mardi 27 décembre 2011

Benoît Séverac - Silence

Éditeur : Syros jeunesse - Date de parution : Septembre 2011 - 150 pages au ton juste!


Aller à une rave pour la première fois,  avaler deux cachets d’ecstasy pour impressionner sa copine. Sauf que Jules, un lycéen tranquille  n’avait pas prévu de se réveiller à l’hôpital dans un silence total. Un silence qui perdure.  Après quelques jours passés dans le coma, Jules est définitivement sourd. 

Je dois dire que j’ai été agréablement surprise par ce roman pour ados. Les thèmes de la drogue et du handicap  sont abordés sous un angle qui devrait toucher bon nombre d’adolescents car le ton est  juste. Suffisamment pour faire réfléchir le lecteur, l’amener à  tirer lui-même ses propres conclusions tout en étant également un livre préventif. Car oui, on peut devenir handicapé en avalant de la drogue. Ou en  mourir. Le personnage principal Jules commet beaucoup d’impairs. Aller à une soirée alors que ses parents pensent  qu’il passe la soirée chez son ami (et vice versa), mentir à la police qui enquête sur un trafic de drogue… Sans être un délinquant ni le fils parfait, cet adolescent est tiraillé de questions où bien entendu l’amitié a une place importante.  Il va lui falloir accepter son handicap et vivre avec. Jules trouve un appui solide auprès de Damien un infirmier. Et Damien lui apprend à positiver malgré sa surdité.
Si le dénouement est prévisible, il n’empêche que ce roman possède de nombreuses qualités !

Le billet de Liyah

lundi 26 décembre 2011

Brigitte Giraud - Une année étrangère

Éditeur : J'ai lu - Date de parution : Août 2011 - 156 pages dressées de marque-pages!

Laura, dix-sept ans part en Allemagne en tant que fille au pair. Pour s’éloigner de ses parents qui ne cessent de se disputer.  Elle arrive chez la famille Bergen alors que sa connaissance de la langue est insuffisante et approximative.  Trop pour répondre précisément à une question ou pour déceler les nuances d’une conversation. 

Plongée dans un environnement qui n’est pas le sien, Laura a choisi de fuir ses parents mais pas son frère Simon. Elle arrive dans cette famille, à cet âge où l‘on n’est  plus une enfant ni encore un adulte. Très vite, on devine que son désarroi cache un drame. Son frère Léo est mort dans un stupide accident de mobylette. Depuis, sa famille n’en est plus une même si elle se raccroche à son frère Simon auquel elle écrit beaucoup. L’action de ce livre se déroule du temps où  l'Allemagne était séparée. D’ailleurs, les parents de Madame Bergen vivent de l’autre côté du mur. Les Bergen sont isolés géographiquement et la jeune fille ne côtoie pour ainsi dire que les quatre personnes de la famille. A tâtons et sans oser s’affirmer, elle cherche à  deviner quel est son rôle et ce qu’on attend d’elle. Dans cette famille où les parents se lèvent tard fument beaucoup dès le matin et où aucun rythme ne semble être imposé. Dès les premières lignes, on ressent la tension et le poids des inquiétudes. Que cache la famille Bergen ? 

Avec beaucoup de subtilité et de finesse, Brigitte Giraud nous dépeint le portait d’une adolescente blessée qui se cherche et qui va grandir . Mais  il y a beaucoup plus dans ce roman. Il est également question des non-dits, des incompréhensions, du poids de l'Histoire  et des secrets de chacun.  
Tout est distillé, saupoudré dans un écriture belle et empreinte de sensibilité. J’ai lu ce roman d’une traite transportée à coté de Laura. Un sans faute et je suis totalement conquise par l'écriture de cette auteure, par son sens de la formulation, et comment elle réussit à me captiver et à faire passer les émotions ! 

Après Pas d'inquiétude, je poursuis ma découverte de cette auteure qui figure désormais dans mon Top Auteurs Chouchous!

Je comprends instinctivement que les mensonges que je commets en allemand ne sont pas de véritables mensonges. Si je ne peux exprimer ce que j'ai fait réellement, j'exprime ce que je n'ai pas fait, mais aurais pu faire. L'écart n'est parfois pas si grand.

Les billets d'Antigone, Arts Souilleurs, MangoSylire et bien d'autres sur Babelio

samedi 24 décembre 2011

M.Ann Jacoby - Un génie ordinaire

Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Octobre 2011 - 444 pages agréables!

Oui, je sais. La couverture est hideuse. A tel point que l’on pourrait croire que la personne chargée de choisir les couvertures des livres  a une dent (et pas une petite)  contre l’auteure. Un ancien amant éconduit ? Une copine jalouse qui rêvait d’être elle aussi d'être éditée ?  Comme je ne suis  pas à un atelier d’écriture, j’arrête mes hypothèses hasardeuses. Mais voilà comment à cause d'une couverture, on  peut rater  un moment de lecture agréable !

Mead est un génie, un adolescent pour qui les maths sont un vrai plaisir. A dix-huit ans, il  a déjà terminé son cursus universitaire. Une semaine avant la remise des diplômes, il laisse tout tomber pour rentrer chez ses parents et  travailler avec son père dans l’entreprise de pompes funèbres. Pourquoi ce jeune  prodige abandonne-t-il ses recherches sur « les statistiques liées aux espaces entre les zéros de la fonction zêta » (facile, n’est-ce pas Keisha) ?

