon était réduite à peau de chagrin.  Et chaque jour qui passait, Dieu était taraudé par une seule question. Dans  les cris et  les pleurs  des Hommes, était ce son propre péché qu’il entendait ?  

samedi 16 avril 2011

Helle Helle - Chienne de vie

Éditeur : le Serpent à Plumes -Date de parution : Fevrier 2011 - 230 pages

Bente débarque dans la vie de Cocotte de Johnny. Elle a tout planqué, son mari, son logement. Assise à un arrêt de bus avec sa valise, elle est là sans rien attendre. Déprimée, vidée. Cocotte et Johnny l’accueillent chez eux sans poser de questions. Et, Bente partage leur quotidien  au fin fond du Danemark comme si elle avait toujours été un membre de leur famille.
Le temps s’égrène, les journées se déroulent tranquillement avec des occupations et des tâches simples.   Préparer les repas, s'occuper des chiens de l'oncle et  les conversations au coin du feu. Rien d'extraordainaire en somme. Bente  nous fait part ces petits détails qui semblent futiles ou inutiles. Ces petits riens du quotidien qui sont autant de  moments de bonheur.  Cocotte et Johnny forment un couple attachant.  Il ne connaissant pas Bente  et l’accueillent chez eux sans méfiance. Bente ne dit rien de son métier d’écrivain, de son mari ou de son manque d’inspiration. Mais elle se confie à nous, lecteurs. Pudiquement. On partage son intimité. Ses doutes, ses remises en question perlent entre les lignes. Et Bente, petit à petit, remonte la pente et regagne en confiance.
J’ai été frappée par la gentillesse naturelle, l'humanité de Cocotte et Johnny. Malgré les problèmes ou les difficultés, ils apprécient ce que la vie leur offre. Des moments de vie partagés en toute simplicité. Une lecture  pour ne pas oublier d'apprécier les bonheurs simples. Mon seul bémol : j'ai trouvé un peu trop lent le rythme..
Les avis divers et variés d'Antigone, Cathulu, George, Keisha,Mirontaine, Sylire


jeudi 14 avril 2011

Fabienne Juhel - A l'angle du renard

Éditeur : Au Rouergue - Date de parution : Janvier 2009 - 235 pages et un coup de cœur !

Arsène Le Rigoleur est un breton des terres. La quarantaine, célibataire, il vit et travaille à la ferme. Un gars attaché à la terre. Quand une famille de la ville vient s’installer dans la métairie rénonvée d'à côté, il voit ça d’un mauvais œil. Il n’a pas besoin de voisins. Juliette, la fillette âgée de 5 ans aime venir chez lui, parler avec lui et voir les animaux. Son frère Louis, de 3 ans son aîné, est distant. Lui ne vient  pas tourner autour d’Arsène. Un gamin rouquin qui ne fait pas de bruit comme les renards mais qui observe. Il aurait même tendance à faire ses coups en douce. 

Avertissement : Après Les hommes sirènes, Les bois dormants et maintenant ce livre, Je suis atteinte de Juhalmania !

Je vais commencer par  un long paragraphe intitulé C’est ma vie. Désolée, et si vous le voulez, vous pouvez le passer… Car ce livre a réveillé des images, des scènes qui dormaient depuis mon enfance. Le langage  d’Arsène a  chatouillé mes oreilles, un langage si souvent entendu. Et même des gars comme Arsène, j’en ai connu. De loin. Ils me faisaient un peu peur ces grands-oncles, ces petits  cousins.  Des gens toujours occupés à la ferme. De toute façon, le travail ne manquait jamais. Ils n’avaient pas l’habitude de causer pour rien alors ils se taisaient la plupart du temps. Je revois le pain de trois livres sur la table près du bol de café. J’entends le bruit de l’opinel qu’on referme d’un coup sec. Et la terre,  elle occupait les esprits. Ils avaient son goût dans la bouche, elle leur coulait dans les veines.

Alors, Arsène, je l’ai compris. Du moins au début.  Sa méfiance envers ses nouveaux voisins. Pas l'envie qu’on vienne mettre le nez dans ses affaires.  Mais, la petite  Juliette est un feu follet . Une gamine attachante. Ses parents n’aiment pas qu’elle traîne chez Arsène. Un homme seul, pas causant. Il y a de quoi être prudent. Mais jamais Arsène ne ferait pas de mal à la petite ! Non, ce n’est pas son genre.  Par contre, il se méfie du frère de Juliette, Louis. Au fil des pages, j'ai ressenti un sentiment étrange. L’impression d’être épiée, attendant avec angoisse  de savoir ce qui allait se passer. La fin tombe comme un couperet. Salvateur et libérateur.

Et je n’en dirai pas plus !
Car il s’agit d’un livre hypnotique, troublant. Arsène nous révèle petit à petit sa vie avec des mots rêches. Une vie lourde comme la terre où dorment des secrets, des non dits.
Mélange savant de croyances populaires , d'une intrigue et d’un monde paysan qui se cherche  entre les temps anciens et l’avenir. L'histoire, l'ambiance, l'écriture et le style... l'ensemble forme un coup cœur ( encore) !

C'est que des mots j'en ai plein ma mémoire. Comme des cailloux dans une carrière. Parce que quand on est môme, on apprend à se taire et à écouter. Et à ronger son frein.
- Tais-toi quand ton père parle, elle disait la Mère.
Le Père allait à l'économie avec les paroles. Alors fallait pas rater le coche.

Plein de billets chez l'ami BOB!

mercredi 13 avril 2011

Sabina Berman - Moi

Éditeur : Seuil - Date de parution : Mars 2011 - 263 pages

Quatrième de couverture : Karen Nioeto  est une petite fille aux "capacités différentes", à la fois dure et étrange, drôle et géniale. Diagnostiquée autiste irrécupérable, elle a pourtant une mémoire et une appréhension de l'espace exceptionnelles. Karen est l'héritière d'une importante flotte de bateaux thoniers et de la plus grande conserverie de poissons du Mexique. Au contact des pêcheurs, elle découvre la plongée sous-marine avec délice et les massacres de thons avec horreur, et s'insurge contre l'idée cartésienne que l'on pense avant d'exister. Elle sait bien, elle, qu'elle existe d'abord et que parfois, avec peine, elle pense.
Si j’ai indiqué en résumé la quatrième de couverture, c’est parce qu’elle met l’accent sur les points que j’ai particulièrement aimés. Karen a des capacités différentes, celles d’une autiste.  Enfant, sa tante ne lui a pas caché ses faiblesses. Au contraire, elle lui a appris  avec patience et amour à faire de ses différences une force et à les accepter. Et là, j’aimerais juste répéter indéfiniment cette phrase pour tout ce qu’elle véhicule. Assumer ses différences, accepter que l’autre le soit : voilà un bel hymne à la tolérance qui sonne juste. Et , vous pouvez me croire sur parole, accepter son handicap permet de le vivre plus facilement. Dans ce récit raconté par Karen, il m'a fallu quelques pages pour  apprivoiser ce Moi. Un Moi qui s’immisce dans les phrases à tout bout de champ et qui dit : je suis là. Véritable moteur dans l’écriture, ce Moi produit  des cassures, des pics où toute la volonté, le désarroi  de Karen apparaissent. 
Grâce à sa tante, Karen  poursuit des études de zootechnicienne et  s’investit dans la conserverie qui lui reviendra. Avec la naïveté d’un regard d’une enfant, la jeune femme étudie les différentes étapes de la production du thon en conserve.   La plongée sous-marine lui ouvre un univers à part entière où elle évolue en toute sérénité.  Hypersensible,  proche des animaux,  Karen veut démontrer  combien  certaines méthodes de pêche sont cruelles.  La production intensive, les menaces d’extinction de certaines espèces comme le thon rouge sont  pointées du doigt.  Je me suis sentie touchée par Karen, j'ai eu la sensation de la comprendre en tant que personne "différente".  Mon  bémol : l'histoire de kindpping m'est apparue peu crédible...
Plaidoyer à la tolérance, appel à la sensibilisation des ressources de notre planète, comment ne pas  être sensible à ce livre ?  
Pour la première fois, nous avons fait une lecture commune de ce livre avec Liliba. Nous l'avons lu puis nous en avons discuté de vive voix (au téléphone). Une expérience très enrichissante  car nous avons échangé, confronté nos points de vue !!! Liliba a rédigé un compte-rendu de notre  conversation et il est disponible sur son blog!
Merci à Libfly et à l'éditeur pour cette lecture.

mardi 12 avril 2011

Marie-Sabine Roger - Et tu te soumettras à la loi de ton père

Éditeur : Thierry magnier - Date de parution : Mars 2008 - 143 pages saisissantes...

Avertissement : J’ai lu ce livre en apnée totale. Scotchée.

La narratrice âgée de 10 ans parle de son père avec des  mots qui claquent et qui résonnent. Des termes où la peur et la religion se côtoient. Quand  la religion, ici le catholicisme (n’en déplaise à certaines bonnes âmes trop bien pensantes…) rime avec fanatisme et intégrisme.
Tu es mon père et je te crains.
« Il faut ». « On doit ». « On ne peut pas »...
Ta religion ne sait se décliner qu'en interdits. Tu ne nous éduques pas, tu nous dresses. Tu ne nous élèves pas. Tu nous rabaisses.
Je suis petite et Dieu est grand. Maman parle de moins en moins. Elle a des silences de douleur, qui nouent le ventre à peine on la regarde.
Mais moi je grandis, et mes questions grandissent avec moi.
Quel est ce Dieu de foudre et de colère, qui aime aussi peu ses enfants ?
Il me fait peur. Je n'en veux pas.
La foi, entre les mains d'un homme comme toi, c'est une arme de poing.