Ce retour dans l'Illinois constitue le point de départ de ce roman et la réponse se dessine au fur et à mesure des pages. Construit sur des  retours à différentes époques, on découvre la vie de Mead. Sa mère autoritaire l’a toujours poussé à être le meilleur mais avec des méthodes peu pédagogues. Son père dirige l’entreprise familiale avec son frère et le cousin  de Mead,  Percy, semble tout désigné pour prendre la relève. Etre un génie est plus difficile que de jongler avec les maths quand on y est shooté. Si l’enfance et l’adolescence de Mead sont marquées par la solitude et les brimades des autres, sa  dernière année à l'université va lui  faire  prendre conscience que pour l’argent et/ou le prestige, beaucoup sont prêts à tout.  

Ce roman initiatique d'un grand enfant poussé très vite dans la vie des adultes révèle beaucoup d'humour et de tendresse! Une lecture agréable sans  prise de tête malgré quelques petits bémols : deux ou trois pages complètement matheuses, les hallucinations trop fréquentes à mon goût de Mead et  l’absence d’une fin nette et précise. 

Et un premier livre

vendredi 23 décembre 2011

Bernard Comment - Tout passe

Éditeur : Bourgois - Date de parution : Avril 2011 - 140 pages et 9 nouvelles.

Dans ce recueil, neuf nouvelles au ton mélancolique mettent en  scène des personnages impactées par  la question que laissera-t-on après nous ?  Si les empreintes du temps qui passe marque notre corps, si notre façon de concevoir le présent et nos actions passées évoluent,  à un moment donné cette question nous effleure tous l’esprit.  Un fils distant assiste à l’enterrement d’un père peu connu, un homme enterre dans son jardin son argent, une femme fugue pour retrouver les souvenirs de sa mémoire.  Des instants de vie capturés par une écriture posée où l’auteur a voulu, j’imagine, mettre en exergue le constat que nous faisons et qui nous laisse de marbre, insatisfait, fier ou dépité. Conséquences indélébiles d’une vie ou de ce que l'on veut léguer ou effacer derrière soi. 
J’ai bien  dit j’imagine car après la première lecture de la première nouvelle, j’ai dû la relire et ainsi de suite…

Je n’ai pas trouvé dans ces textes la porte où m’engouffrer pour accéder au cœur même de ces personnages et de ces tranches de vie. Je suis passée à côté de ces nouvelles et recueil a glissé sur moi sans me toucher..

On dit que les pères n’ont pas de beaucoup de sentiments pour les nourrissons, univers des mères , dont ils se sentent exclus, et que leur amour se développe plus tard, au fil des ans et de la maturité. Moi, j’ai le sentiment que ce n’est jamais venu. Une indifférence hypocrite. Quelques signes de façade. Le minimum. Et de moins en moins.

Le billet d’Antigone.



mercredi 21 décembre 2011

Des vents contraires


Film réalisé par Jalil Lespert avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Antoine Duléry 

Synospsis :
La vie de Paul bascule le jour où sa femme Sarah disparait subitement. Après une année de recherches infructueuses, Paul est un homme brisé, rongé par le doute et la culpabilité. Sa dernière chance est peut être de tout reprendre à zéro : déménager avec ses 2 enfants à Saint-Malo, la ville où il a grandi. Mais des rencontres inattendues vont donner à ce nouveau départ une tournure qu’il n’imaginait pas.

Ce film a été réalisé à partir du livre des vents contraires d’Olivier Adam . J’ai lu ce livre il y a plus de deux et j’avais été bouleversée !  Il arrive que les émotions ressenties à la lecture soient absentes ou différentes  à la vision d’un film. Les personnages que l’on s’imagine prennent soudainement vie. Les acteurs  doivent faire passer  tout ce que les mots recouvrent  et contiennent. 

J’ai trouvé que certaines scènes étaient peu crédibles et que certains plans était trop longs. L’ensemble ne m’a guère convaincu… Monsieur qui n’a pas lu le livre n’est pas plus enthousiasme que moi. Par contre, mention spéciale au jeune garçon Hugo Fernandes qui joue le rôle du fils de Paul ! J’ai trouvé qu’il faisait passer beaucoup d’émotions par son regard et ses gestes. Dans la salle, les bruits des  paquets de mouchoir sortis à grande vitesse et  les  reniflements étaient absents. Mon canal lacrymal a juste transporté une petite larme pour  la scène  finale...

Cathulu n'est pas plus convaincue que moi.

mardi 20 décembre 2011

Michel Quint - Close-up

Éditeur : Elb - Date de parution : octobre 2011 - 207 pages et une écriture qui fond sous la langue !

Avertissement : ne lisez surtout pas la 4ème de couverture qui en dit trop !