Une famille comme tant d’autres, on pourrait le croire. Une famille pratiquante qui ne fait pas de bruit et un père extrêmement croyant. Un fanatique qui fait régner un climat de soumission et de peur. Son épouse et ses enfants subissent les dérives de la religion.  Les aînés sont déjà partis de la maison,  il ne reste que la fille et son petit frère Fabien. Enfant handicapé entouré d'amour par sa mère et considéré par son père comme un fardeau imposé par Dieu.   A ses questions, les  réponses sont invariables. Des « preuves » extraites de la bible. Et sous couvert de la religion, il s’agit de lâcheté comme on porte sa croix, de dire courage et soyez forts  à ceux qui demandent de l’aide. Marcher droit, courber l’échine et prier. Un père qui utilise la foi comme un bâton. Dérives extrémistes où l’on ne parle pas, où l’Amour prêché par Dieu n’est que relations distantes, sévères et froides. Cette petite fille  découvre le monde tel qu’il est. Un choc, une  révolte souterraine car elle comprend que son père lui a menti ou occulté bien des choses. Une enfance sans gaieté, sans joie au nom d'un Dieu idolâtré par son père.

Ce livre m’a fait chavirer !! Des phrases justes sans fioriture ou de mot superflu qui sautent à la gorge. KO assuré. Une lecture saisissante dont on ne sort pas indemne… Vous êtes prévenus. 

Le plaisir est un trésor secret, un bien-être qui se resquille. C'est du bonheur de braconnier.

L’enfance, quand rien ne vous permet de rester un enfant, c’est une longue et inutile peine, un cruel emprisonnement.

Le billet de Chiffonnette 
 

lundi 11 avril 2011

Sophie Simon - American clichés

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Avril 2011 - 220 pages

Sophie Simon dit d’elle « mais quand j’écris, ça change tout : je suis une fille de l’Ohio attirée par les grands mythes de l’American way of life ». Et ce pour notre plus grand bonheur !
Premier livre et premier recueil de nouvelles fort réussi ! American clichés comme son titre l’indique nous plonge aux quatre coins des Etats-Unis de 1950 à nos jours. A travers onze nouvelles, elle nous brosse le portait de ce qui fait l’Amérique. Les espoirs, les rêves mais aussi les désillusions et le désenchantement de ses personnages. La quatrième de couverture indique : « on les rencontre à un moment crucial de leur vie. Là où quelque chose, normalement, devrait changer la donne ».   Et ce  sont  autant de vies qui vont basculer.  Avec des  personnages qui nous semblent proches,  l’auteure use à merveille des clichés du mythe américain . On y rencontre Howard, employé modèle à la voix d’or et qui aime chanter. Mais, sa femme préfère de loin s’occuper de ses fleurs plutôt que de lui adresser un signe d’affection ou  une marque d’encouragement.  Peter rêve des paillettes d’Hollywood et veut quitter à tout prix la ferme familiale. Dans Vern et Doreen, l’amour et la jalousie sont revisités. Peut-on continuer sa vie calme et paisible alors qu’on a tué quelqu’un par accident ? Ed est partagé entre avouer l’accident qu’il a commis  ou se taire comme le lui suggère sa femme.
Sophie Simon nous rappelle que le bonheur a quelquefois un prix élevé. Sous des aspects édulcorés,  on décèle de l’amertume, de la tristesse ou de l’ironie . Des nouvelles lues et savourées  comme un bon milk-shake et que je ne suis pas prête d’oublier.
Un seul conseil :  à lire !!!

dimanche 10 avril 2011

Sur la route des vacances

Gwen nous invite à raconter un départ en vacances en voiture. Et unn seule consigne : "Racontez-ce trajet – pépère ou bien explosif, planifié ou bien complètement improvisé – avec au moins trois personnages et quelques péripéties pour mieux nous amuser… Pas d’autre limitation ce dimanche, profitez-en!"

«  Le trafic routier s’annonce chargé sur les autoroutes du soleil. Des bouchons et des ralentissements sont prévus  dès le milieu de la matinée.  La circulation sera plus fluide sur les axes desservant… ».
 Il n’en fallait pas plus pour que la pater nous sorte son refrain :
-Tu vois, je t’avais bien dit ! Chaque année, c’est la même chose et chaque année, il y en a qui ne comprennent rien ! Au lieu de partir plus tôt et bien non.  On reste dormir, on en profite et après on râle parce que l’on est coincé dans les bouchons.
Il s’adresse à maman qui ne répond pas. D’ailleurs, je me demande si elle l’écoute ou si elle blasée de ses réflexions à la noix.
La radio déverse son flot d’informations. Immuables d’une année sur l’autre en cette journée du 1er août, jour de départ en vacances. Synonyme de plus de 8 heures de voiture coincé avec mon père, ma mère co-automobiliste dont la patience m’épate, moi et mon petit frère.  Bizarrement, le son de mes écouteurs faiblit. Oh non pas ça ! Batterie déchargée ! Ce qui veut dire que je vais devoir  subir la conversation générale. Super,  je suis maudit.
-Eh, regarde, celui qui me double. Non mais, il se prend pour qui au volant de sa grosse voiture ? Monsieur frime dans sa berline allemande. Allez,  vas-y dépasse-moi !
Ce n’est pas de malédiction mais du supplice. Mais, comment maman fait elle pour ne pas lui dire de se la fermer ?
Entendre mon père pendant des heures, c’est rien par rapport à un interrogatoire du FBI. Soit vous avez un mental d’enfer et vous en sortez indemne, soit vous craquez et vous êtes un minus.
-J’espère que cette année nos voisins ne feront pas la rumba tous les soirs. D’ailleurs, je n’hésiterai  pas  à aller dire deux mots aux propriétaires. Sinon,comment on fait pour se reposer ?
Du repos ? Super, je sens que je vais m’éclater ! La plage, les sorties en famille, ne pas faire de bruit pendant la sieste du pater. Le pire : les parties de monopoly ou la promenade au port  pour occuper les soirées!  J’ai passé l’âge, j’ai 16 ans et je compte bien avoir de droit de sortir un peu le soir. Ce sera ma première revendication et s’il n’accepte pas, je jouerai sur la corde sensible avec maman. Avec elle, j’ai plus de chance. Et hors de question de me coltiner le frangin. Ce serait trop la honte !
-Et puis, quand on bosse toute l’année, on les mérite nos 3 semaines de  vacances. Tiens, d’ailleurs, je t’ai raconté que le fils de Pomir a décroché un super boulot grâce à ses relations. Franchement, tu veux que je te dise…
-Tais-toi.
Maman vient de prononcer ces deux mots sur un ton  péremptoire que j’entends pour la première fois.
-Attends, qu’est ce qui se passe ?
-Ce qui se passe ? Je vais te le dire ? Depuis plus de 12 ans,  je supporte ta jalousie, ton aigreur envers les autres cette année alors j’ai décidé que j’avais le droit à de vraies vacances ! Alors, tu te tais ! La lutte des classes les riches, les patrons, j’en ai marre de tout ça !
J’ouvre de grands yeux, même le frangin a délaissé sa revue et me regarde en se demandant si on est  dans la quatrième dimension.
-Non mais, j’ai le droit de dire ce que je pense, quand même ! C’est quoi ça ? Tant qu’on y est, tu veux peut-être prendre le volant à ma place ? Parce que tu crois que conduire pendant 8h00, c’est une partie de plaisir ?
- Justement, j’allais te le demander. Tu te gares dès que tu peux et c’est moi qui conduis dorénavant.
Le pater est rouge violacé à la limite de l’asphyxie. Maman, elle, s’est transformée en super héroïne. Oublié son statut  qui se limite à préparer  les sandwichs et à vérifier qu’on n’a rien oublié. Je ne sais pas à quoi elle s’est dopée ou si c’est la crise de la quarantaine mais je suis sidéré. En tout cas, je suis fier d'elle. Les vacances  s’annoncent pas si mal que ça finalement…

vendredi 8 avril 2011

Sylvie Germain - Le monde sans vous

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2011 - 129 pages vibrantes et magnifiques...

Comment vous parler de ce livre ? Il s’agit d’un des plus beaux hommages qu’il m’ait été permis de lire. L’année dernière, Sylvie Germain a voyagé à bord du Transsibérien. Un voyage à travers la Sibérie qui l’a mené  jusqu’à Vladivostok. Imprégnée par cette nature, ces terres porteuses d’un passé, variation sibériennes a vu le jour.  Premier récit  intimiste d’une alchimie rare où elle convie des poètes comme Pasternak , Cendrars ou Madestalm et les esprits qui dorment dans  cette terre. Et il s’agit d’une apothéose des mots qui se marie à l’histoire d’une terre, d’un pays. De ce texte où elle parle de sa mère avec sensibilité, l’émotion, la pudeur perlent entre chaque ligne. Eblouie, j’ai lu, j’ai contemplé et  je me suis abreuvée de ce récit respectueux. Respect des  morts qui gisent  dans ces terres, célébrations de ces peuples disparus et de leurs croyances  et de l'hommage porté à sa mère. Tout simplement époustouflant. Dans le second récit Kaléidoscope , elle nous parle de son père. Un homme passionné par les mots, par leur grâce. Fils et petit fils d’horticulteurs des hommes au  service de la beauté de la rose.  Et ce sont autant de mots qui s’ancrent, distillent toute leur magnificence..
Je fais court car la magie et puissance de ce livre sont uniques. A chacun de les apprécier comme il se doit.  Le souffle coupé, je remercie Sylvie Germain de m’avoir fait autant vibrer par la beauté de ce livre. Et surtout ne me secouez pas,  je suis remplie d’émotions et de larmes…
Toi, ma mère, ta chambre funéraire est étroite, sans aucun faste, ton vêtement est simple, et pour tout bijou , tu portes quatre brins de muguet sur la poitrine.
La lyre de l’amoureux n’a pas sa place en Sibérie, et il n’est pas besoin de crécelle du lépreux – le cri aigu d’un aigle striant le ciel, le craquement d’un arbre disloqué par le gel, le grondement des fleuves en  débâcle, l’écho lointain d’un hululement d’esprit ou de loup errant, d’un chant de femme veillant sur les braises du foyer, suffisent. Ce sont le vent, les bêtes, les fleuves et les forêts qui tiennent la lyre et tournent la crécelle.