Au Quolibet, cabaret à Lille,  gags, imitations et effeuillage font l’affiche. Dans ce lieu à part,  Miranda  manie les cartes où la voyance s'invite avec humour.  Bruno directeur d’une société qui brasse des grosses sommes dans l’immobilier  est bluffé par la dextérité de Miranda. Pourtant les cartes lui  prédisent la mort sous peu…

Je vais à l’aventure avec les livres et à mon habitude, je n’avais pas lu la 4ème de couverture donc la surprise a été de taille pour moi ! Donc, un simple conseil, ne retournez pas ce livre avant de l’ouvrir.  Le plaisir de découvrir  toute l’histoire en sera d’autant plus grand ! Est-ce que les cartes  peuvent prédire l’avenir ? On pourrait penser que oui car quelqu’un tente d’assassiner Bruno quelques jours après sa soirée au Quolibet. Et Bruno pense que Miranda  peut le protéger.  Cet homme, riche et cultivé,  soupçonne  même sa belle-famille avec laquelle il est impliqué dans une affaire louche où l'argent se compte en millions.Selon lui, Miranda possède un atout non négligeable. Celui d’interpréter les cartes. 

Michel Quint nous offre une histoire avec une vraie intrigue. Et je n’ai  pas vu venir le fin mot de l'histoire !  Bien au contraire j’ai été très agréablement surprise. Mais surtout, il y a ce style unique ! Cette  écriture qui accroche l’œil et l’esprit,  qui se déguste  et fond sous la langue !  Un mélange atypique d’expressions, de formulations, des dialogues savoureux … bref,  un vrai régal ! Une écriture  qui ressemble au tandem formé par Bruno et Miranda.  
Une très belle découverte car je n’avais jamais lu cet auteur et un vrai plaisir de lecture ! Oui !


Bruno sirote son café, à toutes petites lapées, tête baissée , yeux levés vers Miranda qui regarde couler le sien :
- Je n’ai pas de dettes moi, je veux juste  mettre le temps entre parenthèses jusqu’au 13, être dans la doublure du monde. Il se remettra à tourner après.
- Monte dans ta bagnole et roule, prend un avion, vole jusque n’importe où, cache-toi dans un hôtel et refais surface le samedi de ce foutu vendredi !

- Non, j’ai besoin de toi : tu es mon intermédiaire, ma pythie, ma sibylle, tu me mets au courant des secrets divins… Si tu m’abandonnes, je suis  foutu…

lundi 19 décembre 2011

Comme avant

Copyright Kot

Joli photo, non ? Et voici ma participation à l’atelier d’écriture chez Leiloona (deux semaines de suite, je m’épate !)

Il l’a suivi de loin. Quand elle s’est levée de table, il n’a rien dit. Pas même essayé de l’en empêcher en posant sa main doucement sur son bras. Sa sœur a soupiré fortement avant de se lancer dans des conseils qui ressemblaient plus à des récriminations « c’est ta femme Paul, tu ne devrais pas laisser agir de la sorte. Chaque année, c’est la même chose, avant oui je pouvais comprendre mais là, non ! ». Calmement, il a posé sa serviette et à son tour s’est levé. En prenant sa veste, il  s’est retourné vers elle et lui a dit  tu n’as jamais compris et tu ne comprendras jamais.  Son beau-frère lui fait un léger signe de la tête, un signe pour lui dire va la rejoindre Paul, c’est ton devoir, occupe-toi de ta femme.  

Il la regarde marcher. Elle avance tranquillement  la tête relevée vers le ciel. Arrivée devant la cabine, elle y entre sans hésiter. A à cet instant précis, il serre les poings fortement et les  jointures de ces phalanges deviennent blanches. Il ne voit que son dos mais  il sait qu’elle a décroché le combiné et composé un numéro. Il trompe l’attente en regardant les gouttelettes de pluie s’écraser dans la lumière des réverbères.
Quand elle s’accroupit, il la rejoint. Elle pleure. Du combiné pendu dans le vide, une voix répète inlassablement le numéro demandé n’est plus en service. Il lui dit c’est fini,  ça va aller, on va rentrer, viens. Il la prend dans ses bras, embrasse ses cheveux. 

C’est son anniversaire. Aujourd’hui, elle a vingt-huit ans.  Et à chaque anniversaire, elle téléphone à son frère jumeau. Depuis  douze ans, en ce jour important, elle lui raconte ces petites choses de sa vie ou un souvenir d’enfance qui lui est revenu à l’esprit. Elle parle à un téléphone en dérangement  ou à une tonalité qui sonne occupée.  Il est mort. Frère et sœur complices, ils avaient l'habitude de partager ce jour ensemble. Pour le moment, elle a encore besoin de perpétuer ce geste. Comme avant.

samedi 17 décembre 2011

Paula Fox - Les enfants de la veuve

Éditeur : Joëlle Losfeld - Date de parution : 2010- 216 pages féroces !
 
A la veille de leur départ pour l’Afrique,  Laura et son mari Desmond attendent leurs invités dans une  chambre d’hôtel new-yorkaise. Laura vitupère tandis que Desmond s’enfonce dans les vapeurs d’alcool. Ils attendent Clara, la fille de Laura, Peter Rice un ami éditeur et Carlos le frère de Laura. Si certains individus sont doués dans des domaines, Laura excelle dans l’art de la manipulation. Rien ou plutôt personne n’échappe à ses remarques. Mielleuses pour mieux  se faire assassines, faussement gentilles avant d’être glaciales. 

Avertissement : Attention, âmes sensibles vivant dans un pays où tout le monde s’aime (même si l’on s’approche de  Noël), veuillez-vous abstenir de cette lecture sous peine de grand choc. 
 