jeudi 7 avril 2011

Lionel Salaün - Le retour de Jim Lamar

Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Juillet 2010 - 233 pages

Etats-Unis, Missouri,  Stanford. 1981, Jim Lamar vétéran de la guerre  de Vietnam revient s’installer dans  la  maison de ses parents. Depuis la  fin de la guerre, il n’avait donné aucun signe de vie. Ses parents sont décédés depuis longtemps. La ferme laissée derrière eux et convoitée a  été vidée, pillée par les habitants peu scrupuleux.  Jimmy âgé de 13 ans, fils d’un fermier voisin fait la connaissance de Jim. Son retour est vu d’un mauvais œil par les habitants qui n’espèrent que son départ.
A travers le récit de  Jimmy, on se prend des claques. Aussi cuisantes que la chaleur d’été de cet état et sonnantes  comme les sujets traités dans ce livre.  Vous êtes prévenus. Stanford, une ville flanquée de sa terre plate où les silos agricoles jalonnent  le ciel et qui borde le fleuve Mississpi. Jimmy aime s’isoler près d'un lac. Oublier son père et  sa mère peu causants.  Du jour au lendemain, Jim Lamar revient à Stanford. Les langues se délient : ses parents sont morts sans avoir eu de ses nouvelles. Pourquoi est-il là ? Par le plus grand des hasards, Jimmy le rencontre. Au début, le jeune garçon est mal à l’aise, son père ayant contribué à « nettoyer »  la maison des Lamar.  Les habitants  racontent que ces gars revenus de la guerre sont changés à tout jamais.  En l’espace d’un mois, Jim racontera par bribes la guerre et son histoire. La guerre, sa dureté mais aussi celle qui forge des liens forts entre des gars venus combattre. Sans tout dévoiler, il est question de  la ségrégation, des préjugés, de la religion et  de la discrimination qui endosse plusieurs manteaux. Mais, aussi de cette fraternité et de la quête que chacun poursuit. J'ai été secouée, interpellée et j'ai eu les yeux noyés de quelques larmes.
Dépaysement  assuré, on se croit au Missouri car l’auteur  possède une écriture qui fait appel à l'ensemble des sens.  Seul petit bémol : à force le langage familier, n’oublions pas que Jimmy est âgé de 13 ans,  peut  lasser.
Voici un premier roman d’un auteur français à suivre de très, très près !
Merci à Fransoaz pour le prêt, la prochaine lectrice sera Griotte
Un livre lu dans le cadre de la 9ème édition du prix des lecteurs du Télégramme.


mercredi 6 avril 2011

Daniel Glattauer - La septième vague

Éditeur : Grasset - Date de parution : Avril 2011 - 348 pages et deux personnages irrésistibles!


Si je vous dis  Léo  et Emmi, et si j’ajoute un  titre Quand souffle le vent du Nord ? Oui, vous vous souvenez  de ce  livre écrit par Daniel Glattauer qui avait fait mon bonheur ?! Et  bien, grande nouvelle, la suite en français est enfin disponible !
Avertissement : Si vous n'avez pas lu "Quand souffle le vent du Nord", mieux vaut ne pas lire le paragraphe suivant et courir directement chez votre libraire.
Avant de la lire,  j’ai  eu une petite appréhension. Et si elle se révélait moins réussie ?  Emmi et Léo avaient noué une relation via des mails. Une relation  avec des règles : pas de rencontre, pas d’échange physique et donc pas de projet d’avenir. Des mails où  petit à petit, ils se dévoilaient et se confiaient. Mais les mails peuvent déboucher sur bien plus car Cupidon connaît la technologie. Et préserver cette part d’inconnu et de fantasmes était sur le point de disparaître. Sauf que Léo était parti aux Etats-Unis mettant fin à toute correspondance entre eux. Et, voilà comment se terminait Quand souffle le vent du nord. Sollicité par des lectrices (tristes), Daniel Glattauer avait décidé de donner une seconde chance à Léo et Emmi.
J’ai lu ce livre avec la ferveur d’une première communiante ! C’est pour vous dire !! Et j’ai même menti pour pouvoir  le lire d’un seule traite (bizarrement, je ne ressens toujours aucune honte…). Car une fois commencé, impossible de laisser Léo et Emmi ! Ils se connaissent sur le bout des doigts et  ils avancent,  s’esquivent, reculent, se frôlent et …. Je n’en dirai pas plus !! On les imagine devant le clavier, les yeux fixés à l'écran. La mine étonnée ou souriante, le coeur battant la chamade en attendant la réponse.  Sauf que la conscience est tiraillée par l’idée de ce qui est raisonnable ou non. J'ai retrouvé une Emmi vive, pétillante et un Léo qui décrypte toujours aussi bien les points d’exclamation. Mais, il y a également de l'imprévu et Emmi apparaît plus réfléchie et moins impétueuse au fil des événements.

Le charme opère une fois de plus avec deux personnages terriblement humains ! J'aime cette déferlante venue d'Allemagne ( Ja, ja und ja  ! Ich habe das geliebt!). A consommer sans modération (mais pas comme le wiskey). Dommage que la dernière page arrive trop vite et de cette façon…Mais je titille. Et en plus, j'ai réussi à caser deux mots d'allemand ( je m'épate!).

Les billets de Bladelor, Cuné, Cynthia, Leiloona, Stéphie...  ( tiens, que des lectrices et pas de lecteurs.)
Chère Emmi, il faut que je t'avoue quelque chose, tu es la seule femme à qui j'écris, à qui j'écris comme cela, comme je suis, comme j'en ai envie.
Qui resterait de marbre à  la lecture d'une telle déclaration ?

mardi 5 avril 2011

Herbjørg Wassmo - Cent ans

Éditeur : Gaïa - Date de parution : Février 2011 - 558 pages superbes...

En ce  moment, je suis gâtée. J’enchaîne des livres superbes, des écritures différentes qui brossent  des portraits de femme … Et avec Cent ans, je suis  comblée  et conquise !
Je peux vous dire que ce livre est magnifique, que j’ai lu chacune de ces pages avec émotion et fébrilité. Aux abois, attentive au chemin suivi par ces femmes. Quatre femmes, quatre générations retracées sur un siècle.  Dans cette descendance, la plus jeune est Herbjørg.  Herbjørg Wassmo, l’auteure. Récit autobiographique ? En partie,  oui. Elle a  trouvé son aïeule par le biais d’une brochure  parlant d’un retable peint par un pasteur. Une femme  avait  posé comme modèle pour l’ange : « cette femme était Sara Susanne Krog,  née Big Lind, le 19 janvier 1842 à Kjopsvik dans Le Nordland ». Même nom, même prénom que l’arrière grand-mère d’ Herbjørg. Et voilà comment se tisse  une fresque familiale  magnifique.
Sara Susanne a perdu son père. Se mère se retrouve seule à élever ses 9 enfants dans le nord de la Norvège. La vie est  dure  dans cette partie du pays et l’on presse Sara Susanne de se marier. Son mari Johannes Krog, est bègue mais possède de la patience, du courage. Entre ses bras, Sara Susanne découvre le plaisir de l’amour charnel. Le couple part s’installer tout au nord là où l’on vit de la pêche.  Les affaires de Johannes prospèrent, les maternités s’enchaînent pour Sara Susanne.  Trop justement. La rencontre avec le pasteur sera un catalyseur et Sara Susanne en sera changée.  
Des 12 enfants, Eleda la dernière se mariera contre l’avis de sa mère à Frederik. Une femme entièrement dévouée à son mari et quand celui va tomber gravement malade, ils devront partir à Kristina devenue Olso. Impossible d’amener avec eux l’ensemble des enfants alors Eleda doit faire un choix.Les petits seront  placés  dans des familles et les aînés les accompagneront. Le poids de la culpabilité  mêlé  à la joie de partir. Et Eleda découvre la ville, le clivage qui existe entre gens du nord et du sud. On ne se mélange pas…  Femme de caractère, Eleda est l’incarnation de l’épouse dévouée à son mari. Quand Freredik meurt, elle décide de réunir à nouveau ses enfants.
Hjørdis est arrachée à ses parents nourriciers et ne comprend pas la situation. Qui est cette femme qui prétend être sa mère ? Elle partira très tôt de la maison. La guerre éclate et Herbjørg verra le jour en 1942. Enfant qui se réfugie dans l’écriture et qui garde précieusement ses carnets jaunes. Les cache pour qu’il ne les découvre pas. Qui est-il ? A demi-mots, Herbjørg Wassmo décrit le poids de la honte qu’elle a longtemps porté.
La vie de ses femmes est intimement liée à l'histoire de la Norvège. A travers ces  portraits de femmes retracés de 1860 à 1960, il s’agit de la déclinaison de la femme sous plusieurs angles. Les bonheurs rares côtoient les peines, la douleur.  Un roman fort tout simplement magnifique, un coup de cœur ! Et ce sont autant de paquets d’émotions qui se sont ancrés…
Les billets d'Anna, DominiqueKathel, Margotte



lundi 4 avril 2011

Murielle Magellan - Un refrain sur les murs

Éditeur : Julliard - Date de parution : Mars 2011 - 249 pages de vie !