Malgré la date de parution de ce livre, que l’on ne s’y trompe pas, Paula Fox n’est pas une nouvelle auteure. Dans ce roman dont l’action se situe dans les années 1950,  Laura domine les quatre autres personnages par sa présence et son imprévisible caractère que tout le monde craint et redoute. Son mari se noie dans l’alcool, son frère Carlos est la  gentillesse même et Peter Rice nourrit envers elle un amour depuis plus de trente ans. Elevée depuis toute petite par sa grand-mère maternelle Alma, Clara est partagée entre admiration et une forme de dégoût pour sa mère. Mais, la jeune femme préfère s’effacer de peur de paraître gauche. Chacun joue son rôle devant Laura et Desmond se saoule. On discute, on demande des nouvelles d'une connaissance commune ou d'Alma. Laura juge tout son petit monde et s’amuse avec une ironie féroce. 
Alors que la  tension devient de plus en plus étouffante dans cette chambre d’hôtel, le départ pour le restaurant pourrait être libérateur. Du moins c’est que l’on souhaiterait pour les invités. Et bien non. Les lendemains de fête sans fard révèlent ou endorment un peu plus la nature de chacun. Surtout quand celle qui orchestre s’est bien gardée d’annoncer une nouvelle familiale...

Avec un tranchant de lame de couteau, Paula Fox décortique, pose un regard sans concession sur les relations mères-fille, analyse les comportements et les vieilles amitiés.  Ca claque ! L’auteure ne nous laisse aucun répit, quitte à frôler un sentiment d'oppression.

En fait, Clara n’avait entendu parler de ce coffre que quelques années plus tard. Elle s’était sentie exaltée à l’idée que son nom avait été noté sut un document authentique par une vieille dame riche qu’elle ne connaissait pas. Et elle était, immédiatement, tombée d’accord avec Eugenio : elle n’aurait probablement  jamais pu mettre ces vieilleries démodées et dignes d’un musée ; elle avait rarement l’occasion de porter de la mousseline. Alors elle  s’était dépêcher d’oublier l’héritage volé, mais il s’était logé quelque part dans ses pensées, grande boîte oblongue à la serrure coincée et au couvercle bloqué par la rouille. La déception fit place, avec les années, au triomphe amer que l’on ressent quelquefois devant le mauvais sort, lorsqu’il s’acharne.

Le billet d'Antigone.

vendredi 16 décembre 2011

Nicholas Shakespeare - Héritage

Éditeur : Grasset - Date de parution : Août 2011 - 419 pages de plaisir !

Andy Larkham voit sa vie tourner au désastre : il travaille pour une petite maison d’édition où il est exploité, sa petite amie vient de le plaquer et les factures s’accumulent dangereusement. Comble de malchance, il assiste par erreur à l’enterrement d’un parfait inconnu. Poli et bien élevé, il n’ose pas partir vu que l’assistance se résume à trois personnes, lui compris. S'être trompé fait de lui un homme riche. En effet, le défunt avait spécifié dans son testament que les personnes présentes à ses funérailles hériteraient de sa fortune.

Ce roman cache bien son jeu ! A la lecture des premiers chapitres, je riais presque des malheurs d’Andy Larkham. Ce jeune homme un tantinet tête en l’air mais terriblement attachant n’a pas la chance à ses côtés. Donc, je me disais que j’allais passer un agréable moment avec une lecture distrayante à l’humour so british. Et bien, j'ai eu faux ( à moitié) car la suite du roman prend une autre tournure très intéressante ! En devenant riche, Andy croit accéder au bonheur. Certes, il peut dépenser sans compter, s’offrir ce qu’il veut mais il s’ennuie. Le notaire ne lui a confié que peu de renseignements sur le défunt, un dénommé Christopher Madigan. Riche, solitaire, il avait bâti sa fortune en partant de rien et sa fille le détestait. Le personnage est une énigme pour Andy. En se confiant à son meilleur ami, Andy comprend qu’en acceptant l’argent, il lui faut aussi découvrir qui était cet homme et quels étaient ses secrets. 

Et, avec bonheur, une deuxième histoire débute ! Celle de la vie de Christopher Madingan du temps qui s'ouvre sur sa grand-mère arménienne. Alternant la vie du défunt avec le présent, ce roman nous rappelle que nos racines n’ont pas de prix (sans être pour autant moralisateur).

Un roman très bien construit avec une galerie de personnages fouillés. Le tout est desservi par une écriture fluide teintée d’humour et de tendresse, avec cerise sur le gâteau, une histoire qui ne faiblit jamais. 
Du plaisir ! Donc pourquoi s’en priver ? 

Les billets d'EstelleCalim, Griotte, GwenMimi

mercredi 14 décembre 2011

Brigitte Giraud - Pas d'inquiétude

Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2011 - 266 pages et un coup de cœur ! 

Mehdi est tombé malade quand nous avons emménagé dans la nouvelle maison. C'est moi qui avais relevé la boîte aux lettres ce jour-là, c'était un samedi matin. J'avais entre les mains l'enveloppe blanche petit format qui contenait des résultats d'analyses que nous ne saurions pas interpréter et qui allaient changer notre vie. Premières phrases de ce livre qui explore toutes les facettes quand la maladie de votre enfant vous oblige à changer de vie. Alors que le narrateur accède à son rêve de toujours celui avoir sa propre maison avec son propre jardin, le bonheur d’y installer sa famille comme l’idée de s’y projeter dans un avenir quelconque sont contrecarrés par la maladie de son fils. Medhi âgé de douze ans est atteint d'un cancer. En dehors des périodes d’hospitalisation, il ne peut plus aller à l’école. Sa femme a de fortes chances que son  CDD  devienne un CDI. Pour qu’il puisse s’occuper de son fils,  le médecin de famille  le déclare en arrêt maladie.