Août 1987, Isabelle, divorcée, mène  une vie ordonnée, trop rangée. Professeur de physique, ses enfants Adrien et Romane sont partis passer tout le mois chez leur père. Et Isabelle se retrouve seule. Le comble, sa propre mère n’a pas besoin d’elle ! Ce mois d’août sera signe de changements pour Isabelle grâce à une rencontre avec un musicien de rue. 2010, Romane revient dans l’appartement de son enfance. Cette jeune femme, révoltée et écorchée, n’a fait que rejeter sa mère Isabelle. Ses principes, sa vie fade et  son éducation.
J’ai aimé ce livre.  Je  le dis directement sans essayer de faire une belle introduction ou d’enrober mes mots. Un livre hérisson tant j’y ai inséré de marque-pages ! 
Il fait partie de cette catégorie où dès les deux ou trois premières pages, il y a le tilt déclencheur. La lecture où l’on est  en phase sans avoir à chercher à se mettre au diapason. Un livre construit sur deux points de vue. Celui d’Isabelle et de Romane, deux femmes, une mère et une fille que tout oppose. Isabelle, la sérieuse, la coincée et Romane, la libre, l’artiste. Et on les découvre l’une et l’autre, différentes mais toutes les deux qui cherchent à être heureuses. Romane, la libre qui flirte sans arrêt avec les excès, nourrit par la révolte contre sa mère. Brûlée gravement, son retour dans l’appartement de sa mère décédée attise sa colère. A ne voir que par  le rationnel, Isabelle a oublié le mode d’emploi de l’imaginaire. Elle a  perdu de son amour-propre et toute volonté de changement.  Une rencontre avec un musicien de rue et de fil en aiguille, il lui propose de faire quelques travaux chez le contre un hébergement en ce mois d’août.  Et comme Isabelle ne sait pas dire non, elle acquiesce. Il  va la bousculer dans ses habitudes pour la réveiller à la vie. Alors, oui,  j’ai lu ce livre en apnée à l’écriture vivante et rythmée !  Murielle Magellan nous parle de la solitude, de l’amour, des relations mère-fille ( et sur ce thème, il y a beaucoup à dire), de l'importance de rêver et d' imaginer. Le tout est écrit avec  le cœur et les tripes ! De quoi me faire oublier mon bémol concernant le personnage du muscien que j'ai trouvé un peu caricatural . Mais je titille ! Car la fin vient trop vite et  j’en aurai aimé bien davantage !
Une lecture et une auteure à découvrir et qui en fera vibrer plus d’une ! (chut, je ne donne pas les noms...)
Isabelle
Vacances ? Le gouffre, oui. Le tourbillon. Peut-on parler de vacances quand on  a écrit sur sa liste de choses à faire, en soignant les pleins et les déliés pour que les secondes s’écoulent un peu plus : « prendre RDV chez  le Dr Normand pour prescription d’antidépresseurs … » ?
Romane
Envie de hurler ! Putain ! Cette chambre, ça suffit. Mon enfance en mausolée. La peinture écaillée,  les petits anges ! Ils ont vu ma gueule, les petits anges ? (…)Je vais leur faire la peau. L’heure est venue. Plus personne pour m’en empêcher. Plus de maman maniaque dans le secteur qui retiendrait ma main d’agressive, d’enfant à problème, de gueule qui l’ouvre, de ventre qui vrombit (…)