Depuis le temps que me disais qu’il fallait que je découvre cette auteure, le hasard a plus que bien fait les choses car il s’agit d’un coup de cœur ! Le narrateur est marié et père de deux enfants. Sa vie bascule soudainement et brusquement avec l'annonce de la maladie de son fils.  Le nom de cette maladie, de ce combat contre la mort  même si on le devine n’est jamais nommé, ni les traitements. Rien de tout cela. Par contre, les interrogations, les doutes et  les peurs qui ébranlent ce père, ce mari sont décrits très intelligemment. Aider son  fils, mais comment ? Il cherche un équilibre,  même précaire pour lui-même et  tente de faire au mieux. Brigitte Giraud n’a pas peur d’écrire les impacts inavoués ou dont on parle à demi-mots  dans le cadre de la vie familiale, de  la vie de couple et de la vie sociale.
Alors que les longues phrases ne sont pas ma tasse de thé, je me suis  sentie à l’aise dans cette écriture faussement simple. Oui, faussement car sans tabou, elle dessine les sentiments complexes et quelquefois opposés : amour, rancœur, peur, désarroi, humanité mais aussi la  grande hypocrisie et la solidarité.  Mais, je ne veux pas vous en dire plus sur l’histoire ! Car je veux que lorsque vos yeux se baigneront de larmes, vous ayez la surprise  de vous demander de  quoi elles sont imprégnées. Ou si vous avez poussé un petit cri bref d'effroi parce que vous êtes mordu brusquement la lèvre ( ou inversement). Un conseil : avant votre lecture, bannissez votre curiosité et ne cherchez pas à en savoir plus.  

Un coup de cœur  en apnée totale aussi beau que bousculant !  Par petites touches, on creuse toutes les strates émotionnelles de la famille car si c’est le père le narrateur tous les  angles de vue sont traités via son regard.  Sans pathos et sans noircir un tableau déjà sombre, l'auteure a su trouvé le ton juste et y placer des touches d'humour. Forcément, ce livre m’a  renvoyée à  des attitudes déjà vues et le sentiment effroyable d’abandon, d’inutilité  sociale et la culpabilité que l’on peut  percevoir lorsque la maladie vous éloigne de l'environnement professionnel. Mais, ce sont surtout les questions qu’il pose en filigrane qui sont importantes.

Les billets  d'Anne, Antigone, FransoazLyvres
Pour signaler votre billet, laissez moi un mot en  commentaire.

Un énorme merci à Dialogues Croisés pourvoyeur de belles découvertes !

 

dimanche 11 décembre 2011

Une dernière fois

Copyright Kot

Que vous inspire cette photo ?  Et voilà mon texte pour l'atelier de Leiloona.

Romain
Je suis certain que c’est lui ! Depuis une semaine, son équipe est arrivée en France pour les championnats. Il a sans doute voulu visiter Paris par lui-même, se glisser comme un  anonyme dans la foule. Enfin incognito, quand on est idolâtré dans le monde du basket, ça doit être difficile. C’est pour ça qu’il s’est habillé décontracté. Et le chapeau, c'est vraiment bien vu !

Jérôme 
J’ai envie de chialer. Je ne pensais que le petit allait me manquer autant. Et voilà que le premier week-end où sa mère a accepté de me le confier s’est terminé. Pratiquement deux jours entiers en compagnie de ce minuscule bonhomme. Mon fils.  Je n’ai pas beaucoup dormi. Je me suis levé presque toutes les heures pour vérifier qu’il respirait bien.  J‘avais tellement peur.


Romain
J’ai laissé passer mon arrêt depuis une demi-heure. J’expliquerai au surveillant du collège que j’ai eu un problème de réveil. Enfin, j’espère qu’il ne n’est pas décidé à passer sa matinée dans le métro. D’ailleurs, c’est un peu  bizarre qu’il ait emprunté cette ligne car  il n’y a pas de monuments ou d’autres sites touristiques. Oh, mais je suis bête ! Evidemment, il est obligé de s’éloigner des touristes. S’il se retrouve en face d’une trentaine d’Américains, il est cuit et fini la ballade tranquille. 

Jérôme
Je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Si je m’écoutais, je retournerais chez Lisa lui dire que je veux qu’on essaie de vivre ensemble avec le petit. De former une famille, une vraie. Elle sait bien que je suis devenu un gars sérieux. Les mauvaises fréquentations, j’ai arrêté.  J’ai même trouvé un boulot stable. C’est bizarre, j’ai comme l’impression que quelqu’un me fixe. Dans le dos. Je sais bien que je  dois toujours un peu d’argent à Jimmy mais il ne me ferait pas suivre. Ou alors si. Pour me donner une leçon. 

Romain
C’est dingue ! La plus grande star de basket qui  est à peine à trois mètres de moi. J’ai déjà mis mon téléphone en  mode vidéo. Dès qu’il se retourne, je le filme. La classe ! En plus, le wagon s’est vidé hormis un gars à l’autre bout qui dort. J’ai ce qu’on appelle de la chance pour une fois. 

Jérôme
Je n’ose pas me retourner ou m’assoir. Oh, j’ai les mains qui tremblent. J’entends un bruit bizarre…Il ne faut pas que je perde mon sang froid. Jimmy ne me ferait pas ça quand même. 

Romain
Dans deux arrêts, c’est le terminus. Je suis complètement énervé. Et voilà, à force de tripoter  la fermeture éclair de mon blouson, j’ai réussi à la casser. 

Jérôme
OK, je crois que je ne vais pas avoir le choix. Ce sera lui ou moi. Heureusement que j’avais mis ce  chapeau pour amuser le petit. On ne pourra pas me reconnaitre sur les enregistrements  des caméras de surveillance.

Romain
Allez, je vais  le voir façon cool.

Jérôme
Une main sur mon épaule. Je serre une dernière fois le manche de mon couteau dans ma poche. Ca y est. A moi de jouer.Une dernière fois. 

vendredi 9 décembre 2011

Laurence Cossé - Les amandes amères

Éditeur : Gallimard- Date de parution : Septembre 2011 - 220 pages sobres et émouvantes !

Edith, la quarantaine, mariée et mère de famille est traductrice. Elle mène une existence confortable à Paris. Afin de rendre service au départ,  elle emploie Fadila pour quelques heures de repassage  par semaine. Fadila âgée de soixante-cinq ans  est d’origine marocaine et analphabète. Un handicap pesant, contraignant et humiliant. Quand Edith le découvre, elle décide de lui apprendre à lire et à  écrire.

La vie quelquefois permet des rencontres entre des personnes de mondes différents. Quand je parle de rencontre, ce n’est ouvrir sa porte à la femme qui vient effectuer le ménage chez vous et lui adresser un bonjour poli mais distant. Non, je parle de chercher à connaître l’autre et de dépasser les barrières visibles ou invisibles. Ne pas savoir lire et écrire notre langue  est un handicap quotidien.Quand Fadila accepte qu’Edith lui apprenne à lire, elles s’engagent toutes les deux dans une aventure profondément humaine. Sous des aspects un peu rigides, Edith pleine de bonne volonté se renseigne sur les différentes méthodes d'apprentissage. Elle appréhende de  ne pas savoir s’y prendre, d'échouer ou de blesser Fadila. Car Fadila a une forte personnalité et de l’orgueil. La  méfiance du départ s’estompe petit à petit. Au fil des semaines puis des mois, Fadila accepte de s’ouvrir un peu plus à Edith et de lui raconter sa vie. Sa jeunesse  soumise au poids des traditions marocaines, ses mauvais maris, les enfants et  l'exil en France. Mais, apprendre les bases se révèle plus compliqué que prévu et Fadila a d’autres soucis. Familiaux et matériels. Même si elle se sent souvent découragée par le manque de résultats, Edith persévère. Ce pari un peu fou  les rapproche. L’apprentissage des mots devient le trait d’union entre Edith et Fadila.

Une forme d’amitié singulière sans effusion de tendresse ou de grandes embrassades se révèle dans l’écoute, dans la persévérance à vouloir aider l’autre. Elle peut se déceler aussi  dans un  regard reconnaissant et sincère. C’est ce que nous raconte également Laurence Cossé. 

J’ai été émue par ces deux femmes dont leurs trajectoires se croisent !  Dans une écriture tout en finesse et très sobre, Laurence Cossé instaure une passerelle  entre ses personnages et le lecteur.  Et Fadila ou Edith pourraient être deux personnes que l’on vient de croiser dans la rue. Ce roman donne envie d'aller de l'avant et vers les autres car  donner sans attendre un retour est tout simplement  merveilleux !

Tout au long de ma lecture,  j’ai pensé au témoignage de Bertrand Guillot B.a. –ba la vie sans savoir lire. Un seul conseil : lisez-les deux !!!
 
Edith doit mal s’y prendre. Elle ne trouve pas comment faire jouer la clé. Une vieille scie de pédagogues lui revient à l’esprit : «pour apprendre à lire à Jules il faut commencer par connaître Jules ».

jeudi 8 décembre 2011

Vanessa Schneider - Le pacte des vierges

Éditeur : Stock - Date de parution : Août 2011 - 191 pages

Etats-Unis, Gloucester, 2008,  dix-sept adolescentes  sont  enceintes en même temps. Les yeux se braquent sur ces  lycéennes âgées de moins de seize ans. L’idée d’un accord est mise très vite en avant. Un peu comme les promesses qu’on scelle étant enfant. Des promesses souvent puériles et oubliées au fil du temps. Leur pacte lui est bien plus lourd de conséquences.

Elles sont quatre à se confier à une journaliste. Lana est  la meneuse et vit avec une mère shootée aux médicaments  du matin au soir.  Cindy a un petit copain et a peur qu’il la quitte. Kilie est déjà une  ancienne habituée des concours de Mini-Miss et sans grande surprise, sa mère est serveuse. Sue est la seule à avoir des  parents très croyants. S'il y a eu un pacte, c'est que  toutes ces adolescentes avaient un point commun avant leurs grossesses. Celui de vouloir que leur vie change. Des jeunes filles prêtes à tout et  croyant que leur amitié sera toujours présente et plus forte que tout. Mais hélas pour moi dans ces quatre récits, les clichés se sont accumulés.  Je ne vais  pas crier au coup de cœur car ce livre non seulement m’a laissée sur ma  faim mais surtout il est sans surprise. Si j'ai perçu la détresse de ces jeunes filles et le malaise d’une Amérique aux contradictions multiples, le tout est survolé dans les grandes lignes.  Par contre, l’auteure réussit à  amener ces adolescentes dans des périodes de réflexion. Au fil des pages, elles voient une partie de leurs illusions s’effondrer. Et le lecteur assiste impuissant à  leur entrée dans le monde des adultes.  