dimanche 3 avril 2011

Collectionneuse de bonheurs

Gwen nous propose du creative writing. A partir de cette photo  qu’elle a prise au musée des Abattoirs de Toulouse, à nous d’imaginer…
J’ai longtemps cherché le bonheur. Moi, je suis vide à l’intérieur. Remplie de vide.  Je ne  sais pas comment on fait pour être heureux. Alors, toute ma vie, j’ai ramassé, entassé celui  des autres.
Mon frère disait que son soda était le meilleur moment de sa journée. Quand il ouvrait sa cannette, j’écoutais attentivement  le bruit libérateur des bulles.  Il fallait que mon vide parte. Je me disais qu'il allair être remplacé par ces bulles. Elles allaient remplir mon ventre et  se répandre dans tout mon corps. Occuper tout le vide, se cogner, exploser et  libérer  de la joie. J'ai gardé une cannette pleine pour le grand jour. Après les cours, j’observais notre voisine. De sa fenêtre, elle  jetait un coup d’œil à ses enfants qui jouaient dans le jardin. Elle était toujours au téléphone. Elle riait, prenait le cordon et  l’enroulait autour de ses doigts. De sa bouche ne sortaient pas des mélopées mais des flots de mots. Des ruisseaux presque ininterrompus  qui semblaient  être le son du bonheur. J’ai prié, supplié mes parents de m’acheter le même téléphone. Quand mon  oncle et ma tante venaient nous voir,  mon cousin avait tout le temps avec lui  sa raquette de ping-pong. Il disait qu’il n’imaginait pas une seule journée sans frapper la petite balle blanche.  Bien plus tard, un homme assis sur un banc sifflotait. Je me suis approchée de lui et je lui ai demandé pourquoi il était heureux. Il m’a répondu « hey, Miss, tu vois ces bottes ? J’ai travaillé dur, j’ai économisé pendant 6 mois pour me les acheter. Maintenant, je suis le plus heureux des hommes sur terre ». J’ai fait de même. Et à chaque personne rencontrée, je leur demandais et elles  m’expliquaient en quoi consistait leur joie.  De la boite en fer de ma grand-mère où elle rangeait ses timbres au pull de ma sœur qui lui portait chance, je les ai tous précieusement conservés.
Aujourd’hui est un grand jour. J’ouvre la valise qui contient tous ces trésors. C’est à mon tour d’être heureuse. J’expire un grand coup. Le vide me pèse. Du bout des doigts, je touche chaque objet, je m’en empare. Je décapsule la cannette mais depuis tout ce temps, le soda n'en est plus un. Les bulles ont disparu. Tant pis, je mime une conversation au téléphone chaussée de mes bottes.  Mais rien. Je ne ressens rien.  J’ai passé des années à chercher le bonheur, à saisir celui des autres  En vain. La nuit vient de tomber. Assise parmi tous les objets éparpillés autour de moi, je viens de comprendre. Même si je n’ai l’ai pas trouvé, je détiens celui de plusieurs personnes. Et, j’ai  réussi à épingler des moments fugaces, rares.  Je suis une collectionneuse d’un genre particulier. Collectionneuse de bonheurs.  

samedi 2 avril 2011

Andrew Taylor - Le diable danse à Bleeding Heart Square

Éditeur : Le Cherche Midi- Date de parution : Février 2011 - 481 pages

Londres, 1934. Lydia Langstone quitte le domicile conjugal et son  confort douillet pour s’installer dans une pension de famille à Bleeding Heart Square.  Elle préfère fuir son mari violent et se débrouiller par elle-même. Mais Bleeding Heart Square est loin d’être un quartier paisible. Il s’y passe de bien étranges choses. Le diable y danserait-il toujours comme le veut la légende?
L’ancienne propriétaire Miss Penhow de la pension a mystérieusement disparu, Joseph Serridge  reçoit des  paquets contenant des cœurs , un étrange gardien, un locataire obnubilé par  la chapelle du quartier. Lydia Langstone loge chez son père porté sur la boisson et elle doit désormais subvenir à ses besoins. La pension accueille également un autre nouveau locataire. Un jeune homme qui semble avoir un peu de mal  à retrouver ses marques après plusieurs années passées en Indes.  Joseph Serridge est  désormais le propriétaire  des lieux et il semble régner sur bien d'autres domaines.  Selon les mauvaises langues,  il aurait usé de son charme auprès de Miss Penhow de 15 ans son aînée.  Et pour agrémenter l’ensemble, le journal de Miss Penhow nous est distillé à petites gouttes.  Mais par qui ?  On ne l’apprend que dans les toutes dernières pages.
A la moitié du livre, j’ai trouvé que l’intrigue principale  à savoir  ce qui  a pu arriver à Miss Penhow était un peu noyée par l’ensemble de personnages et de leurs histoires. Et j’avoue avoir eu un petit coup de mou.  Mais, le livre redémarre avec un nouveau souffle pour offrir un rebondissement  final inattendu. Les conséquences de la première guerre mondiale, le clivage des classes sociales et le climat politique d’avant 1940 donnent une dimension très intéressante au livre. Un agréable moment  de danse avec le diable même si ce dernier s’est montré un peu trop lent ou  prévisible par moments…
D'autres billets chez l'ami BOB.


vendredi 1 avril 2011

Annie Ernaux - L'autre fille ... billet complémentaire

Depuis ma lecture de L'autre fille d'Annie Ernaux, j'avais l'esprit occupé. L'étrange sensation  d'être au courant de l'existence de cette sœur. Alors, j'ai ressorti La place et Les années. Relecture.
Et en effet, dans Les années ( p.41 - 42), Annie Ernaux en parle brièvement avec beaucoup de pudeur.

La photo floue et abîmée d'une petite fille debout devant une barrière, sur un pont. Elle a des cheveux courts, des cuisses menues et des genoux proéminents.A cause du soleil, elle a mis sa main au-dessus de ses yeux. Elle rit. Au dos, il y a écrit  Ginette 1937. Sur sa tombe : décédée à l'âge de 6 ans le jeudi saint 1938. C'est la sœur aînée de la fillette sur la plage de Sotteville-sur-Mer.

La boucle est bouclée avec cette magnifique lettre...
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