Bref, un avis plus que mitigé en ce qui me concerne et  une sensation d'inachevé...Dommage.

D'autres avis sur Babelio

mardi 6 décembre 2011

Prix ELLE : and the winner is...

Ayé, les résultats pour le prix ELLE sont tombés. Roulement de tambour... et les quatre filles de lectrices and the City l'emportent. Bravo à elles ! 

A noter que l'austérité et les restrictions budgétaires sont de mise (la pub pour les marques de luxe ne paie plus comme avant, il faut se faire une raison). Donc, seules les gagnantes sont invitées à la soirée du 13 décembre.

Luc Blanvillain - Un amour de geek

Éditeur : Plon - Date de parution : Octobre 2011 - 209 pages anti-morosité!

Imaginez que vous broyez du gris et pas qu’un peu, imaginez que vous êtes à deux doigts d’hurler à l’ulcère à l’estomac tant les problèmes s’accumulent. Pas terrible comme ambiance me direz-vous. Et là, j’ai une super arme anti-morosité et anti-grisaille ! Oui, tadam, ce livre !

Thomas est un geek. Un vrai, un dur et un pur. Ce  lycéen a  les yeux qui s’illuminent à l’idée de cracker un mot de passe. Mais surtout son bonheur est de jouer des heures durant derrière son  écran d’ordinateur avec des amis virtuels.  Mais, voilà que l’amour pointe son nez en la personne d’Esther qui est une passionnée de nature. Elle demande à Thomas de se passer  pendant un mois de toute forme de vie virtuelle  pour lui prouver qu’elle peut avoir confiance en lui. Vivre quelques jours sans ordi, retrouver la vraie vie et accorder par la même occasion plus d’attention à ses semblables. Voilà qui ne devrait pas poser de problème…

Non seulement ce livre m’a fait sourire mais il m’a fait glousser de bonheur! O joie ! Il démarre sur les chapeaux de roue, on ne s’ennuie pas une seule seconde mais en plus, il nous égratigne tous un peu au passage( aïe). Dans la famille Poupinel, le père tient un blog ( tiens donc), la mère  papote avec ses copines et achète sur le net. Et pour Pauline la sœur de Thomas qui est au collège, facebook n'a plus aucun secret. Après le dîner, chacun a donc une excuse ou un prétexte pour se réfugier derrière l’ordi s’il le désire.
Résolument contemporain, de l’humour décliné pour ados et adultes, une écriture qui accroche et j’ai dévoré ce roman ! A  mettre entre toutes les mains que l’on soit un peu, beaucoup, incorrigiblement geek ou non !
Assez parlé, je vous laisse vous le plaisir de découvrir tout ce qui attend Thomas.

-J’ai eu un moment de faiblesse, une réaction bien compréhensible, mais c’est fini. Je suis de retour. I’m back ! Et n’imaginez pas que je vais me taire, au motif qu’il s’agit de mes sous-vêtements. On peut être prof, sans être coincé, croyez-moi !
Elle illustra cette dernière affirmation d’une grimace de reptile repu qui fit froid dans le dos.
-Vous ne me bâillonnerez pas avec ma petite culotte conclut-elle, en une envolée, visiblement improvisée, qui parut soudain l‘embarrasser un peu.

Le billet de Valérie 

lundi 5 décembre 2011

James Siegel - Storyteller

Éditeur : le Cherche Midi- Date de parution : Novembre 2011 - 463 pages qui défilent vite !

Tom Valle est journaliste pour un quotidien local à Littleton, une petite ville tranquille  de Californie. Tout journaliste rêve  un jour de faire les gros titres ou de couvrir l’affaire  du moment. Si Tom Valle a été sous  le feu des projecteurs pour ses articles sensationnels, ses mensonges ont provoqué un gros scandale.

Récemment à la question lisez-vous de tout, j’avais répondu que je lisais peu de policiers et de thrillers. Entre les flics rongés jusqu’à l’os par l’alcool ou l’hémoglobine à chaque page, je préfère passer mon chemin. Storyteller fait partie d’une autre  catégorie, celle où l’auteur ferre  son lecteur par une narration et un suspense qu’il installe à petites doses.  Suite à un accident de la route qui a coûté la vie à une personne, Tom Valle flaire  que quelque chose ne tourne par rond. Sauf que personne ne prête plus aucun crédit  à ses propos. Et à Littleton, plus il  affirme être sur une enquête sérieuse et plus il se retrouve face à un mur. Et comme par hasard, en coulisses, la mise en scène de ses propres mensonges fait partie du scénario…
James Siegel pose beaucoup de questions à travers Tom Valle et forcément, on a très envie de connaître les réponses.  Une question en entraîne une autre, des éléments s’ajoutent, sèment le trouble ou le doute.

Et  j’ai tourné  de plus en plus vite les pages (à partir de la deux centième page environ, prévoir que la cadence s’accélère pour l'index et le pouce)!  Je vais pinailler un peu sur l’écriture de l’auteur qui s’encombre de quelques digressions, histoire de noyer peut-être son lecteur ...
Mais il n’empêche que je n’y ai vu que du feu !  Comme pour un bon tour de magie où l’on reste ébahi  la bouche entrouverte (en mode poisson privé d’oxygène). 

Le mensonge comme palliatif, un élixir, une béquille. Le mensonge comme un tapis bon marché et une prostituée à mille dollars. Le mensonge comme modus operandi.
(NB :  si cet extrait vous parle...  euh, et bien vous êtes un accro du mensonge)

Le billet de Cuné qui renvoie à d’autres liens et celui de Keisha tout frais de ce matin.

samedi 3 décembre 2011

Ahmed Kalouaz - Une étoile aux cheveux noirs

Éditeur : Le Rouergue - Date de parution : Novembre 2011 - 108 pages magnifiques!

Un homme part de Brignogan en Bretagne sur la vieille mobylette de son père pour rejoindre le sud de la France. Un fils qui part revoir sa mère âgée de quatre-vingt quatre ans. Ce voyage est l’occasion de revenir sur ses souvenirs d’enfance brunie par les tâches du racisme, du poids de la différence de ses parents venus d’Algérie.

Dans avec tes mains, Ahmed Kalouaz nous parlait de son père. Ici, tout en pudeur et en délicatesse, il revient sur celle qui lui a donné la vie. Si les odeurs de miel nous chatouillent les narines, elles n’occultent en rien les difficultés d’intégration de ses parents dans la France des années 1950. Si le  pays  avait besoin des bras de son père, il rejetait  leur couleur de peau. Avec une écriture poétique, il  décrit les souffrances de cette mère. Bien qu'elle ne sache pas lire notre langue, elle ne se laissait pas pour autant marcher sur les pieds. Une femme fière d’avoir su élever dignement ses enfants  et qui s’est tournée vers la religion une fois devenue seule. Ce livre est dans la continuité d’Avec tes mains, l’amour pour la mère se trouve dans chaque mot, dans chaque phrase. Cet amour couplé au respect confère à ce livre une intensité rare teintée d’humilité. Merveilleux.

Tu as fait longtemps partie de cette communauté de femmes affublées de leur tablier blanc et qui ont enduré les lessives, debout devant les bassins d’eau froide, pour rincer encore et encore, subir cette litanie du linge, renoncer à votre beauté, à peine le temps de passer une main humide sur vos cheveux, un doigt mouillé sous vos yeux. Au labeur, comme si vous aviez été élevées pour remplir votre  temps de tâches ingrates, toujours à la recherche d’une occupation, d’un coup de balai machinal, d’un coup de chiffon sur la poussière imaginaire.

jeudi 1 décembre 2011

Clic, Clac et la rumeur tua

Je pourrais vous dire son nom mais cela ne changera pas grand chose. Encore que vous en avez peut-être entendu parlé. Un homme est mort victime de la rumeur à Brest. Jean-Claude Basset, retraité et âgé de 65 ans, n’était pas un papy modèle mais il n’avait rien d’un pédophile. Son seul tort a été d’avoir raccompagné il y a  une dizaine de jours une fillette de trois ans restée sans surveillance. Une mère de famille l'a vu et en a parlé à la maman. Cette dernière a déposé une main courante à la police. 
« Il est bizarre, on dit que …et il parait....Un pédophile rôde autour de l’école ! ». Et voilà, le processus de la rumeur avait fait son lit.

Pendant dix jours chacun a pu ajouter sa petite dose de calomnies. Lundi dernier, Jean-Claude Basset est aperçu près de l’école. Sus à l’ennemi ! Une quinzaine de parents le poursuivent. L’homme paniqué se réfugie dans le hall de son immeuble.  Imaginez le tableau  : trente yeux qui vous transpercent de haine et des bouches qui vous vomissent à la figure des insanités. Chacun encouragé par les paroles de son voisin a pu en profiter pour rajouter sa part de justice que l’on fait soi-même. Comble de malchance pour Jean-Claude Basset une fillette se trouvait à ce moment là  dans le hall. Heureusement que les parents justiciers sont arrivés avant qu’il ne commette ses actes de pervers ! Jean-Claude Basset a certainement  commencé à se sentir mal. Jambes flageolantes et sueur froide : conséquences d’être oppressé et  de ne pas comprendre  ce qui lui arrivait. Quand nos parents justiciers se sont mis à le poursuivre, personne n’a d’abord eu le réflexe d'appeler la police et d'attendre. Attrapons-le en premier avant qu'il ne s'enfuie puis nous le le livrerons triomphants aux forces de l'ordre!

Puis, les policiers sont arrivés dans cette cohue où Jean-Claude Basset était seul et démuni face à une quinzaine d'adultes ...
Clic fit le bruit des menottes. Clac fit le cœur Jean-Claude Basset lorsqu'il s’arrêta de battre d’une crise cardiaque. 

Histoire révoltante classée dans la rubrique des faits divers. Histoire où la rumeur a tué un homme innocent.
Et, j'ai  à l'esprit  Mangez-le si vous voulez  de Jean Teulé.
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